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La gravelle d’UBS

De la transubstantiation des actifs pourris…

C’est le diagnostic du Conseil fédéral. Le bilan d’UBS est chargé «d’actifs illiquides». «Illiquides», terme inédit pour désigner des titres dont le marché ne veut pas. UBS souffre de lithiase. Pisser lui est douloureux. Mais le mal n’est pas sans remède, à 60 milliards de dollars, sur ordonnance de la Banque nationale suisse.

Ce silence qui se voulait d’or

La confiance se passe d’assurances verbales; dire qu’il ne faut pas s’inquiéter, c’est nommer l’inquiétude que l’on nie, c’est lui donner corps. Telle était, jusqu’au 16 octobre, la stratégie du Conseil fédéral.

Qu’est-ce qui l’a poussé à intervenir, lourdement? Trois facteurs. Premièrement, la décision des pays européens. La Suisse, place financière d’importance, démontre qu’elle contribue à la consolidation des équilibres financiers. Deuxièmement, la Banque nationale qui soutenait UBS ne pouvait plus le faire dans la discrétion sans entacher son devoir d’impartialité. Enfin, les retraits persistants et volumineux des clients d’UBS exigeaient que l’on garrotte l’hémorragie.

Indolore

La solution, transférer tous les actifs illiquides dans une société ad hoc, sous la responsabilité de la Banque nationale. Si l’on tient compte du plan Paulson, dont les filiales américaines d’UBS pourront bénéficier, si l’on ajoute les 60 milliards de dollars du plan suisse, si l’on a enfin en mémoire les dizaines de milliards d’amortissements auxquels a déjà procédé UBS, cela fait, additionné, une couverture impressionnante, à la mesure des dégâts fabuleux et irresponsables. De plus, la société ad hoc de liquidation, curieusement domiciliée aux Iles Caïmans selon la NZZ de ce jour (p. 21), sera dotée par UBS de 6 milliards de dollars. Mais, compensation, pour presque la même somme, 6 milliards de francs, la Confédération souscrira un emprunt à conversion obligatoire. Relevons que si elle devenait actionnaire pour 9% d’UBS, la Confédération hériterait, en tant qu’Etat actionnaire, des casseroles pénales attachées aux USA à la banque suisse.

Cette liquidation inouïe, on s’efforce de nous faire croire qu’elle sera sans frais! L’argument avancé: il suffit d’avoir la possibilité d’attendre. Des actifs illiquides, ce serait comme un vin; bu trop jeune c’est une piquette, cinq ans plus tard, bonifié, il a sa pleine valeur. Ainsi Jean-Pierre Roth, président de la BNS, rassure le peuple. De fait, il y a bien transfert de risques à la BNS, qui finance par un emprunt l’achat par la société ad hoc qu’elle gèrera des actifs jugés illiquides.

Deux exigences

La Confédération annonce son intention de moraliser en tant qu’actionnaire éventuel le jeu des rétributions: bonus, indemnités de départ. Louable intention, quoique destinée à la galerie. En revanche, deux questions de fond doivent être débattues.

Graphique DP d'après des chiffres du magazine Der Spiegel No 42, du 13.10.2008La première est la dimension de la banque. La Suisse n’a pas la taille économique qui permet à une banque d’être dans le top ten en tant que banque d’affaires sur le marché mondial, et banque de crédit et de dépôts à échelle nationale (voir le graphique, d’après Der Spiegel). Les activités doivent être structurellement dissociées.

La deuxième conséquence sera la réouverture imminente du dossier fiscal avec l’Union européenne. L’investissement consenti par les Etats aura pour effet de les pousser à moraliser le jeu bancaire. Les paradis fiscaux seront visés. Or le dossier UE – pratiques fiscales de certains cantons est un dossier où la Suisse n’a pas une position solide. La crise financière crée une nouvelle donne. Il faut donc anticiper la réouverture du dossier et prendre une décision autonome et rapide de mise en ordre.

