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Pétrole: vendre et acheter 500 fois la quantité produite

Sur le marché des matières premières, certains instruments financiers ont des répercussions directes sur l’économie réelle

Sauvetages bancaires dans la vieille Europe, FMI à la chasse aux milliards des fonds souverains pour venir en aide à l’économie réelle de pays à risque, la Hongrie frisant la faillite alors que l’Islande l’a touchée: des situations qui semblaient totalement irréelles il y a trois mois encore.

Face aux difficultés engendrées par la situation financière internationale elle-même, la gestion d’un problème supplémentaire récurrent – le prix du pétrole et des autres matières premières – reste comme étrangement masqué. On a vu en effet le prix du pétrole redescendre ces derniers jours des 147 US dollars le baril qu’il affichait en juillet 2008 à un prix du marché de l’ordre de 68 US dollars, sans grande réaction des analystes. Prix du marché? De quel marché en vérité?

Sur le New York Mercantile Exchange (NYMEX), chaque jour, entre 200 et 300 millions de barils de pétrole brut West Texas Intermediate (WTI) et jusqu’à 100 millions de barils par jour d’essence se négocient. Sans aucun échange physique de produits, mais uniquement sur les marchés à terme de «purs papiers», et donc très près sinon au cœur de la pure spéculation. La production réelle de brut WTI n’atteint en effet que 400’000 à 500’000 barils par jour, qui suffisent pour satisfaire une demande physique de 400 à 700 fois inférieure aux volumes traités au NYMEX.

Pour rester dans le cas du pétrole brut WTI (les autres matières premières suivent plus ou moins le même sort) et sans même inclure la place de Londres qui constitue elle aussi un marché considérable en volume pour d’autres types de pétrole, on doit constater une déconnection absolue entre marchés à terme et marchés physiques. Or plus le volume de transactions augmente, plus les possibilités de pure spéculation augmentent également. S’agissant des paris sur le cheval X ou sur le candidat Y et ses chances de remporter l’élection Z, on reste dans le domaine des relatives non-valeurs commerciales ou industrielles. Avec les matières premières, en revanche, il y a un mélange complet entre marché physique et marché non physique qui non seulement explique les variations de cours, du moins en partie, mais exerce une incidence effective et quotidienne sur les économies dites réelles.

L’achat ou la vente à terme ont originellement été conçus pour permettre au consommateur de s’assurer une livraison donnée à un prix prévu pour le moment requis, ou au marchand d’éviter les conséquences d’une baisse des cours sur une future livraison. S’il n’est donc pas réaliste de prôner une interdiction pure et simple des marchés à terme de matières premières, il devient urgent là-aussi d’introduire un système qui permette de limiter l’accès à une spéculation anti-sociale. Celle-ci est pratiquée autant par les pays pétroliers (dans leur quête de maximisation de la rente pétrolière dans la durée) que par les entreprises productrices (machines à dégager un profit hors norme dans un domaine où, il est vrai, le réinvestissement est très important et nécessaire), sans compter évidemment les purs «acteurs du marché» qui n’ont besoin d’essence que pour leurs déplacements.

Les USA ont tenté de réguler ces marchés, sans toutefois y parvenir et sans réelle volonté de le faire. D’autres aussi. Et pourtant la détermination d’un volume maximal mondial de transactions non physiques autorisées face à une production quotidienne réelle connue et déclarée serait sans doute un chemin à explorer pour ramener le prix du brut à un cours proche de son réel prix, de sa réelle valeur.

Dans le cadre des conférences internationales à venir sur les nécessaires régulations des systèmes financiers et économiques, on ne peut dès lors que souhaiter fermement que les gouvernants tentent d’apporter une solution équitable à ce problème. Sans perdre non plus de vue que le pétrole cher est écologiquement une bonne chose.

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Discussion

  • 1
    Filip says:

    Entièrement d’accord. Cependant, je ne crois pas à une régulation possible sans changement de modèle, en effet je crois que le système, qui pourrait être modélisé par une analyse numérique basée sur des matrices (comme pour la météo), a atteint ses limites et est en train de diverger. C’est un système réticulé qui est entré en raisonnance de manière dangereuse.

    Comment le changer? Aller à une économie de rationnement mondial, il nous manque encore le gouvernement? Un moratoire sur certains achats à terme? Je suggère qu’économistes et ingénieurs commencent enfin à travailler ensemble pour le bien commun et cessent de se renvoyer la balle.

Rétroliens

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