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Le projet d’agglomération genevois, complexe et incomplet

L’ambition transfrontalière est louable, mais sans moyens vraiment adéquats le danger est grand que le rééquilibrage nécessaire ne soit pas atteint

Le projet d’agglomération franco-valdo-genevois se distingue des autres projets helvétiques par sa complexité (il dispose d’un site particulier). Il s’inscrit dans trois périmètres différents et fait l’objet de deux accords signés par les partenaires en présence des deux côtés des frontières nationales (Suisse-France) et cantonales (Vaud-Genève). Enfin il sert de référence à l’aménagement du territoire et à l’urbanisme de toute la cuvette du Genevois.

La diversité des périmètres d’abord. Le projet répond à l’offre de la Confédération de soutenir le développement des infrastructures de transport des agglomérations helvétiques, sous condition de cohérence entre mobilité, urbanisation et impacts sur l’environnement. Les promoteurs du projet franco-valdo-genevois disent répondre à ces exigences et sollicitent divers soutiens financiers pour les quinze ans à venir. Mais le projet transfrontalier a également été retenu par la France, dans le cadre de son programme de coopération «pour un rayonnement européen des métropoles françaises». Ce programme de coopération métropolitaine vise à développer «les fonctions supérieures de l’agglomération», c’est-à-dire les organisations internationales et les activités liées à celles-ci auxquelles la France s’intéresse beaucoup. Enfin la Région Rhône-Alpes reconnaît l’agglomération franco-valdo-genevoise comme sa deuxième métropole et lui a attribué son label «Grands projets».

Ensuite les plans et textes qui traduisent le projet d’agglomération constituent la matière de deux accords signés par les partenaires français et suisses, vaudois et genevois. D’une part la Charte d’engagement du projet d’agglomération, un document qui a l’ambition de fonder le développement de la coopération transfrontalière pour les prochaines années. D’autre part la Charte d’engagement du plan directeur de l’habitat transfrontalier, élaborée par la commission «Logement – environnement» du Comité régional franco-genevois et qui fixe notamment les objectifs annuels de la production de logement des différents partenaires.

Enfin le projet d’agglomération est devenu la référence incontournable pour toutes les mises à jour, modifications, transformations des pièces essentielles de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme dans la cuvette du bout du lac, tels que le plan directeur du canton de Genève et les schémas de cohérence territoriale (SCOT) des communes et communautés de communes françaises.

Pourtant, malgré toutes ces obligations, peut-être même à cause d’elles, le projet d’agglomération reste difficile à cerner. Un flou organisationnel (volontaire?) l’entoure, car comme l’a indiqué Robert Cramer, conseiller d’Etat genevois, chargé du département du territoire «il ne peut avoir comme force pour s’imposer que sa seule intelligence». En effet, toutes les instances de décisions politiques, administratives et autres en matière d’aménagement du territoire et d’urbanisme restent en place de chaque côté des frontières et la création d’une Communauté urbaine genevoise supranationale, -cantonale et/ou -communale n’est pas à l’ordre du jour.

De plus, plusieurs zones d’ombre subsistent. Le plan directeur La Praille-Acacias-Vernets prévoit la création d’un nombre important d’emplois, ce qui va accentuer le déséquilibre lieux de travail – lieux d’habitat entre la vieille Genève helvétique et la région qui l’entoure en France et augmenter les problèmes chroniques de circulation, alors que le projet d’agglomération veut viser l’inverse (DP 1784).

Par ailleurs le canton de Genève n’est pas en mesure de remplir ses objectifs en matière de construction de logements – 2’500 unités par an pendant 20 ans -, par manque de terrains à bâtir disponibles (DP 1779).

Le projet et sa mise en œuvre sont loin de satisfaire aux règles d’une démocratie participative. Et l’obtention du financement de la Confédération est loin d’être acquis. «Le fonds d’infrastructure de la Confédération ne pèse plus très lourd en regard des nombreux projets d’agglomération concurrents déposés, et le canton de Genève a déjà beaucoup reçu, notamment pour le raccordement ferroviaire Cornavin – Eaux-Vives – Annemasse» a déclaré Robert Cramer.

Enfin le projet d’agglomération ne prend pas en compte le développement circulaire autour du canton de Genève, cette autre Genève qui va de Douvaine à Divonne par Annemasse, Saint-Julien, Saint-Genis et Gex et qui compte déjà 300’000 habitants. De même il ignore le bouclement des ceintures routières et ferroviaires, la remise en état de la ligne Nyon-Divonne-Gex-Saint-Genis-Bellegarde, la traversée du Petit-Lac.

Ces oublis ou ces refus favorisent le développement d’axes, de radiales de circulation et de cadre bâti qui ramènent tous les flux vers le centre de l’ancienne Genève. Comme au bon vieux temps des comptoirs coloniaux. Genève devra encore lutter contre sa nature pour accepter l’évidence et un dessein plus partageux.

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Discussion

  • 1
    Ana Landa says:

    Bonjour Daniel,

    Rencontré ailleurs,en Suisse, oui, rien n’est jamais assez « adéquat » semblerait-il…. sauf pour moi: quel soulagement que sortir de nos frontières, oser regarder à deux kilomètres, la France, l’Europe, l’aventure, déjà…

    Atmosphère linguistique oblige et comme chacun sait, les moyens en Suisse manquent toujours, peut-être notre devise nationale. Depuis l’enfance on me répète : nous manquons de moyens, je n ‘ai pas les moyens, chercher notre point d’équilibre, notre juste mesure.

    En rentrant d’Europe, ces jours (quelques petits crochets par Palerme et sa banlieue nord: le ZEN, Zone Extension Nord , 16000 habitants.et une moyenne de 70% de chomâge…i maginé par un architecte fort demandé et aussi, la mer, l’Afrique, l’aventure… sauf pour les boat-people, …. mais je retrouve ma douce et moyenne Helvétie.

    Vraiment rien n’est assez parfait pour nous.

    Et Interreg, qui s’y mettrait?

    Ana Landa

Les commentaires sont fermés.