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Entreprises de sécurité privées sous surveillance cantonale…

Quand Nestlé ou d’autres confient des missions à des entreprises de sécurité privées, les dérapages peuvent devenir incontrôlables

Avec quelques années de retard, on apprend que Nestlé a fait infiltrer des sections d’ATTAC et probablement d’autres associations altermondialistes opposantes à la tenue du G8 sur les bords du Léman en juin 2003. Et que la société exploitant, au nom des sociétés pharmaceutiques bâloises, l’ancienne décharge industrielle de Bonfol, toujours pas assainie, a lancé une taupe, d’ailleurs vite démasquée, dans les rangs de Greenpace.

Les espions économiques ne s’intéressent plus seulement aux concurrents de ses commanditaires, des entreprises le plus souvent. Dans les cas plus «politiques» en effet, les investigations menées s’étendent aux associations contestataires, aux groupes de pression rivaux, voire aux administrations et instances dont les options paraissent déterminantes pour la défense des intérêts des mandants.

On assiste à une extension de fait, aux domaines politique et social, de l’activité des entreprises de sécurité privées. Cette évolution rappelle celle de la publicité, qui ne fait plus seulement de la réclame ou de la promotion commerciale, mais de plus en plus des relations publiques et de la communication, nom générique donné désormais à toute information dûment orientée, tant en fonction de ses différentes catégories de destinataires que par le contenu des messages ciblés.

Outre la diversification des activités dites de sécurité, leur accroissement entraîne une constante et forte augmentation des personnels spécialisés. Ces collaborateurs accomplissent les tâches confiées à leur employeur, soit par les entreprises et autres sociétés privées, soit par l’Etat qui compense ainsi le manque chronique d’effectifs ou les pointes liées à certaines manifestations. Il y a dix ans, on dénombrait en Suisse quelque 250 à 300 entreprises de sécurité privées, dont la plus grande occupait 1500 employés fixes et 3500 à titre accessoire. Selon le rapport du Conseil fédéral, daté du 2 décembre 2005, les six cantons romands comptaient à eux seuls, il y a trois ans, environ 5800 personnes occupées dans la sécurité privée, soit un millier de plus que dans les corps de police du périmètre concerné. En 2005, le canton de Genève abritait 80 entreprises de sécurité, représentant quelque 2650 employés, et le canton de Vaud 42 entreprises de ce type.

Certes, ces employés accomplissent dans leur très grande majorité des tâches de surveillance, en général parfaitement identifiables, manifestes et voulues telles. Une partie d’entre eux cependant, moins visibles bien sûr, se consacrent à des missions plus discrètes d’espionnage industriel et politique. Et tant pis pour les bavures révélées, elles font moins scandale que les excès de zèle de la puissance publique, dont l’exemple historique, remontant aux années 1970, reste l’observation rapprochée de la Ligue marxiste révolutionnaire suisse (LMR), singulièrement de son Congrès d’Epalinges.

Dans son ouvrage sur La privatisation de la violence – Mercenaires et sociétés militaires privées au service du marché, Xavier Renou (vidéo) consacre quelques pages aux «employés de sociétés de sécurité, nervis et employés de sociétés militaires privées». L’extrême diversité des missions accomplies et leur accroissement continuel laissent à penser que ces sociétés ont de beaux jours devant elles en Suisse aussi, d’autant que la surveillance de leurs activités demeure de compétence strictement cantonale – échelle tout à fait inadéquate à l’ère de la sécurité privatisée au niveau international. Malgré cette évidence, le Conseil fédéral n’y voit rien à redire dans son rapport précité, se contentant d’«inviter les cantons à harmoniser leurs législations». Voilà bien la moindre des mesures nécessaires pour corriger le fédéralisme là où il risque fort d’alimenter une malsaine concurrence intercantonale.

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