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Conseil fédéral: abandon ou retour de la formule magique?

Il faut prendre un peu de recul pour apprécier les péripéties autour de la composition de l’exécutif

icone auteur icone calendrier 3 octobre 2008 icone PDF DP 

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A peine dix mois après l’élection du Conseil fédéral, les spéculations vont bon train sur des démissions de plusieurs de ses membres et les candidatures d’éventuels remplaçants, au point que la Suisse semble presque en pré-campagne pour l’élection de l’exécutif. Parallèlement à ces discussions, plusieurs commentateurs situés à droite (par exemple Marie-Hélène Miauton, dans Le Temps) estiment que la non-réélection de Christoph Blocher est à l’origine des difficultés actuelles de l’exécutif fédéral.

A ce stade, il est nécessaire de revenir en arrière. Avant le milieu des années 90 et l’émergence d’une UDC nationaliste et anti-européenne sous la houlette de Christoph Blocher, le système politique suisse suivait depuis un siècle une voie tendant à un équilibre négocié. Depuis l’entrée des conservateurs à l’exécutif en 1891, de nouveaux partis intégraient l’exécutif, jusqu’à être quatre dès 1959, mais aucun d’entre eux ne retournait «à l’opposition». Pour intégrer le gouvernement, les conservateurs avaient dû accepter l’Etat fédéral né en 1848 et les socialistes la défense nationale. En outre, les conseillers fédéraux décidaient la plupart du temps eux-mêmes ou avec leur parti de la date de leur démission. Le système politique suisse tendait généralement à l’apaisement, par intégration des principales tendances politiques du pays. Celle-ci se faisait sous condition d’acceptation des règles du consensus en vigueur sur certaines valeurs fondamentales.

Aujourd’hui, cette époque semble bien lointaine: des campagnes de presse appellent à la démission de l’un ou l’autre membre de l’exécutif, Samuel Schmid pourtant élu avec 201 voix sur 246 est poussé à la démission malgré des manquements bien moins graves que le ministre Blocher non réélu, les deux conseillers fédéraux de l’UDC ont été poussés dehors sans ménagement par leur propre parti et des magistrats en vue appellent à nouveau à l’improbable «élection du Conseil fédéral par le peuple» (DP 1792). La personnalisation de la politique atteint des proportions inédites dans notre pays, jusqu’à publier des images de l’hospitalisation d’un membre du gouvernement.

En pourtant, il est impossible d’accepter l’analyse des nostalgiques de l’ère Blocher si l’on fait l’effort de se souvenir des difficultés vécues par le Conseil fédéral lors de la précédente législature. Les péripéties de l’été 2008 semblent par comparaison bien légères.

L’évolution extrêmement rapide d’un parti originellement agrarien vers un nationalisme exacerbé et sa croissance électorale hors des proportions habituelles a produit ses effets sur le renouvellement de l’exécutif fédéral. Une série de «premières»: la conseillère fédérale Ruth Metzler, qui n’avait pas démérité, non-réélue en 2003 à l’occasion d’un premier changement dans la coalition gouvernementale depuis 1959, le leader de l’UDC non-réélu sans changement de coalition, suivi de la première sortie d’un parti politique de l’exécutif. La mécanique gouvernementale est vivement bousculée et l’incertitude a considérablement augmenté pour ses membres. Des changements aussi rapides ne sont pas uniquement dus à une évolution des mœurs ou à la médiatisation croissante de la vie politique, même si elles y contribuent.

Il faut aller chercher un élément décisif d’explication de la dégradation actuelle des mœurs politiques dans l’émergence d’un parti protestataire au sein même de la coalition gouvernementale, ce qui constitue un phénomène inconnu, voire impossible dans les pays qui nous entourent. Un parti qui a tout à la fois plus que doublé son électorat et fait accéder son leader au gouvernement. Cette nouveauté a considérablement augmenté l’écart qui sépare les tendances politiques intégrées au gouvernement. Les socialistes, d’un côté, n’ont pas particulièrement dérivé plus à gauche, mais c’est bien l’UDC qui s’est fortement éloignée vers l’ultra-droite. Les tensions issues de cette situation déséquilibrée ont finalement abouti à la non-réélection du leader populiste le 12 décembre 2007 et à la première coalition ne disposant plus d’une large majorité arithmétique à l’assemblée fédérale. Après avoir provoqué l’éjection de son parti dans l’opposition à la suite de ce scrutin, la tendance blochérienne de l’UDC veut désormais tenter une nouvelle performance inédite: faire revenir son conseiller fédéral non-réélu au sein de l’exécutif.

