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Ces banques qui sautent

Des enseignements à tirer, pour l’avenir et pour la Suisse

«Privatiser les bénéfices et nationaliser les pertes», la formule critique appliquée à l’économie libérale se révèle, après décision du gouvernement américain, adéquate à la lettre. 1′000 milliards de dollars de dettes privées vont «enrichir» la dette publique, passant de Wall Street à Washington.

L’application d’une décision aussi lourde va sécréter l’arbitraire: plus j’aurai accumulé de mauvais titres, plus je serai bénéficiaire de l’allégement de mon portefeuille pourri. En revanche, les bons gestionnaires paieront, comme contribuables, pour la remise à flot de leurs concurrents. A rebours du principe libéral du mérite.

La secousse américaine, cet interventionnisme gigantesque, jamais vu, ni même imaginé, vu l’importance des sommes en jeu, va poser, une fois de plus, le problème de la surveillance des banques par l’Etat. Si elles ont une fonction économique si particulière qu’elles sont, de fait, protégées de la sanction ordinaire d’une mauvaise gestion, à savoir la faillite, quelles garanties, en contrepartie, doivent-elles offrir? Quel contrôle?

La clientèle

L’exigence doit être portée aussi bien par la clientèle organisée (voir l’action d’Ethos) que par l’Etat. La responsabilité du Conseil d’administration, sa rétribution a enfin et tardivement fait l’objet de débat. Mais il est possible d’aller plus loin et de travailler sur les statuts définissant l’activité de la banque; par exemple de prévoir que la banque s’abstienne de toute spéculation à court terme, qu’elle ne participe pas à des fonds pouvant dérégler le marché des denrées alimentaires, qu’elle ne négocie pas des titres dont la valeur répondante n’est pas clairement établie (n’a-t-on pas entendu, à la RSR, un banquier qualifié et expérimenté déclarer que la composition de certains produits bancaires n’était pour lui-même pas claire…). Certes, toutes les banques n’ont pas la vocation d’être gérées selon des statuts éthiques. Mais l’éthique peut être un atout concurrentiel, comme c’est le cas dans l’industrie alimentaire et vestimentaire. Les indices de notation peuvent être complétés par des indices non financiers, des AAA éthiques. L’attrait des caisses Raiffeisen, le rejet de certaines pratiques d’UBS, le rôle et le poids des fonds de pension permettent de croire à l’efficacité d’une concurrence éthique organisée.

L’Etat

L’autre domaine d’intervention est celui de l’Etat. La Commission fédérale des banques et la Banque nationale ont indiqué la voie. Exiger une couverture des risques spécifiques selon la nature d’activité de la banque, par exemple un financement en fonds propres plus élevé pour les banques d’affaires. Cette réforme mérite d’être menée à bien, même si elle aura pour effet de freiner les dividendes distribués (pour le jour où ils seront à nouveau disponibles!). Distinguer les missions de la banque et adapter à chacune les garanties adéquates, cette tâche de la Commission fédérale des banques peut être convergente à celle des mouvements éthiques.

L’erreur serait d’imaginer que les malheurs financiers américains ne nous concernent pas. UBS figure pour 50 milliards au palmarès des perdants, et l’onde de choc a révélé combien les exigences de transparence doivent être renforcées.

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Discussion

  • 1.
    benoit genecand
    27 septembre 2008 à 21:43
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    « Bien avant d’avoir été repris de la langue anglaise pour traduire la dépendance à une drogue, le mot addiction s’est appliqué en droit à lacontrainte par corps exercée sur un sujet du fait d’une dette qu’il ne pouvait payer » (le mystère de l’anorexie). Les ménages américains ont augmenté massivement leur endettement en parallèle avec l’explosion du levier dans les comptes bancaires. Nombreux propriétaires US ont utilisé leur maison comme un mini hedge fond qu’il s’agissait de remplir de dettes jusqu’aux tuiles pour consommer, consommer et consommer encore.Dans la quête de coupables, d’accord de commencer par les banquiers infantiles et irresponsables mais n’oublions pas le bon yankee moyen gavé d’écrans plat et d’ipod dernier cri. Et, soyons fous, regardons un peu de notre côté pour voir ce qui se passe au niveau de la dette des ménages, la Suisse étant un des pays (avec les Etats Unis) où la dette immobilière est la plus élevée en relation avec le PIB (plus de 100%). Mais ceci est une autre histoire…

  • 2.
    Alex Dépraz
    29 septembre 2008 à 10:20
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    Le droit est sans doute responsable de l’importance de la dette immobilière en Suisse. Le montant fixe de l’hypothèque de 1er ou 2ème rang qui grève les immeubles helvètes jusqu’aux tuiles – une garantie en béton – est une formidable incitation au crédit hypothécaire. Sans parler des mirobolantes perspectives fiscales qu’offre la déduction des intérêts hypothécaires. Sujet à cocher.

  • 3.
    AlanSky
    29 septembre 2008 à 10:51
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    Comme le révèle une enquête d’un magazine américain, c’est l’explosion des produits structurés dérivés qui entraîne une compétition à la dérégulation entre New York et Londres.

    Intéressant de voir que les banques, toujours soucieuses de se protéger sur leurs investissements, notamment liés à des dettes hypothécaires titrisées, ont fait explosé le business d’assurances de crédits.

    D’après le NYT, AIG – le plus grand assureur mondial – est tombé parce que sa filiale londonienne s’est trop engagée à assurer les dérivés de crédits hypothécaires qu’elle croyait sûrs et qu’elle n’aurait pas intégré les risques d’exposition de sa filiale au niveau du groupe.

    La chute d’un géant de l’assurance aurait certainement eu des répercussions sur le monde entier. Comment l’Etat aurait-il pu intervenir alors que la finance est globale?

    Faut-il limiter par établissement dans une directive (de type Bâle X ?)les volumes des paris ou engagements futurs que constituent les produits dérivés en fonction des sous-jacents détenus en direct (pour autant qu’on en connaissance les dépendances)?

  • 4.
    AlanSky
    6 octobre 2008 à 18:09
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    Chaque épargnant suisse n’est assuré qu’à hauteur de CHF 30′000.- en cas de faillite de sa banque (si celle-ci n’est pas cantonale).

    C’est très faible et même les Etats-Unis viennent d’augmenter considérablement ce montant via le plan Paulson.

    Il est temps que le CF, la BNS et la CFB se penchent sur le sujet pour protéger les épargnants au moins jusqu’à 150′000.- !!!

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