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Chute des bourses et leçon de choses politique

La crise financière décape l’idéologie dominante

Le ciel est bleu ou gris, serein. C’est l’automne, le temps des vendanges. Mais les informations mondiales ne sont pas au rythme des saisons. Tous les matins, dès l’aube, nous est annoncée la chute des cours de la bourse de Tokyo puis, selon la marche du soleil, chute à Londres et enfin chute à New-York. Obsessionnel. Crise, séisme, catastrophe. Le vocabulaire est au superlatif. Mais rien n’est encore perceptible. Le ciel bleu ou gris ne nous est pas tombé sur la tête. Notre destin se joue donc dans des sphères invisibles. Aliénation.

Pourtant, déjà, des valeurs dominantes et fondatrices de l’action politique et économique sont remises en cause. Qu’est-ce qui change? Première appréciation.

Les centaines de milliards

Les sommes en jeu sont si gigantesques qu’elles n’ont plus de sens concret. 700 milliards de dollars, ce n’est pas palpable. Pour le citoyen occidental ordinaire, qu’est-ce que ces «liquidités injectées par les Banques nationales»? Où l’Etat trouve-t-il «de quoi» acheter les actions des banques défaillantes, «de quoi» cautionner, garantir?

Ce que chacun perçoit, c’est un effet baguette magique. Mais les budgets de l’Etat ou des particuliers sont soumis toujours à la même rigueur. Rien de magique. Pas d’argent pour des besoins sociaux clairement identifiés.

Alors est inévitable la confrontation: des milliards pour des banquiers qui ont émis des titres pourris, dépassant la limite de l’abus de confiance, et rien pour les mal lotis. Hier on aurait jugé le rapprochement démagogique. Aujourd’hui on constate que la démagogie est dans les faits. L’égalité est refondée.

La main invisible

La philosophie libérale exalte l’homme entreprenant, responsable et, selon une formule éloquente, «payant de sa personne» (avec parachute). Elle prétend concilier l’initiative individuelle même égoïste et l’intérêt général qui voit s’imbriquer les actions particulières. Elle croit en l’autorégulation, c’est une philosophie optimiste.

Mais si l’homme est entreprenant, il peut se révéler aussi cupide, et quand il dispose de leviers puissants, comme les offrent certaines activités bancaires, sa cupidité échappe à toute surveillance.

La leçon simple et évidente que chacun tire de la crise c’est qu’une activité jugée si essentielle que l’Etat doit à tout prix la préserver doit, vu son importance même, être contrôlée, régulée. La main doit être visible.

L’Etat protecteur

Puisque régulation il doit y avoir, seule une autorité légitime peut l’exercer, à savoir l’Etat ou une confédération d’Etats. Ce n’est pas une vue doctrinaire, mais la leçon de choses qui sous nos yeux est donnée.

Politiquement

Egalité, régulation, rôle de l’Etat, ces mots-clé sont d’une résonance de gauche. Mais, si la crise devait toucher l’économie réelle, les risques seraient grands de voir s’afficher aussi la xénophobie, le protectionnisme, les affrontements civils et la montée d’une droite dure.

La chute du capitalisme financier rebrasse les cartes du libéralisme et du socialisme. Pour quel nouveau modèle?

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Discussion

  • 1
    benoit genecand

    Ce qui frappe dans toute cette histoire c’est le nuage de fumée et l’absence de réflexion sérieuse sur l’alternative au soutien massif par les Etats. En gros on nous dit: « c’est cher et douloureux mais ne rien faire serait pire ». Pire? Comment donc? Une baisse plus importante à la bourse? La fin du système de paiement? On aimerait en savoir un peu plus et pouvoir décider en connaissance de cause. Au lieu de quoi, des sommes monstrueuses sont engagées sans débat démocratique simplement en faisant très peur au simple pékin. Comme les Etat-Unis partis en guerre contre l’Irak sous le prétexte de la menace d’armes de destruction massive qui ne furent jamais trouvées. Et si tout cela se résumait plus simplement: une bureaucratie publique vient au secours d’une bureaucratie privée pour éviter toute nouvelle répartition des cartes?

  • Le lumpenprolétariat que nous sommes a grand besoin d’explications simples et claires sur les tours de magie de nos néolibéraux et de leurs souteneurs politiques. Ce qui reste de gauche européenne parviendra-t-il à offrir au monde une autre solution que le refinancement du casino?

  • Rappelons que le libéralisme économique est une notion née au 18e siècle qui prône la liberté de commercer et l’obligation d’exécuter ses contrats vis à vis de tiers mais qui ne dit pas si tous les produits peuvent être traités de la même manière et s’il faut des bourses pour les échanger.

    Par conséquent être pour le libéralisme économique n’implique pas que l’on soit nécessairement opposé à la régulation.

