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Révocation des conseillers fédéraux: une idée tout sauf neuve

Mauvaise solution à un faux problème, la proposition de Christian Levrat accentuerait une  personnalisation caricaturale du pouvoir

icone auteur icone calendrier 5 août 2008 icone PDF DP 

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Prendre appui sur un événement politique récent et profiter d’une actualité estivale ralentie: le coup médiatique de Christian Levrat, président du parti socialiste suisse, est bien ficelé. Mais l’emballage ne suffit pas à convaincre de la qualité de la proposition.

Faut-il donner au parlement le droit de destituer un conseiller fédéral coupable de manquements graves aux devoirs de sa fonction? Même si l’auteur s’en défend, c’est bien la cacade de Samuel Schmid dans la procédure de nomination du nouveau chef de l’armée (DP 1787) qui sert de prétexte à cette proposition.

On pourrait certes imaginer une procédure de révocation à l’américaine. Mais cette procédure, lourde et menée selon des règles judiciaires, ne vise que des faits de caractère pénal – trahison, corruption ou tout autre crime ou délit. Ce n’est pas à ce genre de faute que se réfère Christian Levrat. Dès lors reste l’incompétence crasse ou les erreurs politiques. Dans les deux cas, la pression de l’opinion et du parlement suffit à convaincre le magistrat concerné de prendre une retraite anticipée. Paul Chaudet dans les années 60 et Elizabeth Kopp plus récemment ont tiré eux-mêmes la leçon de leurs erreurs.

Investir le parlement d’un tel pouvoir de révocation, c’est prendre le risque de personnaliser abusivement l’exercice du gouvernement et d’introduire subrepticement une motion de censure, deux traits étrangers à nos institutions. Les médias jouent déjà à l’envi le jeu de la personnalisation, alors que l’essentiel des décisions exécutives relève de la compétence du Conseil fédéral. Inutile donc de favoriser plus encore cette tendance avec la menace de la révocation individuelle. Et contrairement à ce qu’affirme le président socialiste, il s’agirait bien d’une vote de défiance, propre à affaiblir la cohésion et la responsabilité du collège exécutif.

Christian Levrat soulève un faux problème auquel il veut administrer une mauvaise solution. Procédures et pratiques en vigueur suffisent à régler des problèmes en définitive fort peu fréquents. La théâtralisation que représente une procédure de destitution pourrait rendre plus difficile leur règlement.

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Discussion

  • 1
    Blondesen says:

    M. Schmid est-il assez lucide pour comprendre qu’on ne nomme pas à la tête d’une grande organisation comme l’armée (le parallèle avec une grande entreprise est tout à fait justifié) un cadre supérieur dont l’équilibre psychique est – disons – « discutable »?

    Est-il assez critique envers lui-même pour comprendre qu’on ne pose pas avec de jeunes Miss en bikini pendant les obsèques de jeunes cadres de l’armée. Qu’il ne pense pas opportun d’assister aux obsèques pour des raisons – disons – « politiques » est une chose, sourire devant les objectifs en si gracieuse compagnie pendant ces mêmes obsèques en est une autre.

    A-t-il suffisamment de bon sens pour comprendre, toutes considérations politiques mises à part, qu’une personne telle que lui à la tête « politique » de l’armée n’est pas un gage de sérieux et de crédibilité, et qu’une retraite anticipée serait un soulagement pour nombre de citoyens-soldats, tous grades confondus?

    L’idée un peu faux-cul, il est vrai, de M. Levrat a au moins le mérite de poser indirectement ces questions.
    A quand les réponses ?

  • 2
    sarcastique says:

    Comme toujours Jean-Daniel Delley c’est la lucidité et la rigueur intellectuelle dans l’analyse.

    Malheureusement on ne peut pas en dire autant de Christian Levrat.

    Recherche de l’effet, du coup médiatique, alors qu’il est plutôt balourd et sans charme, donc peu doué pour l’exercice. Mais comme il est vaniteux, il pense qu’il ne peut mal faire. Alors il fonce et commet des bourdes.

    Diriger le PS dans une phase historique où les tendances lourdes sont contre la social démocratie (chute du mur de Berlin, mondialisation, etc.) est certes une gageure. Donc ne tirons pas sur le chauffeur de l’ambulance. Mais puisqu’il a accepté cette casquette, mieux vaudrait que Christian Levrat tente de renforcer sa formation, ou du moins de minimiser ses inévitables pertes, en mettant l’accent sur la substance, non en se gonflant de vanité comme un dindon et jouant au petit Sarko de gauche, pour essayer de surfer sur le superficiel et l’inconsistant.

    Un conseil camarade Levrat: prenez Jean-Daniel Delley dans votre équipe comme conseiller spécial. Et chaque fois que ça vous démange de faire le malin sous les sunlights, d’abord demandez lui son avis. Vous ferez moins de coup d’éclats, mais aussi moins de coups d’épée dans l’eau et moins de pets sur des toiles cirées.

    Ainsi les vaches socialistes seront mieux gardées.

Les commentaires sont fermés.