Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963

La Suisse rêvée de Madame et Monsieur Schweizer

Le mythe d’une Suisse à l’écart du monde progresse. A l’encontre de nos intérêts

Les Suisses se sentent bien et en sécurité dans leur pays. Par contre ils perçoivent le monde extérieur comme menaçant et instable. Rien donc d’étonnant à ce qu’ils privilégient l’indépendance économique et politique de la Suisse et font bloc comme jamais (93%) derrière le principe de neutralité. Rien d’étonnant non plus dans le fait que les partisans d’une adhésion à l’Union européenne n’ont jamais été aussi peu nombreux (27%). Même le soutien au partenariat avec l’OTAN a chuté à 34%. Une majorité (53%) estime que la Suisse ne doit se fier qu’à ses propres forces pour sa défense et s’abstenir d’envoyer des troupes à l’étranger (78%). C’est ce que nous révèle la dernière enquête du Centre pour la politique de sécurité de l’Ecole polytechnique de Zurich.

Voilà qui doit mettre du baume au cœur de l’UDC, passablement chahutée ces derniers temps. Mais si une majorité populaire fait sienne le credo des nationalistes conservateurs sur ce dossier, elle n’est pas prête à consentir les moyens de son rêve isolationniste: elle refuse par exemple l’acquisition d’un nouvel avion de combat.

La contradiction prend des dimensions plus inquiétantes lorsqu’on examine la souveraineté effective de la Suisse. Dans une remarquable analyse (Le Temps, 2 septembre 2008), l’ancien secrétaire d’Etat aux affaires étrangères Franz von Däniken documente l’érosion continue de la liberté d’action de notre pays. Le bilatéralisme, prôné par les autorités au motif de préserver la souveraineté helvétique, consiste pour l’essentiel à reprendre les règles communautaires, sans avoir la possibilité de participer à leur élaboration. L’agenda des négociations est dicté par Bruxelles, voir la fiscalité de l’épargne et la taxation des bénéfices des entreprises.

Pour von Däniken, la fuite dans la diplomatie mondiale initiée par le Conseil fédéral – priorité à nos relations avec les Etats-Unis d’Amérique, la Chine, l’Inde, le Brésil et l’Afrique du sud –, ignore le fait que la Suisse n’est qu’un poids plume sur la scène internationale. Seules des relations étroites avec l’Europe, dont nous partageons l’histoire et les valeurs et avec qui nous entretenons les relations économiques les plus  étroites, sont susceptibles de contribuer à la sécurité et à la prospérité de la Suisse.

En ne reconnaissant pas cette priorité, en entretenant l’illusion d’une souveraineté sans contenu réel, le Conseil fédéral contribue à perpétuer le mythe du splendide isolement, de l’îlot de paix et de prospérité épargné par les troubles du monde. Alors qu’aucun mythe à tel point distant de la réalité n’a jamais engendré une bonne politique.

DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: http://www.domainepublic.ch/articles/9914
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/9914 - Merci

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Articles par courriel

Flux RSS

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.
Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).
Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook. Je m'abonne

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus). Je m'abonne

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site. Je m'abonne

Discussion

  • La seule souveraineté qui vaille, c’est celle qui concerne les choix de société.

    De toute manière, quand on est un poids plume – ce que nous sommes – à quoi ça sert de participer à l’élaboration des règles communautaires ?

    Si c’est pour faire acte de présence aux côtés d’autres figurants, comme l’Estonie, Chypre, la Slovaquie et les Pays-Bas, c’est non merci.

  • Je suis d’accord avec « Scipion ».

    En revanche l’article m’a déçu. Généralement les articles de J.-D. Delley me frappent par leur lucidité. Mais là je le trouve en petite forme. M. Delley veut-il vraiment qu’on renforce encore la collaboration avec l’OTAN? Ne voit-il pas que cette collaboration va déjà trop loin? Elle a pour conséquence que d’ores et déjà notre neutralité n’est plus crédible. Comment le serait-elle? alors que nous avons reconnu le Kosovo, prenant ainsi fait et cause pour un charcutage territorial contraire à toutes les résolutions de l’ONU et en fait un diktat américain. Notre position ne peut être comprise par la Russie que comme un acte d’hostilité envers elle qui nous classe dans le camp de ceux qui veulent l’encercler et la réduire à quia. Cette reconnaissance du Kosovo aura des connaissances tragiques pour la Suisse. Une guerre en Europe n’est plus impossible. Dans ce cas, nétant plus neutre et étant intégrés à l’OTAN nous serions logés à la même enseigne que les autres membres de l’OTAN. Il faut de toute urgence annoncer notre retrait du « partenariat pour la paix » réaffirmer la neutralité permanente et rendre crédible à nouveau notre défense territoriale. Sinon le jour viendra ou nous risquerons l’occupation. La guerre en Afghanistan est déjà perdue pour l’OTAN quand cette défaite sera patente, l’onde de choc sera terrible. Le rapport de force défavorable à la Russie prendra fin. L’OTAN refluera dans les théatres d’opérations extra-européens et alors on s’apercevra que l’Europe occidentale n’est pas défendue. Pour peu que la Russie veuille pousser son avantage…

    Enfin en ce qui concerne l’UE, M. Delley veut-il vraiemnt y adhérer? Ne voit-il pas le danger de cette Europe du libéralisme pour les acquis sociaux?

    J’ai lu aussi le texte de von Däniken que j’ai trouvé un concentré du conformisme de haut-fonctionnaire.

Les commentaires sont fermés.

Accueil

Les auteur-e-s

Les articles

Les publications

Le Kiosque

A propos de DP