    Ce qu’on dénonce par excès du libéralisme s’appelle en fait dérive de la capitalisation car un marché totalement dérégulé conduit à une hypercapitalisation où – de manière caricaturale – un semblant de concurrence anime 20% du marché pendant que 80% du jeu est réservé à un club cartellisé ou monopolisé qui prélève sur la société un intérêt toujours plus élevé du fait de ses propres excès.

    La lutte contre les cartels et la découpe de grands groupes industriels ayant été largement abandonnées depuis les années septantes, faute de moyens et d’outils internationaux, l’Etat se retrouve après une bulle de crédit sans précédent désormais actionnaire de ces entreprises.

    Pour ne pas perdre ses billes, il faudra désormais que l’Etat ait des représentants compétents du point de vue financier pour superviser ces entités.

    L’Etat voudra-t-il plus de dividendes comme actionnaire ou bien un plus gros bénéfice comme taxateur ? Joli paradoxe.

  • Cette manière de disséminer l’insolvabilité des consommateurs américains à travers la planète via les grandes places bancaires n’est rien d’autre qu’une escroquerie.
    La plupart des établissements financiers tablaient sciemment sur la tromperie pour permettre à ces créances pourries de continuer à circuler. Nous savons que la finance ne vit et ne se vivifie que si elle circule sans jamais s’arrêter. Exactement comme notre circulation sanguine, le captage d’intérêts n’est réalisable qu’à travers les opérations de change. Plus il y a d’opérations, plus se captent d’intérêts.
    La coagulation due à la bulle immobilière a été l’accident prévisible que personne n’a voulu prévenir. Cette coagulation a provoqué la fatale lésion cérébrale tant redoutée.

    Les responsables de cette crise sont bien ceux qui se sont initiés à titriser les créances irrécupérables, et ceux aussi,qui se préposent au conseil par leur notation. Ces derniers en porte une lourde responsabilité: distribuer des bonnes et mauvaises notes n’est pas un acte innocent. Curieusement, celles portant sur ce genre de titres étaient notées comme bonnes voire excellentes. Donc très fiables.

    Il est indéniable que ceux-ci connaissaientla nature néfaste de ces créances.

    Vendues aux grandes banques de la planète, elles se mettent à leur tour à lestitrisées (une énième fois sans doute) pour les proposer comme produits sérieux de bon rapport à leurs clientèles-Qui n’a pas été courtisé par son conseiller pour placer ses petites économies en errance sur son compte salaire ? -Le produit de rapport: l’insolvabilité des américains.

    Qu’on spolie institutionnellement les peuples de la planète ne suffit plus, à présent, il faut que leur gouvernement s’y mette et lâche de gros paquets de milliards de dollars. Avec un intérêt de combien pour ces prêts?

    Depuis le 11 octobre, les établissements financiers des pays occidentaux se sont succédés auprès de leur gouvernement respectif pour solliciter leur sauvetage. Aussi insolite que notre Conseil Fédéral, Nicolas Sarkosy a annoncé, ce soir, sa bonne disposition à sauver ses institutions et prévoie déjà une belle rallonge pour 2009.De la part d’un chef d’Etat, cette déclaration est déroutante. Encourage-t-il les banques à venir frapper à sa porte?
    Même s’il estimait que la crise allait s’inscrire en profondeur et dans la durée, devait-il le dire avec cette engeance à l’argent facile?

    Le malheur a voulu qu’on croie pendant longtemps que le marché financier produit des richesses et que le libéralisme stimule l’économie.
    Avec cette expérience, force est de constater que le financier devenumarché est complètement déconnecté de l’économie réelle et que les auteurs d’une telle philosophie a déjà formaté plusieurs générations d’étudiants qui nous ont préparé le basculement d’aujourd’hui. Traders ou boursicoteurs, ils ont formé de dociles troupes modernes et adaptés à la société de consommation symbolique et virtuelle. Ils ont été acquis au phénomène de mode et possédés par cet univers abstrait et irréel, vendant avec sincérité leurs propres convictions du système.

    Malheureusement, il arrive un moment donné où on est confronté à l’épreuve de matérialité primaire comme celle de se nourrir et de se loger.
    A cette crue évidence, le marché financier n’apporte aucune réponse acceptable.

    Par ses tendances naturelles à concentration des richesses, ce marché, consommateur d’énergies et de potentiels, a réussi à tuer l’économie, la création, l’activité humaine et sa propre redynamisation. Il a été et le restera le prédateur de toute économie quelle qu’elle soit (libérale ou socialiste ou bureaucratique). Il est le prédateur du capitalisme lui-même.

    Les banques, prises dans une telle tourmente passionnelle, nécessite une thérapie de choc par l’autoritéde main de fer et une sévère diète.
    La tutelle de l’Etat se justifierait pleinement.

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