L’évolution vers un retour à une «formule magique» dépend aujourd’hui de la volonté de l’UDC d’accepter de collaborer avec les autres partis, notamment en acceptant définitivement la voie bilatérale vers l’Europe. En attendant, les autres partis sont condamnés à s’entendre, ce qui semble improbable étant donné que le PDC et les radicaux ne semblent pas avoir saisi le risque d’évolution «à l’autrichienne» avec une extrême-droite qui profiterait largement de la paralysie mutuelle de la droite modérée et de la gauche. Pour éviter cette évolution ardemment souhaitée par les leaders de l’UDC, il faut impérativement arrêter de voir dans ce parti un simple avatar du conservatisme et interrompre le processus de démolition du système de concordance. Il est encore temps de réagir.

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Discussion

  • C’est aux autres partis: PDC, PRD et PS d’accepter le changement voulu par le corps électoral. Cela signifie entériner le virage conservateur et eurosceptique de la population, tout comme les conservateurs ont accepté l’Etat fédéral de 1848, et comme les socialistes ont accepté la défense nationale.

    C’est cela la démocratie semi directe, la concordance et le gouvernement collégial.

    Tant que les 3 partis non UDC s’y refuseront, il y aura, en effet, une situation instable et des tensions.

    Or la soumission aux usages de la concordance n’aurait rien de tragique car dans un gouvernement collégial les changements d’orientation se font en douceur. Donc le passage de l’UDC d’1 à 2 sièges qui devront être occupés par des personnalités fidéles à la ligne majoritaire de ce parti, modifiera certesl’équilibre général dans un sens plus conservateur, mais en laissant subsister 2 sièges socialistes. Cela permettra le maintien d’un compromis social. C’est le garde fou qu’a sagement prévu le système contre les sautes d’humeur du public. Cela n’existe pas dans les pays qui connaissent l’alternance.

    Il n’est jamais agréable de céder les avantages d’une situation à laquelle on s’était accoutumé. Cela explique la mauvaise foi des partis de l’establishment, qui, ayant perdu la faculté de faire valoir les intérêts de leur cartel qui a perdu les élections, trichent, et refusent de jouer le jeu. Cela durera un temps, mais ça ne pourra durer très longtemps.

    Il faudrait peut-être que les milieux de sensibilité de gauche et du centre, s’ils entendent exclure durablement l’UDC, et se refuser à la correction que comportent les résultats des élections, théorisent le concept d’une coalition de centre gauche. Cela, au moins, aurait une certaine cohérnce, qui n’esxiste pas dans la pratique brouillonne actuelle.

    Cependant ce sera difficile, car les partis du centre: PDC et PRD ne sont pas de bonne foi avec la gauche. Ils sont d’accord d’exclure l’UDC, pour mieux défendre leurs fromages, mais ne sont pas d’accord de faire des concessions sociales à la gauche en vue de construire une majorité de gouvernement.

    D’autre part, à supposer même que les trois partis PS, PDC et PRD s’entendent sur une plateforme de gouvernement commune, cela n’aurait que peu de chances de succès, précisément à cause de la nature de notre régime politique qu’il est exclu de modifier à moins de supprimer les droits populaires.

    Une politique de centre gauche susciterait une opposition puissante de la droite dure, qui aurait beau jeu de mettre en échec tous les projets du gouvernement par des référendums.

    Dans un pays de majorité sociologique très conservatrice, d’autant plus conservatrice que les classes moyennes suisses ont à défendre un niveau de vie exceptionellement élevé en comparaison internationale, – l’existence d’un gouvernement de centre gauche serait perçu comme traumatique par cette majorité des classses moyennes, et aurait donc pour conséquence un renforcement jamais vu de la droite dure.

    On pourrait alors voir l’UDC monter à 40%, ce qui lui donneriat droit à 3 sièges au CF.

    Bref, en conclusion, il semble bien que le plus sage serait de pratiquer la concordance en intégrant deux UDC blochériens, et que tout ce qu’on peut espérer, si l’on déplore cette conséquence de notre système politique, c’est de faire usage des possibilités du système collégial pour amortir les chocs.

    On peut en débattre, mais mon avis personnel est que la gauche aurait plus à gagner, ou moins à perdre, à cette politique, qu’à l’exclusion du plus grand parti qui n’aboutira qu’à le renforcer hors de toutes proportion.

  • Le mieux ne serait-il pas que l’exécutif soit voté par le peuple ?
    Le mieux ne serait-il pas que celui qui prétendrait faire partie de l’exécutif ait unelimite d’âge fixée par le peuple également ?
    Le mieux ne serait-il pas que les dicastères se répartissent selon la compétence dans le domaine qu’ils représentent ?
    Le souhait du peuple n’est-il pas d’avoir un PF qui ne ressemble pas à des réglements de compte personnel ?
    Se serait-il pas judicieux, de faire valoir un être compétent plutôt que de voter des partis ?
    Je suis pour abolir tous les partis politiques ce serait beaucoup plus créatif pour concrétiser des idées.

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