Mode lecture icon print Imprimer

Samuel Schmid peut reprendre la main

La première obligation des partis gouvernementaux serait de ne pas se laisser manipuler par l’opposition UDC

icone auteur icone calendrier 28 septembre 2008 icone PDF DP 

Thématiques

Pour l’observateur, l’image de la politique fédérale est détestable. Samuel Schmid s’est vu refuser par le Conseil national son programme d’armement; les médias qui relatent le vote parlent de «gifle»; le conseiller fédéral aurait pris une «gamelle». Son départ est annoncé imminent, ce ne serait qu’une question de jours; la nécro de sa carrière politique est prête.

Cette dramatisation d’une péripétie des combats de l’arène parlementaire, tous ces pouces renversés, est partiale – et surtout elle trompe sur les vrais enjeux. Samuel Schmid n’a pas été défaillant, quelles qu’aient été ses erreurs dans l’affaire Nef qui ont miné son autorité. L’éloquence, si brillante qu’elle aurait pu être, n’aurait pas modifié des décisions de vote préalablement arrêtées.

Ce qu’on masque en personnalisant sur Samuel Schmid, c’est le désaccord des partis gouvernementaux. En ne réélisant pas Christoph Blocher, ils s’engageaient à trouver un consensus minimal, même pas un programme commun mais ce qu’il faut d’entente pour ne pas être manipulé par une opposition forte de 30% du Conseil national. Cet accord n’a jamais été sincèrement recherché. La défense nationale était prédisposée à faire éclater cette absence de concertation des partis gouvernementaux: un département dépensier, consommateur de technologie coûteuse; une armée ayant ses valeurs et sa hiérarchie propres, son conservatisme, son idéologie. La vindicte de l’UDC à l’égard de Samuel Schmid se surajoutant aux tensions ordinaires sur ce sujet.

Mais on ne voit pas en quoi la démission de Samuel Schmid permettrait de trancher le nœud, surtout si elle a pour effet de faire élire un UDC pure souche.

Samuel Schmid, en restant à son poste, peut reprendre la main. Pour faire quoi? Constater d’abord qu’il n’y a pas de majorité au parlement pour le programme arrêté par le Conseil fédéral. Les votes ultimes de la session de décembre le confirmeront. En conséquence, il s’impose de procéder à un réexamen, en mettant au travail de réflexion toutes les «forces vives» engagées dans les relations internationales, l’aide internationale, la sécurité, la recherche historique (les historiens devraient avoir une place dans une réflexion globale sur la défense nationale), la technologie avancée. Le temps nécessaire à la discussion et à la synthèse implique un moratoire sur les dépenses nouvelles, au minimum de 3 ans, jusqu’en 2012. Le document devrait être prêt et rendu public pour les prochaines élections fédérales.

L’impasse politique actuelle démontre, au-delà des querelles partisanes, l’impossibilité de se satisfaire de simples adaptations. Samuel Schmid peut en faire le constat et reprendre l’initiative. Ce serait un geste fort, une réponse d’homme d’Etat à l’impuissance parlementaire. Alors, en 2011, le peuple aux élections fédérales pourra juger.

DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Un point de vue de gauche, réformiste et indépendant
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch
Chaque semaine, par courriel, sur papier ou comme eBook (gratuit).

Lien vers l'article: http://www.domainepublic.ch/articles/9931
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/9931 - Merci
fleche imprimer Envoyer Envoyer

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Discussion

  • Vous avez bien raison d’écrire qu’il faut « procéder à un réexamen » et ce, sic:

    « en mettant au travail de réflexion toutes les «forces vives» engagées dans les relations internationales, l’aide internationale, la sécurité, la recherche historique (les historiens devraient avoir une place dans une réflexion globale sur la défense nationale), la technologie avancée. »

    Tout cela est bel et bon. Mais ne pensez-vous pas qu’il serait utile de prendre en considération, aussi: les conditions de la sécurité et de l’intégrité du territoire suisse?

    Oh c’est juste une petite question comme ça, sauf votre respect.

    Cela vous a apparemment échappé, mais ne pensez-vous pas qu’éventuellement cela mériterait réflexion aussi?

    Et ce n’est pas une question teintée d’une « idéologie » de droite. C’est Jaurès qui a dit: « La patrie c’est la fortune de ceux qui n’ont rien. »

  • 2
    Luc Recordon says:

    En effet, il est essentiel de se demander quels sont les menaces réelles pour le pays et de ne plus se contenter des menaces obsolètes et fantasmées, Armée XXI a fait la moitié du chemin, parcourons enfin la seconde moitié. On pourra ensuite en revenir à la définition des moyens.

  • On constate qu’aujourd’hui les menaces sont beaucoup plus difficiles à identifier. A la fois plus diffuses et plus soudaines, elles n’en restent pas moins réelles. Baser une analyse des menaces en utilisant une grille idéologique est le plus sûr moyen d’avoir une mauvaise analyse des risques.

    Toutefois, même une liste exhaustive des menaces pouvant affecter la Suisse ne va pas clarifier ni donner du sens en soi parce qu’elle aboutit à une palette extrêmement large de risque et de cibles.