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Discussion

  • Ce monsieur devrait écrire les articles d’Edipresse cela nous changerait de la daube journalistique.

  • Dans, mettons 5 ans, la crise est passée et l’UBS annonce des milliards de bénéfices comme il y a pas si longtemps.

    De l’autre côté les 54 milliards de fonds pourris à la charge de la Confédération sont dévalués à 30, 15 milliards.

    Ce n’est pas improbable ! La bourse n’est pas un yoyo pour toutes les valeurs! Les mauvais fonds restent à l’écart des phases spéculatives ascendantes.

    Ce serait le sommet du scandale! On veut bien avaler le traitement de faveur accordé à l’UBS pour éviter une faillite catastrophique dans l’intérêt général.. Mais avec un minimum de garantie de récupérer la mise!

    Là est la discussion de fond actuellement.
    Un débat public sur la méthode, l’ampleur et les risques de l’opération.
    Avec débat parlementaire et éventuellement renvoi de la copie à l’expéditeur..
    (Il s’agit de 60 milliards et non des feuilles mortes de l’automne..)

  • Sans crier gare, le Conseil fédéral nous balance un plan de sauvetage de l’UBS de 70 millards.
    La banque affirmait pourtant il y a peu que la situation s’était normalisé, que le retour au bénéfice était prévu pour 2009. Ces affirmations résument à elles seules le comportement de l’UBS.
    Cette grande banque ne cesse de mentir sur sa situation réelle. Plus personne ne croit
    les dirigents lorsqu’ils affirment qu’il n’y a aucun risque pour les épargnants.
    Pour restaurer la confiance, il faudra plus qu’un plan de sauvetage.

    La solution proposé par le CF comporte d’énormes risques pour les finances fédérales. Il sera inefficace car la banque a définitivement perdu la confiance des clients. De plus, il est totalement immoral. C’est une récompense à la piraterie bancaire!

    Reprenons depuis le départ. A qui profite ce plan?
    Ce plan profite aux dirigeants, aux ex-dirigeant de la banque et aux actionnaires. Les premiers ne méritent en aucun cas ce coup de main providentiel. Pour les seconds, personne ne les a obligé à acheter des action UBS, ni à les conserver. Une action est par nature un placement à risque. Si les actionnaires estiment avoir été trompé par les dirigent de la banque, c’est à eux qu’ils doivent demander leur argent via des procédures civiles et pénales. Si la volonté du CF et du parlement est de venir en aide aux banquiers et actionnaires, alors il faut le dire! Dans le cas contraire, ce plan rate la cible.

    Le bon sens voudrait que les bénéficiaires de ce plan soient les épargnants, les clients hypothécaires et les entreprises. En tant que garant des institutions financières, l’Etat a une responsabilité vis à vis de ces citoyens.

    L’épargne doit être garantie à 100% pour tous les épargnants. Les titres de quelle sortes que se soit sont exclus de toute garantie. Le fond de garantie interbancaire et subsidiairement l’Etat a le devoir de garantir l’épargne. Il en va de la crédibilité du pays.

    Les clients hypothécaires doivent avoir la possibilité de changer d’établissement. Les banques cantonales sont en mesure d’assurer ce service simplement et rapidement. L’Etat apportera sa garantie pour une période de 5 ans à l’établissement qui reprendra le client aux conditions actuelles.

    La clientèle commerciale doit être assuré de pouvoir poursuivre ses activités. L’Etat accordera une licence bancaire à Postfinance qui renforcera la structure destinée à la clintèle Entreprise.
    Les clients que l’UBS ne serait plus en mesure de financer auraient ainsi la possibilité d’avoir un partenaire sûr et fiable. L’Etat apportera les liquidités nécessaires à cette opération.

    Par ces mesures, l’Etat apporte confiance et sécurité là où cela est nécessaire. Le risque de récession en sera très largement diminué. Le coût de ce plan est tout à fait supportable pour les finances publiques. Les employés qui auraient perdu leur emploi à UBS serait en partie repris par les autres banques.

