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OMC: c’est l’échec, tout va bien!

Les paradoxes d’une négociation qui devra nécessairement reprendre, et leur effet pour la Suisse

icone auteur icone calendrier 3 août 2008 icone PDF DP 

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Les agriculteurs, les tiers-mondistes et autres altermondialistes auraient gagné. Le nouvel échec des négociations commerciales internationales de Genève serait une chance historique, un coup d’arrêt à la mondialisation. L’OMC, et ses froids technocrates à la solde des multinationales, devraient enfin passer la main pour laisser s’exprimer l’intérêt des peuples de la planète.

Oublions la caricature. La réalité est tout autre. L’échec, peut-être provisoire, du cycle de Doha provient, pour une large part, de la crainte des citoyens électeurs américains, indiens, japonais ou français. Les ministres présents à Genève étaient, pour la plupart, désignés ou élus démocratiquement. Un organisme plus légitime que l’OMC pour réglementer les échanges économiques de la planète reste à découvrir.

Ecartons aussi l’idée que l’échec de Doha est un progrès. La mondialisation de l’économie se poursuivra avec une prime pour les nations économiquement fortes. Les producteurs de coton des pays subsahariens continueront d’être ruinés par le coton américain subventionné. Les agricultures vivrières des pays pauvres resteront menacées par les surplus bradés des grands pays agricoles. Avec la bénédiction de l’Union européenne, les bananes d’Amérique du sud souffriront toujours de la préférence déloyale des anciennes colonies françaises. La Chine et l’Inde poursuivront la conquête de nos marchés industriels tout en protégeant le leur par des droits de douane prohibitifs.

L’échec de Doha n’est cependant pas une catastrophe. L’OMC n’est pas morte et les négociations devraient reprendre tôt ou tard après quelques échéances électorales paralysantes. Une meilleure prise en compte de l’intérêt des pays pauvres pourrait modifier la donne et conduire, enfin, au succès.

La Suisse supportera sans difficulté l’échec de Doha. Son industrie et ses services auraient profité d’un accord mais peuvent se satisfaire du statu quo. Nos agriculteurs jubilent. Ils ne pouvaient s’opposer à un accord. La Suisse n’avait pas les moyens de vivre en marge de  l’OMC. Le danger maintenant provisoirement écarté, les paysans peuvent désormais focaliser leur opposition sur l’accord de libre-échange avec l’Union européenne avec de bonnes chances de le bloquer. Mais  attention, danger! Ce répit pourrait être de courte durée. Lorsqu’un accord international sera conclu, il imposera fatalement de lourdes concessions à notre agriculture. Elle souffrira alors du double handicap d’être privée de protection mais sans libre accès au marché européen. On ne peut imaginer un plus mauvais scénario.

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