    Pour développer une approche plus pragmatique nous devons accompagner l’analyse des menaces par une approche basée sur les compétences clés en matière de sécurité dont nous voulons disposer sachant qu’elles doivent nous permettre de réagir avec rapidité, proportionnalité, polyvalence et flexibilité.

  • Le propos de Luc Recordon est inquiétant d’irresponsabilité. On sent trop qu’au fond, pour lui, il n’y a aucune menace, ni actuelle ni potentielle, sur l’intégrité territoriale de la Suisse. C’est un sentiment très répandu à gauche. Or une telle menace est toujours présente, dans nimporte quel cas de figure. Et au moment où elle apparaît improbable, c’est alors qu’il importe le plus de se souvenir qu’elle peut surgir à nouveau de manière inattendue.

    Par conséquent l’élémenatire devoir de tout homme d’Etat est de préserver, en tout temps et en toute circonstance, une capacité au moins minimale de défense territoriale. Faute de quoi, la crise tragique survenant, et elle surgit toujours sans crier gare, on est comptable des vies, et du territoire perdus.

    S’agissant de la situation actuelle, tout en sachant que l’aveuglement sur ce sujet est total, et tout en sachant que les propos suivants s’attireront des sarcasmes , qu’il soit permis à un esprit curieux et sceptique, d’exposer une analyse lucide de la situation:

    Aujourd’hui il est très évident pour tout observateur non superficiel, que l’Europe occidentale court à la guerre.

    Les territoires des nations européenes, membres de l’OTAN, ne sont plus défendus, puisque l’OTAN n’est plus une alliance défensive, mais, depuis la « fin de la guerre froide », une alliance offensive et belligérante qui guerroie en Asie centrale dans le but de contenir à la fois la Russie, la Chine et l’Inde.

    Quant à défendre les territoires des pays européens eux-mêmes, tintin! Ces pays ont tous aboli la conscription. Ils n’ont plus de défense nationale. Ils ne font que fournir des troupes supplétives pour les expéditions aventureuses d’oncle Sam, en Mésopotamie, en Afghanistan, etc., très loin de l’Europe qui, elle, reste sans défense.

    Or, l’oncle Sam a « overextended » sa puissance. En Irak, en Afghanistan il mène des guerres de « pacification » qui sont en réalité des guerres coloniales comparables à la guerre d’Algérie et promises à une défaite inévitable.

    D’autre part, le système financier améraicain est en plein collapse. Les USA ne pourront bientôt plus conserver au dollar son rôle de monnaie de réserve internationale, qui leur permet de faire financer par le reste du monde leur rôle de gendarme de la planète. Par conséquent la base elle même qui a permis à l’Amérique de se projeter militairement dans des régions du monde excentriques, pour pratiquer une politique hégémonique et impériale qui ne défend pas ses intérêts vitaux, cette base n’existe virtuellement plus.

    Les USA devront pour la première fois équilibrer leur budget, et vont être réduits au rang de puissance comme les autres, certesnucléaire, comparable au Brésil. Ils vont être contraints de se replier partout. L’Europe se retrouvera devant une débâcle, un reflux de l’OTAN, et alors on s’apercevra soudain qu’elle n’est plus défendue.

    Ce sera d’autant plus grave qu’entretemps, en ayant refusé de considérer la Russie comme un partenaire, on l’a laissée redevenir une puissance revancharde. Il n’y a plus en Europe de l’Ouest qu’une armée potentiellement capable de mener une guerre européenne: l’armée russe en phase de réarmement rapide.

    En résumé, l’Europe marche à la guerre. Il ne faut pas attendre 3 ans, juste pour sauver la mise à M. Samuel Schmid et arranger les combinaisons politiciennes de la coalition anti UDC. Il faut immédiatement revenir à une défense prioritairement territoriale crédible.

    Hélas il ne sera probablemnt pas possible, au moins dans l’immédiat, de retirer la Suisse du Partenariate for Peace auquel elle avait été contrainte, sous le chantage, d’adhérer. Mais il convient, en maintenant les obligations minimales de ce funeste traité, de recentrer l’effort sur le rétablissemnt d’une défense crédible, qui à l’heure actuelle, et par l faute de MM. Ogi et Schmid, n’existe plus.

    Il faut un signal clair indiquant que la Suisse n’est pas dans l’OTAN et n’a pas l’intention d’y aller. Sinon, en cas de conflit armé en Europe occidentale, dont la vraisemblance est réelle, la Suisse sera traitée à la même enseigne que les membres de l’OTAN, c’est à dire occupée.

    Malheureusement la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo était un geste clair, impardonnable d’irresponsabilité, indiquant notre appartenance de fait à l’OTAN.

    Fasse le ciel que la Suisse soit à nouveau protégée et que lui soient épargnée les conséquences de l’irresponsabilité criminelle de ses dirigeants, (à l’exception de Blocher et des siens qui avertssent du danger depuis trente ans et ne sont pas entendus par une classe politique tétanisée par l’attraction de l’Europe de Bruxelles et de l’OTAN ce qui d’ailleurs revient au même.)

    Maintenant allez-y. Vous pouvez ironiser et vous moquer.

Les commentaires sont fermés.