    Le plan du CF est très dangeureux. Les actifs transférés de l’UBS sont et resteront invendables.
    Quels clients trouver pour des titres qualifiés de pourri? Les banques avides d’argent facile sont aujourd’hui en faillite. Alors, dans dix ans, l’UBS pourra les racheter à vil prix pour solde de tout compte. La ficelle est un peu grosse et rappelle furieusement Swissair.
    UBS est loin d’être tiré d’affaire, même avec le plan du CF. Rien, mais alors absoluement rien ne nous garanti que la banque ne sortira pas de son chapeau de nouvelles créances pourries dans six mois ou une année. C’est même probable. Et l’Etat sera alors obligé d’ allonger les millards pour ne pas perdre l’argent déjà investi.
    Il faut également penser aux conséquences morales. Une telle aide créé un précédent que le Crédit Suisse pourra à son tour exiger. Il faut s’y attendre à plus ou moins brève échéance. Non, la confiance dans les banques ne reviendra pas par cette voie. Le capitalisme en sera totalement décrédibilisé.

    Un système économique sain se doit de sanctionner les aventuriers du capitalisme sauvage. C’est aux dirigeants de la banque de sauver le navire. Et avec des capitaux privés.
    En cas d’echec, la justice doit poursuivre tout les hauts dirigeants de la banque d’affaire UBS et la direction général du groupe, séquestrer les millards de bonus accumulé depuis 2004 et envoyer pour quelques années derrière les barreaux ces criminels de la finance.

    Alors les clients retrouveront la confiance dans le système bancaire!

    Le plombier

  • Peter Kurer (PK), le nouveau directeur de l’UBS,nous a été présenté comme un gars intelligent. Pourquoi ne pas le croire? Visiblement, cet avis est partagé par le Conseil fédéral (CF) qui semble lui accorder sa confiance. Avec lui, fini la grande vie, place à l’humilité.
    Le citoyen lambda a donc été sidéré lorsque PK a annoncé, avec l’arrogance usuel des dirigeants de l’UBS, que son salaire annuel serait de 10 millions et qu’il n’était nullement exlu de verser des bonus du même ordre.
    Les journeaux de tous bords ont crié à l’outrage. Le CF s’est mis hurler avec les loups que, via d’obscur directive, il allait mettre le holla. Nul doute que les oreilles de PK ont dû sifflé.

    Comment le brillant PK a-t’il pu commettre une pareille bourde?
    Et bien, c’est simple. Ce n’est pas une bourde! Après avoir créer le scandale, PK fais des excuses
    publiques, renonce à son bonus et incite ses collègue à faire de même. C’est trop beau, c’est trop gentil!

    Le petit malin PK vise trois but:

    1)Focaliser le débat sur les bonus (il n’y a aucun problème à rendre quelques centaines de millions de bonus lorsque l’on reçoit 70 millards de l’autre côté).

    2)Redorer l’image des dirigeants de la banque en faisant semblant d’avoir compris la leçon.

    3)Donner l’impression au CF qu’ils sont prêt a lui obéir comme comme de petit enfants qui ne feront plus de bêtise.

    Il y a là un cynisme absolu. Un mépris sans limite pour le peuple et ses institutions.
    Et nous devrions aider ces gens-là! Quo vadis?

    Le plombier

  • Quel plaisir de lire de tels explications et commentaires ! Combien de temps faudra-t-il encore aux Suisses pour qu’ils cessent de se laisser danser sur le ventre.

  • Le paradoxe gastronomique

    Manger est un plaisir. Bien manger est plus qu’un plaisir.
    L’envie de découvrir une nouvelle table découle souvent de la lecture de la presse quotidienne.
    Dans ce domaine, il y a deux écoles. Celle qui parle de ce qu’on mange et celle qui parlent de ceux qui font à manger. En tant que client, je paye pour ce que mange et je respecte les choix et opinions du patron.
    Actuellement, la tendance est plutôt à savoir si le chien du patron mange les restes du client.
    C’est un problème qui n’est pas propre à la gastronomie. Prenons un exemple. La finance.

