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La Banque nationale suisse, à haute voix

Sur la caution implicite donnée à UBS et Credit Suisse

Le directoire de la Banque nationale suisse, responsable du loyer de l’argent et de la liquidité monétaire, a la prise de parole prudente. Tout commentaire est interprété par le marché. D’autre part, l’impartialité de la banque centrale est la garantie d’une concurrence correcte entre les acteurs financiers. D’où la surprise provoquée par Philipp Hildebrand, vice-président de la BNS, portant un jugement sur les réserves en fonds propres des deux grandes banques suisses internationales, citées nommément, UBS et Credit Suisse.

M. Hildebrand ne se contente pas de juger, il prétend corriger, se substituant (ou s’associant) à la Commission fédérale des banques. Peu importe le ratio choisi pour calculer les réserves par rapport au bilan ou par rapport aux crédits à risque pondérés. M. Zuberbühler de la Commission fédérale des banques a récemment proposé une méthode plus empirique que scientifique. UBS, déclarait-il, a essuyé dans la crise des prêts subprime une perte de 40 milliards. Désormais, elle devra disposer d’un «coussin» de 40 milliards. Quel que soit le calcul, il aboutit au même résultat: épargner les gains futurs, pour autant qu’ils soient réalisés, au lieu de les distribuer aux actionnaires.

Reste la question: pourquoi la BNS est-elle sortie de sa réserve traditionnelle?

UBS fragilisée

L’accusation instruite par le procureur de la Cour fédérale de Floride contre l’ex-gérant de fortune d’UBS Birkenfeld va ébranler et la banque et le système bancaire suisse.

La particularité du secret bancaire suisse est la distinction artificielle faite entre la fraude fiscale et l’évasion fiscale. L’évasion n’est pas considérée comme un délit pénal, d’où le refus systématique opposé par la Suisse aux demandes d’entraide judiciaire. Mais ce refus, osera-t-on le signifier aux Etats-Unis? La Suisse pourrait choisir de sacrifier ces clients américains d’UBS, et les considérer comme des fraudeurs, ce qui légitimerait la levée du secret bancaire, sans toucher à son interprétation suisse. Mais les atteintes à la réputation d’UBS gérante de fortune seraient graves et durables.

L’accusation portera aussi sur la collaboration active de la banque. Jusqu’à quel niveau de responsabilité était-elle connue et couverte? UBS risque des sanctions en Suisse et aux Etats-Unis et, ce qui serait lourd de conséquences, un retrait de licence aux Etats-Unis. C’est en fonction de ces données qu’il faut juger l’intervention de M. Hildebrand.

«Incommensurable»

La débâcle d’une des deux grandes banques suisses aurait pour le pays des répercussions «incommensurables», déclare M. Hildebrand. Donc la BNS ne laissera pas la situation se dégrader sans intervenir. Mais le renforcement des réserves n’est qu’une exigence à moyen et long terme. Dans l’immédiat, il faut des soutiens plus tangibles. C’est ce que M. Hildebrand a promis sans le dire. «Incommensurable» est l’équivalent d’une garantie. Comment la BNS pourrait-elle passivement laisser se précipiter la catastrophe alors qu’elle a les moyens d’intervenir, de même que la Banque d’Angleterre est intervenue (crise de Northern Rock) et se donne ouvertement les moyens légaux de le faire quand nécessaire.

La garantie implicite de la BNS peut-elle être justifiée au nom du «salut public»? Elle représente un tel bouleversement des rapports public-privé qu’elle exige une clarification juridique et un vrai débat. Si la fortune de la BNS est un trésor public, comme l’a démontré le partage des réserves d’or, la garantie offerte à UBS ou au CS est faite avec de l’argent public. Quelle en est alors la contrepartie?

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Discussion

  • Il serait grand temps que les banques se remettent à faire le travail qui était le leurs, c’est-à-dire être à disposition des PME pour des comptes courants et du public pour des prêts Hypothécaires et des comptes épargne.

