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«Le savoir suisse»: la maturité de la cinquantaine

Un ouvrage sur l’école et ses réformes illustre bien les qualités de cette collection

Viennent de paraître cinq nouveaux volumes de la collection Le savoir suisse, qui dépasse ainsi la cinquantaine d’ouvrages publiés. Les nouveaux venus s’inscrivent dans l’ambition d’ensemble de l’entreprise: offrir des synthèses claires et solides sur les mutations en cours en Suisse, en combinant approche historique et analyse thématique. A l’origine du projet, une volonté de faire profiter l’ensemble de la société des recherches et des savoirs universitaires.

La gageure est grande de vouloir traiter en 140 pages un domaine en mouvement de la réalité suisse. Ce l’est particulièrement lorsqu’il s’agit de l’école obligatoire, puisque l’auteure est alors constamment face aux décisions souveraines des différents cantons: 140 pages pour 26 cantons et une Confédération!

L’école et ses réformes

L’ouvrage de Simone Forster, L’école et ses réformes, tient le pari grâce à des choix clairs et efficaces. L’approche privilégie l’évolution de l’école, le plus souvent à travers les débats et conflits qui ont marqué son histoire, dans certains domaines centraux: lutte de territoire entre l’école et le travail des enfants, introduction d’un enseignement laïc, formation des enseignants, développement de l’hygiène scolaire, etc.

De plus, l’auteure évite la sécheresse d’une synthèse abstraite par le choix de quelques gros plans éclairants sur la décision d’une ville ou d’un canton, et sur des réalisations emblématiques, des attentes contradictoires face à l’école. C’est le cas en particulier des initiatives pédagogiques de quelques pionniers: Pestalozzi bien sûr, et les orphelinats où il développe des méthodes actives d’apprentissage, le Père Girard et l’enseignement mutuel, mais aussi Marie-Anne Calame, qui, au début du 18e siècle, accueille au Locle les enfants abandonnés dès 2 ans et fait de son «asile» un établissement de formation professionnelle (dentelle, horlogerie, enseignement) et un centre pédagogique novateur et réputé. Tous ces pédagogues ont d’abord été soutenus par les autorités religieuses et civiles dans la mesure où ils prenaient en charge les enfants les plus déshérités; mais leurs méthodes ont été bientôt jugées impies, et leur action interdite.

Un test PISA fédéral

L’ouvrage constitue aussi une manière de précis d’instruction civique sur la «grande complication» du fédéralisme suisse, sur le jeu entre la souveraineté cantonale en matière d’instruction publique,  et la position subsidiaire de l’Etat fédéral, qui cherchait néanmoins à imposer via des compétences fédérales certaines règles communes sur l’ensemble du territoire. Il a fallu attendre la votation du 21 mai 2006 pour que la Constitution consacre une compétence fédérale en matière d’instruction publique, subsidiaire et limitée. Voir la saga de l’enseignement des langues ou de l’enseignement religieux.

Un autre exemple encore, celui des «examens de recrues» au 19e siècle. Dans les années 1870, une tentative d’inscrire dans la Constitution fédérale un article sur l’éducation échoue après moult péripéties. Soucieux d’agir, au moins indirectement, en faveur de la qualité des écoles, le Conseil fédéral instaure alors par règlement un «examen des recrues» – les tests portent sur la lecture et la compréhension de textes, la composition, le calcul et les connaissances civiques. Les résultats, par cantons, sont publiés et abondamment commentés dans la presse. Dès lors, nombre de cantons se mettent à organiser des cours de préparation aux examens, publient des brochures d’exercice, afin de grimper au palmarès. Les instituteurs, de leur côté, dénoncent ces épreuves qui poussent l’école à privilégier les seules connaissances évaluées lors des tests et à délaisser d’autres missions importantes. Pour nous qui vivons au rythme des tests PISA, le récit est savoureux.
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Simone Forster, L’école et ses réformes, Le savoir suisse No 50, 2008

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