    Je suis abonné au Temps. Tous les lundis, les spécialistes débattent de la meilleure façon d’emballer la merde:
    structurés, options, call put, total warant. What is that?
    C’est la cour des miracles. Les analystes dissertent à longueur de colonne sur d’hypothétique possibilité de gain sans jamais parler du fond du problème. La multiplication des pains. Ma première leçon d’économie, je l’ai prise dans Luky Luke sur cette réplique définitive mais au combien réaliste:

    >Quand vous avez compris cela, vous avez compris le capitalisme et le communisme. En effet, les deux systèmes se rejoignent sur la finalité des choses, mais pas dans la pratique. Le capitalisme sous-entend que le mélange des deux ingrédients génère une plus-value qui justifie la vente de deux portions. Le communisme suppose que le partage des aliments, aussi faible en soit la quantité, est une forme de justice qui justifie que le portion est suffisante pour deux personnes. Ce n’est pas parfait, mais nous avons assimilé ces règles.

    Le problème, c’est qu’aujourd’hui ce n’est plus valable. Et je retourne à la finance.
    UBS a besoin d’argent. Les clients n’ont plus confiance et l’avenir est sombre.
    L’Etat verse 6 milliards pour une portion de haricot + une portion de lard UBS. C’est un pari difficile car le joueur de casino ne goûte que très peu ce plat gras qui laisse des traces partout ou l’on passe. Mais la Suisse a les moyens de prendre ce risque, alors acceptons-le.

    Ce qui passe moins bien, c’est la partie de poker au sous-sol entre la BNS et UBS.
    Les règles frisent la triche. La BNS joue découvert, l’UBS cartes cachées. Elle veut jouer gros, mais elle n’a pas un sous. Normalement, l’histoire aurait dû s’arrêter là. Et bien non ! La BNS a emprunter 60 milliards pour que l’UBS puisse continuer à jouer. Les intérêts, 3 milliards par an, seront pris en charges par l’organisateur de la soirée.

    Merci à tous en bonne continuation.

    Le plombier

  • Bonsoir,

    Je ne sais pas si l’UBS a organisé un barbecue mais ça sent très fort le grillé chez eux. Ca doit boire sec ces temps chez à l’Auberge des trois clefs. Les chefs se traitent publiquement d’incapable donc les mauvaises nouvelles sont imminentes.
    Bien sur, UBS n’a pas son pareil pour placer ses billes dans tous les coups foireux des Etats Unis d’ Amérique. Ca faisait bien sur le CV, mais la trésorerie en a pris un méchant coup.
    La chute de Citigroup sonnera la fin d’UBS. Les faillites en cascade de débiteurs gonflés aux hormones porteront le coup fatal. La déchéance de cette institution est tel qu’il est urgent de légaliser l’euthanasie. UBS agonise d’une maladie honteuse dont les symptômes sont l’avidité, l’égoïsme, la prétention, l’immoralité, l’absence de tout scrupule…
    Des voix se lèvent enfin pour faire part de leur doute. De l’autre côté, l’éventualité d’une rallonge est pudiquement évoqué par les larbins de la banque. 70 milliards n’ont pas suffi à rétablir le cours de l’action!
    Les CDS (Crédits Default Swaps) n’attendent plus que les douze coups de minuit pour venir hanter le sommeil des brillants gestionnaires de ce pays qui nous conduisent à la ruine.
    Cété, peux-tu nous dire plus sur ces CDS qui représente plus de 50’000 milliards de dollar hors bilan?
    Je suis sur que les placards de l’UBS en sont remplis.
    J’ai beaucoup de plaisir à vous lire et vous souhaite un bon week end.

    Votre plombier

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