    Actuellement il est pratiquement impossible pour des petites entreprise d’obtenir des comptes courants sans avoir des garanties de pratiquement le double des montant demandés. Pour ce qui est des hypothèques c’est vraiment un parcours du combattant pour obtenir des conditions acceptables, de plus même en ayant un terrain à disposition et payé les banques font la fine bouche.

    Un grain de folie s’est emparé des banques qui ne pensent qu’à faire fructifier leurs avoirs (au détriment de leurs clients) et ce, par n’importe quel moyen.

    Une réglementation devrait être imposée aux banques, réglementation qui imposerait des répartitions entre les différents financements, hypothèques, comptes courants, PME, etc…

    Malheureusement au niveau politique rien ne peut se faire car trop de politicien sont «mouillés» pour avoir passé dans les conseils d’administrations des banques, Hans-Rudolf Merz, Couchepin, Blocher, pour n’en citer que trois qui malgré leurs frasques sont toujours intouchables.

    JCMo

  • 2
    E.Magnin says:

    Les problèmes rencontrés aux Etats-Unis par l’UBS se sont produits chez nous aussi. Dans de nombreux Cantons, dans le Canton Vaud à notre échelle aussi. Qu’en est-il du Crédit Foncier ? De la Banque Vaudoise de Crédit ? De la BCV et j’en oublie. Nous sommes nous posés les bonnes questions dans le cadre de la disparition de nos différentes banques locales et des problèmes rencontrés par les autres

    «Le subprime» ou la surprime ! Le résultat direct de l’application de taux variables. Le loyer de l’argent pour la même prestation augmente. Le client est mis en difficulté de paiement est devient un client à risque transformé en un crédit à risque. Comme il n’arrive plus à faire face à ses obligations, l’organisme bancaire pour l’aider le fait bénéficier d’une prime supplémentaire. C’est le chat qui se mord la queue. Comment exiger plus de celui qui n’arrive pas à donner le tour. Objectif atteint c’est dans le mur. La vente forcée du bien immobilier. La banque s’y retrouve du moment qu’elle engrange les fonds propres, les loyers versés et les amortissements. Sans compter comme propriétaire une éventuelle plus-value sur la revente de l’immeuble suivant sa situation. Pour autant que les acheteurs répondent présents!

    A petite échelle ce ne sont que quelques drames individuels, voire quelques suicides ! A plus grande échelle ces crédits à risques, des clients tous lâchés en même temps par les financiers peuvent faire couler le navire. On ne scie pas une des branches sur laquelle on est assis!

    Pourquoi ne pas adopter une tout autre attitude. Bloquer les taux et offrir des aménagements en fonction des possibilités de paiement du plus grand nombre. Comme ça se fait pour les plus gros clients ! Il est vrai, mieux vaut devoir 100 millions à son banquier que 100 mille francs ! Dans le premier cas il prend régulièrement des nouvelles de votre état de santé, dans le deuxième il vous envoie les huissiers.

    Pourquoi dans notre Canton le politique propriétaire de la Banque qui fixe la variation du taux en fonction du marché n’a-t-il pas à l’époque stoppé la hausse des taux d’intérêts? Par la suite politiciens et banquiers se renvoyaient la patate chaude. En fin de compte, le Canton s’est porté financièrement au secours de sa banque.

    Derrière les termes de marché, de crédits à risque se trouvent des individus qui décident pour les uns et subissent pour les autres. Peut-on éthiquement se satisfaire d’une logique qui envisage le dénuement de certains pour l’unique profit des autres. La morale ne rattrape-t-elle pas nos financiers. Par les différentes pressions exercées, ne cherchent-on pas à les aider à changer de stratégies pour faire en sorte qu’ils puisent se regarder dans une glace le matin!

    A l’heure ou le partenariat privé public à le vent en poupe, c’est un sérieux revirement. Pour que le public accorde sa confiance il faut fixer des règles et des obligations à nos usuriers. Pourquoi ne pas appliquer des surprimes?

    E.Magnin

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