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Rentabilité des fonds propres et du savoir-faire

Et si l’on profitait du moment où la rentabilité du capital baisse pour en revendiquer une plus juste part en faveur des travailleurs?

icone auteur icone calendrier 23 octobre 2008 icone PDF DP 

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Parmi les causes des maux bancaires actuels, deux jouent sans doute un rôle prépondérant: le recours excessif au désormais trop fameux effet de levier d’une part et, d’autre part, le niveau vertigineux des taux de rentabilité des fonds propres, que les investisseurs et leurs banquiers considéraient jusqu’à récemment comme acceptables.

Lorsqu’on emprunte des liquidités à un coût très réduit, que l’on agglomère ces liquidités à une proportion congrue de véritables fonds propres et que l’on place le tout sur un «marché porteur et prometteur», la part «fonds propres» de l’investissement global bénéficie d’un puissant effet de levier; ce dernier peut multiplier par un facteur qui peut facilement atteindre 40 fois le taux de rentabilité de la même somme, placée isolément.

Mathématique, logique, mais dangereux ainsi qu’on continue de le voir chaque jour. Cela fait maintenant des années que l’investisseur a pris l’habitude de voir ses fonds propres rémunérés à un taux de plus de 20% par an. Parallèlement et depuis longtemps, financiers, banquiers, industriels et chefs d’entreprises cotées en bourse n’osent même pas envisager de présenter un budget qui se situe en deçà de ce niveau de rentabilité. Quant à celle d’une micro-entreprise en phase de démarrage, elle n’atteint presque jamais ces sommets faute précisément du financement extérieur que certaines banques préfèrent utiliser à des fins moins nobles.

Point besoin d’études mathématiques et actuarielles poussées: le bon sens indique qu’un investissement ne peut pas doubler de valeur tous les deux ans et demi. Que ce ne saurait être une règle économiquement justifiable et qu’il s’agit donc d’un exercice périlleux à moyen terme. La crise économique actuelle, entre autres enseignements, devrait redonner aux acteurs économiques le sens des justes proportions.

L’occasion est bonne aussi de poser une fois encore une question de fond: l’économie ne devrait-elle pas systématiquement inclure dans la titularité et la rémunération des fonds propres une part raisonnable destinée au capital-travail? Si l’argent emprunté permet à l’investisseur de bénéficier d’un effet de levier, il existe un facteur de création de richesse économique qui ne saurait être virtuel ni pris en prêt: le travail.

Et le travailleur ne possède, lui, aucun autre moyen de valoriser son savoir-faire que celui de le mettre au service d’une entreprise. Il ne peut pas décupler la valeur de son travail par des artifices comptables ou financiers. En revanche, c’est bien lui qui crée l’essentiel de la valeur ajoutée au profit de l’entreprise dans laquelle il oeuvre et celui de ses propriétaires.

Pour refonder une économie sociale dans laquelle le travailleur n’ait pas le sentiment d’être en permanence prétérité, il faut non seulement qu’il puisse s’exprimer dans des organes paritaires, mais aussi qu’il reçoive une juste rémunération de son travail et de son savoir-faire.

On pourrait donc imaginer que, pour payer ce savoir-faire, l’investisseur soit contraint de céder une partie de sa rentabilité brute à une sorte de fonds commun de l’entreprise – ou de la branche économique dont elle fait partie. L’épargne négociée avait fait l’objet d’un cahier spécial de Domaine Public, portant les numéros 109-110, en 1969 déjà et se référait à une formulation d’Alfred Sauvy: «On ne peut transformer un bénéfice non distribué en salaire distribué, cela donnerait des malfaçons dans l’économie par manque d’investissements, mais on peut transformer un bénéfice non distribué en salaire non distribué». La répartition des revenus et du capital de ce fonds entre les salariés eux-mêmes devrait intervenir par des décisions de leur propre compétence ou de celles de comités dûment habilités. Il s’agirait en somme d’une sorte de fonds de participation, recueillant espèces, actions et obligations, options ou autres instruments non encore dérivés ni structurés, dont la gestion pourrait aussi être confiée à un fonds externe du type Ethos, à une fondation syndicale ou à une banque comme la Banque Alternative Suisse.

A noter qu’il s’agirait de rémunérer les bénéficiaires pendant le temps de leur période active et non pas une fois la retraite venue. On pourrait même envisager des versements en franchise d’impôt sur le revenu et avec l’octroi d’un crédit d’impôt correspondant à l’entreprise ou aux propriétaires contributeurs. Il est évident aussi que des choix de gestion, de placement (et peut-être de véhicules) devraient être laissés au travailleur selon qu’il souhaite de la croissance ou du revenu, de l’investissement à terme ou même, avec des limites adéquates, la possibilité de «consommer» son rendement sans attendre.

L’argent est la richesse de l’investisseur. Celle du salarié, c’est non seulement son travail, mais aussi son expérience, son savoir-faire. Il serait équitable de rémunérer également cette part immatérielle de son apport. Et surtout, une telle rémunération contribuerait à restaurer une confiance mutuelle entre acteurs économiques et à maintenir une paix sociale que l’on nous envie au-delà de nos frontières.

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