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Paradis fiscaux: la Suisse se défend mal

Une concurrence fiscale loyale doit mettre en cause Monaco et Andorre (couverts par la France) ou les Iles anglo-normandes, aussi

icone auteur icone calendrier 31 octobre 2008 icone PDF DP 

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Lors de la récente réunion informelle de Paris consacrée à la lutte contre les paradis fiscaux, la Suisse et le Luxembourg ont été montrés du doigt. En tête des accusateurs, les ministres allemand des finances et français du budget. Si l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) considère bien la Suisse comme un «pays à secret bancaire excessif», elle reconnaît néanmoins sa volonté de coopérer. Tel n’est pas le cas du Liechtenstein, d’Andorre et de Monaco qui eux figurent sur la liste des paradis fiscaux non coopératifs, mais qui n’ont pas été stigmatisés à Paris.

Le correspondant parisien de la Basler Zeitung (29.10.2008) rappelle opportunément pourquoi les autorités françaises font preuve d’une colère très sélective dans la dénonciation de ce que le premier ministre François Fillon a appelé les «trous noirs» du système financier mondial. Le président de la République codirige avec l’évêque catalan d’Urgell la principauté d’Andorre, un mini-Etat qui ne taxe ni le revenu, ni la fortune et encore moins la consommation. Quant aux banques monégasques, elles sont placées sous le contrôle des autorités françaises de régulation des marchés financiers. Si les résidents français de la Principauté sont contraints de payer leurs impôts au fisc hexagonal, les autres sont exonérés de toute taxe. Une décision de Paris suffirait à remettre ces paradis fiscaux non coopératifs dans le droit chemin. La Grande-Bretagne n’est pas en reste qui tolère le laxisme fiscal des îles anglo-normandes et de plusieurs paradis offshore des Caraïbes. L’Union européenne elle-même a de quoi balayer dans sa maison: le Luxembourg, la Belgique et l’Autriche persistent à vouloir conserver leur secret bancaire.

Bref les pays riches ne convainquent pas dans le rôle de père la vertu. Pas plus d’ailleurs que la Suisse quand elle rejette avec indignation les accusations de recel portées par les pays qui voient fuir leurs riches contribuables et se drape dans sa souveraineté. Or dans les faits, cette souveraineté est en train de s’effilocher, au gré des pressions de nos partenaires les plus puissants, Etats-Unis en tête (DP 1763).

Alors plutôt que de bomber le torse pour la galerie et de céder en catimini, la Suisse serait bien inspirée d’abandonner sa défense en forme de ligne Maginot au profit d’une stratégie plus offensive. En tant que place financière importante – elle abrite le tiers de la fortune mondiale offshore –, elle serait légitimée à prendre l’initiative d’une grande négociation. Objet de cette négociation: l’établissement, dans le cadre de l’OCDE, de standards garantissant une concurrence fiscale loyale. Ce serait pour elle l’occasion d’abandonner ses pratiques contestées – l’évasion fiscale protégée par le secret bancaire notamment – en échange d’un effort de même ampleur des Etats qui, tout en dénonçant la complaisance helvétique, tolèrent des paradis fiscaux proches ou exotiques. Cette épreuve de vérité permettrait de tirer au clair les véritables intentions de ses adversaires: désirent-ils mettre fin à une concurrence qui érode la substance fiscale des Etats ou tout simplement affaiblir la place financière suisse?

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Discussion

  • Si la Suisse abrite le tiers de la fortune mondiale offshore, c’est en grande partie en raison du secret bancaire qui protège l’évasion fiscale. Il permet aux banques d’augmenter les prix de leurs prestations et de rendre leurs clients plus captifs.

  • De quel droit des pays peuvent-ils obliger les pays fiscalement attractifs, comme la Suisse qui n’est pas un paradis fiscal à proprement parler, d’abandonner des revenus? De plus la plupart des politiciens véreux de l’Europe possèdent des comptes en Suisse parce qu’elle est attractive alors faut arrêter.

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