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Exposition: Un peu marteau

Editeurs de La Chaux-de-Fonds, originaux hilarants, Plonk & Replonk s’exposent à Yverdon.Une visite pour s’étourdir.

Ce sont des mondes semblables au nôtre. Pourtant, quelque chose leur fait défaut ou les saillit : prothèses et mutilations. Elles introduisent l’écart trahissant le voisinage, la filiation appelant l’éloignement. Ces mondes deviennent ainsi parallèles. C’est-à-dire contemporains, mais juste à côté. Le déplacement opéré n’est ni temporel ni spatial, comme c’est le cas dans la science-fiction traditionnelle. Il est plutôt sémantique et optique. On le voit, on le montre, et il se laisse comprendre. Il est de l’ordre du signe et du sens. Il demande pour cela une certaine complicité culturelle, sinon politique. En gros, il vaut mieux être suisse, romand et un rien nihiliste avec une certaine aptitude au persiflage pour apprécier pleinement les icônes frappées par Plonk & Replonk, éditeurs de La Chaux-de-Fonds, exposés à la Maison d’ailleurs d’Yverdon.

Suisse fantastique et clichés à vue d’oeil

Si leur identité est énigmatique (individu solitaire, couple, équipe, logo, nom propre, qui sait ?), leur talent est sans faille. Farouche, illimité, désopilant, voire critique. Il y a une véhémence sociologique qui en- forme leurs œuvres. Ils sont tout autant manipulateurs d’images, bricoleurs d’objets que poètes dada saccageant les figures symptomatiques de l’imaginaire helvétique. Qu’il soit à usage interne ou voué à l’exportation. Comme cette série de cartes postales consacrées à la mythologie de la vache. Précipité folklorique qui se métamorphose en abeille gazouillant à l’aurore dans l’encadrement d’une fenêtre ouverte sur les alpes forcement enneigées. Qui enfle à l’état de grenouille, bête à concours nettement au-dessous du réel. Sans parler des nains de jardins brouillés en mendiants visqueux ou bétonnés jusqu’à la claustrophobie du mauvais goût jardinier.
Mais cette cruauté qui s’emporte en ex-voto implorant tour à tour le rire incrédule et le réflexe éclairé (une ouverture sur la réalité) est surtout science de la fiction. Art du mensonge au royaume de la contrefaçon. Les montages de Plonk & Replonk (photos ou ready-made détournés) sont d’emblée totalement faux. Ils sont invraisemblables. Ce sont des malformations impensables, des monstruosités foraines. Fruit d’un glissement insignifiant, simple clic graphique qui a des conséquences apocalyptiques. Telle la Jet Set délocalisée au Pôle Sud. Ou encore la vue panoramique du monde fantastique de la suisse fédérant d’un seul coup d’œil le Cervin, le château de Chillon et le pont de Lucerne.
L’exposition s’organise par thèmes et obsessions. Elle se déploie gourmande et envahissante. De façon presque virale, elle noyaute les salles du musée, elle en inquiète les murs et les recoins. Pareille à certains cabinets de collectionneurs du 19e siècle. On y procède de la terre au ciel. Découvrant que les Martin (patronyme vaudois) ne sont autres que les descendants d’une colonie de martiens égarés. Que Henri de Genève-Lautrec est le précurseur du lapinisme. Que la poste fut d’abord marine avant de faire surface. Qu’une bouffée de bise languit tristement sous un verre renversé. Jusqu’à l’apothéose rocambolesque du jugement dernier. Une vision qui brasse l’esthétique blafarde des magasins de jouets Weber et les proliférations animalières à la Jérôme Bosch. Epinglés aux frontons d’une nef céleste, des peluches à l’effigie de personnages illustre de l’histoire humaine se partagent entre l’enfer, le paradis et le purgatoire. Bien sûr, le paradis est un havre de paix, désert et superflu, alors que l’enfer et le purgatoire grouillent surpeuplés, mortellement vivants. Après on revient. Au réel. Tandis qu’au-dessus et au-dessous ça tape, à la marque de Plonk & Replonk : un marteau. md

Maison d’ailleurs, Yverdon, jusqu’au 7 avril, me-ve 14h-18h, sa-di 12h-18h.
A voir aussi: www.plonkreplonk.ch et www.ailleurs.ch

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