Le scénario catastrophe nous guette. La hausse des prix frôle 3% en Suisse et 4% en Europe. Or, en même temps, l’activité économique fléchit. L’inflation ne provient pas d’une conjoncture qui s’emballe. Elle est importée par la flambée des cours du pétrole et des denrées alimentaires. L’indice suisse de juin en administre la preuve. Le prix des produits suisses est resté stable alors que celui des importations a progressé de 0,6%. Cette situation est parfaitement inconfortable. La politique monétaire de la Banque nationale, instrument central de la lutte contre l’inflation, n’a aucune prise sur l’envolée des prix étrangers. En provoquant une hausse des taux d’intérêts, la BNS ne ferait que freiner une activité économique qui est déjà en phase de ralentissement. Le pays souffrirait alors d’un double mal: la stagnation et l’inflation, le chômage et l’érosion du pouvoir d’achat. Les autorités monétaires sont donc prudentes. La Banque centrale européenne, malgré sa réputation de «mère la rigueur», n’a apporté qu’une retouche minime à son taux directeur. La BNS n’a pas encore bougé. Et c’est bien ainsi.
Si la stagflation est le mal absolu, l’inflation ne vaut guère mieux si elle devient galopante. Privées de leurs moyens d’action, les responsables des Banques centrales proposent un remède qui échappe à leur compétence. Ils préconisent de casser la course poursuite de l’adaptation des salaires à la hausse des prix provoquant un effet boule de neige dévastateur comme lors des précédents chocs pétroliers. Ils en appellent au civisme des salariés et de leurs représentants.
Le raisonnement économique est parfait. Privés de leur indexation, les salariés absorbent l’essentiel de la hausse des prix et l’inflation se calme. Ce scénario a quelques chances de triompher. L’indexation, qui était un acquis depuis plus d’un demi siècle, a cessé d’être un sujet tabou. Mais les salariés feront de la résistance. On les comprend. Difficile de faire accepter un sacrifice unilatéral, de renoncer à l’indexation des salaires alors que les propriétaires profitent de l’adaptation automatique des loyers. Difficile d’accepter une baisse de pouvoir d’achat alors que les dirigeants des grandes entreprises s’octroient des augmentations royales de salaires et de primes. Difficile d’afficher un civisme solidaire alors que les autres acteurs économiques refusent toutes les mesures permettant de maîtriser les prix: importations parallèles, Cassis de Dijon, Accord de libre-échange agricole, renforcement de la législation sur les cartels. Difficile pour les salariés de passer à la caisse alors que les baisses d’impôts ne touchent que les entreprises et les actionnaires.
Avec leur sens du théâtre, les Français ont organisé un «Grenelle de l’environnement» pour créer la solidarité nationale autour d’un des grands défis de l’heure. La Suisse fonctionne autrement. Le pouvoir y est décentralisé. Les négociations salariales, élément central de la gestion économique, échappent à l’influence des autorités politiques. Un «Grenelle» suisse sur la maîtrise de l’inflation, regroupant tous les acteurs publics et privés, permettrait pourtant, dans l’idéal, de mener une politique économique acceptable, parce qu’équitable. Dans l’attente d’une telle concertation nationale, on pourra suivre, sans espoir démesuré, la session spéciale du parlement sur les prix et la conjoncture que propose le parti socialiste.





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