Mode lecture icon print Imprimer

Les inégalités sociales néfastes pour la santé

L’étude d’un chercheur britannique devrait inciter à recentrer le débat sur le coût de la santé

icone auteur icone calendrier 3 juillet 2008 icone PDF DP 

Thématiques

Si l’on excepte les maladies d’origine génétique, chacun est responsable de sa santé. C’est en tout cas ce que laisse penser les multiples campagnes de prévention qui nous incitent à ne pas fumer, à boire modérément, à manger quotidiennement notre ration de fruits et légumes, à ne pas négliger l’exercice physique. Et lorsqu’un mal nous affecte, le praticien prescrit un médicament censé remédier au dysfonctionnement biologique qui le provoque.

Richard G. Wilkinson, un médecin et épidémiologiste britannique, étudie depuis plus de vingt ans les déterminants de la santé et du bien-être. Il conclut que les comportements et les caractéristiques personnels ne sont pas seuls en cause. Santé et bien-être dépendent fortement de facteurs sociaux structurels, comme le souligne une recension sur le site de La vie des idées.

Le chercheur met en évidence le rôle des inégalités sociales. En effet, parmi les pays dits développés, les sociétés les plus inégalitaires ont les taux de mortalité les plus élevés. En Grande-Bretagne, on a enregistré des progrès significatifs dans la santé des civils durant les deux guerres mondiales, périodes durant lesquelles les inégalités étaient sensiblement réduites. De même l’espérance de vie a stagné puis décliné dans les pays de l’Europe de l’Est, parallèlement à l’accroissement des inégalités socio-économiques.

Wilkinson n’ignore pas l’impact des conditions matérielles sur la santé: les riches vivent plus longtemps que les pauvres. Mais il constate que les facteurs qui influent le plus sur la santé et le bien-être sont de nature psycho-sociale. Ce n’est pas tant la pauvreté absolue qui est en cause que la pauvreté relative, celle qu’engendre précisément des inégalités sociales trop criantes. Wilkinson montre, sur la base de données empiriques, que la conscience que nous avons de notre place dans la société et de notre situation matérielle n’est pas étrangère aux processus biologiques qui déclenchent la maladie.

Dès lors on ne peut dissocier l’augmentation des coûts de la santé et la croissance des inégalités sociales. La lutte contre la surconsommation médicale doit donc inclure une réduction des inégalités et une amélioration des relations sociales – à cet égard la redistribution par l’impôt fait partie intégrante de la thérapie. Si l’industrie pharmaceutique n’y trouvera pas son compte, la cohésion sociale en sortira par contre renforcée.

DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Un point de vue de gauche, réformiste et indépendant
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch
Chaque semaine, par courriel, sur papier ou comme eBook (gratuit).

Lien vers l'article: http://www.domainepublic.ch/articles/9878
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/9878 - Merci
fleche imprimer Envoyer Envoyer

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Discussion

  • Les inégalités sociales ont aussi comme pendants les différences de choix de vie, de mentalités, de perception du sens de la vie…

    La santé peut passer bien après d’autres priorités selon les personnes: pour certains, c’est un luxe, pour d’autres un droit, pour d’autres la nécessité d’une apparence…

    Chez les peu favorisés, matériellement ou psychologiquement, la fatalité peut peser lourdement et , par conséquent, diminuer l’incitation à lutter et la conscience du droit à la santé.

  • 2
    Ana Landa says:

    A force de parler par études, théories, des recherches anglaises ou martiennes pourquoi pas… on oublie, qu’ici,au coin de la rue, j’ai ouvert ma fenêtre… hier soir on hurlait: je veux me suicider. Et que l’année passée … un voisin l’a fait, et un ami l’année d’avant. et un parrain encore avant…

    Oui, ici ,ici en Suisse, je n’écris pas de ma résidence secondaire, je n’écris pas de ma chambre d’hôtel… ni du haut de ma haute fonction. Hier, on m’a insultée dans un service de proximité. Aujourd’hui, cette personne formée par nos bons soins helvétiques, certifiée, post-gradée, socialement sécurisée, anuitée, est en vacances, elle ouvre sa fenêtre, en chantant: qu’il est beau mon paxs romand… …. …et mon voisin ouvre la fenêtre, et se jette, c’était l’année passée, il ne chante pas, il ne chante plus, et lui a peut-être aussi passé dans le bureau de notre personnel formé, certifié, annuité.. vive les vacances…. les pieds sur terre. Désolée pour le style un peu terrien..

  • 3
    Ana Landa says:

    Pour sortir des cours magistraux dont la Suisse romande est si friande il était bon, cet après-midi à Carouge (Genève), d’entendre les interventions en souvenir du Professeur Charles-Henri Rapin, pionnier de la lutte contre la douleur et les maltraitances. Si les bouches s’ouvraient, simplement et et pas seulement formatées par les statistiques… nous les connaissons tous, particulièrement dans ce journal… j’entends depuis toujours ces statistiques d’en haut et depuis toujours l’intolérance du haut vers le bas. Je trouve que le Dr Rapin nous aide à donner de la voix, ici par exemple, pour tenter de changer cette Suisse et son domaine public… merci Professeur…

Les commentaires sont fermés.