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Financement des partis politiques: les budgets gonflent, mais l’opacité demeure

L’IDHEAP publie une analyse comparative des partis suisses

icone auteur icone calendrier 13 juillet 2008 icone PDF DP 

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Le travail de mémoire de Mathieu Gunzinger, publié dans les Cahiers de l’IDHEAP (BADC, 7 juillet), tente l’impossible. En effet, comment saisir de manière fiable les moyens financiers dont disposent les partis politiques en Suisse en se basant sur les seules données transmises par ces mêmes partis?

Ces dix dernières années, les budgets des partis nationaux ont explosé: +60% en année normale, plus encore lors des élections. Cette évolution paraît plausible au vu de la médiatisation et de la bipolarisation croissantes de la vie politique. Mais au-delà de ce gonflement des moyens financiers, les chiffres plus précis laissent songeurs. Les cinq principaux partis nationaux annoncent des dépenses de 20 millions en 2007, année électorale. Alors qu’un relevé des annonces payantes dans la presse conduit à une facture de 67 millions. Par ailleurs les partis ne se conforment pas à une comptabilité standard, ce qui rend la comparaison problématique: en 2006, le budget du PS suisse aurait atteint 8,4 millions de francs, celui de l’UDC deux millions seulement. Qui peut croire à la modestie des moyens d’un extrême centre qui peut compter sur l’appui de riches donateurs?

La Suisse est avec l’Irlande le seul pays qui ne réglemente pas le financement des partis. Pas de financement public, donc pas de contraintes sur le montant autorisé des dons et la transparence. Tous les projets de réglementation tentés depuis 40 ans ont échoué. Et le peuple souverain n’est pas prêt à donner son aval à une aide financière aux partis. Les seuls deniers public qui échoient aux partis nationaux transitent par les groupes parlementaires: 12000 francs par groupe, plus 17000 francs par député. Dans les cantons, seuls Genève et Fribourg participent, modestement, aux frais des campagnes électorales. Ailleurs les formations politiques bénéficient parfois de la gratuité de l’affichage et de la mise à disposition de lieux de réunion.

Aussi longtemps qu’une majorité vivra dans l’illusion que les partis doivent se suffire financièrement à eux-mêmes, ces derniers devront recourir à d’autres moyens que les seules cotisations de leurs membres: dons de particuliers et d’entreprises, contributions des élus, soutien d’organisations proches. Déjà l’essentiel des campagnes référendaires est pris en charge par le patronat et les syndicats. D’où la modestie des moyens engagés lorsque les thèmes soumis à votation n’intéressent ni l’un ni les autres.

Cet état de fait n’est bien sûr pas satisfaisant. Lorsque l’apport des militants et sympathisants ne suffit pas, et de très loin, à financer l’activité des partis, ces derniers sont tributaires de ressources externes qui restreignent leur indépendance.

Il ne faut pourtant pas attendre d’une aide publique aux partis qu’elle instaure comme par miracle la transparence des ressources et la retenue dans les dépenses. La France, qui interdit les dons d’entreprises, a connu les dessous de table dans le cadre des marchés publics. Aux Etats-Unis, où l’on légifère depuis des décennies pour contenir les dépenses électorales, chaque durcissement réglementaire a suscité des astuces pour contourner la loi. Et voilà pourquoi Barack Obama peut souverainement renoncer à tout financement public de sa coûteuse campagne.

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Discussion

  • 1
    sarcastique says:

    Et pourtant … si c’était vrai? que le PS reçoit plus d’argent que l’UDC, en provenance des milieux économiques.

    L’économie est vendue à l’Europe, prostituée serait un mot plus juste. Elle ne conait plus la patrie, qu’elle est prête à bazarder sur l’autel de l’Europe. Or l’UDC s’oppose à l’Europe, rechigne même aux bilatérales. L’UDC n’est donc pas le chouchou du grand capital.

    Le PS, lui, ne voit de beau que l’Europe, dont elle espère la charte sociale européenne, un système redistributif dans lequel les camarades pourraient s’installer comme dans un fromage, mais plus grand que celui que leur offre la Suisse.

    Donc il est évident, vu le cynisme et l’absence de moralité du grand capital international de Suisse, que pour ces milieux c’est de bonne guerre d’alimenter les caisses du PS.

    L’UDC peut certes compter sur quelques grosses fortunes de la bourgeoisie d’affaires suisse, patriote, pro armée etc. Mais face à Novartis & Co, ça ne pèse pas lourd. Même en comparaison des syndicats, – bailleurs de fond du PS et du PS seul – ça ne pèse pas lourd. Aucun milliardaire privé n’est assez riche pour se permettre de débourser des millions chaque année de sa poche pour la politique. Il serait vite ruiné.

    Quant au financement public des partis politiques, – qui semble avoir votre préfèrence -, et qui impliquerait une vraie transparence,illusoire, c’est le plus mauvais de tous les systèmes, car il crée une classe de politiciens professionels qui doivent tout à l’Etat et qui se cooptent entre eux dans l’Etat. C’est donc la mort de la vraie démocratie, le règne de l’oligarchie fonctionnarisée, du copinage, des féodalités bureaucratiques, de la carambouille partisane et la mort de toute espèce de liberté.

    Le PS parti du « peuple travailleur », en réalité stipendié du grand capital -, retire un bénéfice scandaleux du système actuel, c’est à dire de l’opacité totale du financement des partis. En plus, démagogiquement, il joue sur le velours en dénonçant « les 20 millions de l’UDC », le « milliardaire » Blocher, etc. Ce qui est un comble!

    Eh! bien, malgré tout ça, le système actuel, c’est vrai, est encore le moins mauvais système possible.

  • La réaction de Sarcastique est un plaisant raisonnement par l’absurde, ironique, mais dénué de fondement.

    La réalité est décevante de simplicité: l’UDC en particulier et les partis de droite en général sont massivement soutenus par les grandes entreprises, qui ne s’en cachent même pas. L’association d’actionnaires ACTARES a effectué en 2007 une enquête auprès des 20 sociétés du SMI (www.actares.ch), qui n’ont pas voulu donner de chiffres mais ont reconnu soutenir les partis bourgeois.

    Ont-elles intérêt à mentir? Aux USA, où toutes sont actives, mentir aux actionnaires peut mener un dirigeant en prison. Vasella, Ospel (à l’époque) et compagnie ne prendraient jamais un tel risque pour des broutilles.

    Et puis le démantèlement de l’AVS, de l’assurance-chômage, les réductions des budgets publics, tout cela renforce massivement la position du grand capital face aux travailleurs et aux consommateurs. Quant à l’harmonisation européenne, les entreprises transnationales n’en ont aucun besoin: elles déplacent leurs activités où elles veulent quant elles le veulent.

    Bien essayé, Sarcastique, mais le raisonnement ne tient pas la route.

  • 3
    sarcastique says:

    Je n’ai jamais dit, ni pensé, que les milieux économiques ne finançaient pas les partis bourgeois. Ils financent les partis bourgeois ET le PS. C’est cela qui est ironique.

Les commentaires sont fermés.