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La Suisse, puissance neutre et maritime

La Suisse doit-elle participer à l’opération navale anti-piraterie «Atalante» menée par l’Union europénne dans le golfe d’Aden?

Au-delà de son aspect émotionnel, la question fournit de quoi nourrir une belle et longue controverse helvético-suisse, portant notamment sur la conception et la pratique de la neutralité, sur la légalité d’un nouveau genre d’engagement militaire à l’étranger, sur la portée de la mission de sécurité lancée en novembre dernier par les ministres de la défense et ceux des affaires étrangères des 27 pays de l’Union européenne.
 
De toute évidence, la procédure s’annonce délicate à conduire, d’autant qu’il s’agit d’un dossier interdépartemental sur lequel la majorité du Conseil fédéral vient de changer d’avis. Le 20 janvier dernier, l’exécutif se sentait renforcé dans son scepticisme initial par la commission de la politique extérieure du Conseil national, majoritairement opposée à l’idée d’une participation à l’opération anti-piraterie «Atalante». Et voilà que le 25 février, le Conseil fédéral se résout à demander aux Chambres de lui donner un double mandat: d’une part négocier cette participation avec Bruxelles et, d’autre part, réviser, en parallèle ou plus tard, la loi fédérale sur l’armée en vue de renforcer la base légale de la première intervention des «forces navales» helvétiques. Cette dernière précaution, pas absolument nécessaire, donne aux opposants l’occasion de faire étalage de leurs scrupules juridiques plus ou moins sincères.

Accrochée à l’idée d’une neutralité interdisant toute mission internationale de sécurité, l’UDC ne peut manquer de contrer une initiative du type «Atalante», sans se soucier du fait qu’à une Suisse indépendante et fière incombe la responsabilité d’assurer la sécurité sur l’ensemble de son territoire, fût-il hors de ses frontières (ambassades), dans les airs (aéronefs) ou sur mer (navires battant pavillon suisse). A gauche, les oppositions sont également nombreuses, catégoriques chez les Verts et les antimilitaristes du Groupe pour une Suisse sans armée, majoritaires chez les socialistes.

Face à cette alliance objective de l’UDC et de la gauche, les partis bourgeois dits du centre se retrouvent un peu seuls, les libéraux-radicaux nettement favorables, les démocrates-chrétiens approbateurs dans une proportion inconnue. Chez les uns comme les autres, les motivations économiques et sécuritaires l’emportent sur les considérations idéologiques d’inspiration libérale. Selon eux, il revient à l’Etat d’assurer et de financer la sécurité des navires marchands battant pavillon suisse dans le golfe d’Aden, afin de leur épargner le coûteux détour par Le Cap, périple obligé avant le creusement du canal de Suez en 1860.

Quant à la surexploitation des ressources halieutiques des côtes somaliennes laissées sans protection par un Etat et un gouvernement inexistants, elle est certes bien réelle, privant les pêcheurs de leur gagne-pain et les contraignant à se faire pirates. Le besoin de survivre, compréhensible au demeurant, ne légitime pas leurs interventions de plus en plus audacieuses et supérieurement organisées – n’en déplaise aux bonnes âmes pour qui la faim justifie tous les moyens.

La taille ne fait rien à l’affaire. La Suisse se doit de protéger la trentaine de navires marchands composant la marine suisse, au bénéfice d’un crédit de cautionnement de 500 millions de francs, et surtout leurs équipages, qui comptent une demi-douzaine de Suisses sur quelque 600 marins. Elle se doit aussi de participer à la lutte contre la faim en escortant les navires du Programme alimentaire mondial (PAM) qui acheminent l’aide aux populations déplacées de Somalie. Le tout requiert l’engagement d’une trentaine d’hommes au maximum, basés sur terre ou à bord de navires de la coalition, comprenant deux groupes des formations militaires de reconnaissance et de grenadiers, un quatuor d’officiers d’état-major, une équipe médicale et trois juristes spécialisés dans les questions concernant les prises d’otages et transferts de détenus. Coût de l’opération: 9,8 millions de francs.

On n’en est pas encore là. Tout laisse présager une procédure parlementaire à rebondissements multiples, couronnée le cas échéant par un référendum d’ores et déjà annoncé par l’UDC. Rudes échéances en perspective pour Micheline Calmy-Rey, ministre socialiste des affaires étrangères et responsable du projet, ainsi que pour le nouveau conseiller fédéral Ueli Maurer, chef du département de la défense, de la protection de la population et des sports, un UDC collégialement discret en la matière.

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