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Le pouvoir et le truchement télévisuel

Pas de privilège ni de muselière pour les membres du Conseil fédéral lorsqu’ils interviennent à la télévision

Avant l’émission d’Arena, à laquelle Mme Widmer-Schlumpf avait accepté de participer, le Conseil fédéral lui-même a tenu à préciser la mise en scène de l’émission: son représentant ne devait pas être un débatteur comme les autres; son rôle était d’informer sur l’argumentation et la conviction du Conseil fédéral. Pas un pugiliste! Non pas au-dessus de la mêlée, car engagé, mais pas «dans la mêlée».

On se souvient aussi de l’esclandre de Christoph Blocher quand il avait découvert les caricatures de Mix & Remix entrelardant ses propos sans qu’il en eût connaissance sur le moment. Ou encore les critiques de Pascal Couchepin contre Infrarouge. Bref, les rapports entre le pouvoir politique et le pouvoir médiatique gagneraient à être clarifiés.

La règle de base est celle de l’usage civil ordinaire. Celui qui est invité n’accepte que si l’invitation lui convient et a contrario il ne s’impose pas sans avoir été invité. L’application de cette règle condamne déjà les interventions radio-télévisées d’un membre du Conseil fédéral à la veille de votations. Cette recommandation lue avec plus ou moins de conviction est assimilable à une réquisition des médias. De plus elle est ringarde dans la forme. Que le Conseil fédéral souhaite faire connaître sa position avant un scrutin, la chose est naturelle. Mais qu’il n’intervienne pas sans y être invité. Le média où il désire s’exprimer organise professionnellement cette prise de parole, le plus simple étant l’interview conduite par les journalistes compétents. Si des conditions impossibles étaient posées, le Conseiller fédéral peut refuser de s’y soumettre. Mais une épreuve de force n’est guère probable, chacune des parties ayant intérêt à ce que l’émission ait lieu : le média pour son audience, le politique pour son influence.

Les difficultés «programmées» sont le fait d’émission telles Arena ou Infrarouge qui sont ordinairement conçues comme un spectacle. L’affrontement, le sens de la réplique, l’abattage favorisent l’audimat. Tout cela n’est pas en soi critiquable: l’éloquence est une qualité politique  la maîtrise des dossiers entraîne la conviction. Mais à juste titre le conseiller fédéral compétent peut faire valoir que le débat, il l’a déjà mené dans son lieu naturel, c’est-à-dire devant le parlement, où la discussion est conduite selon une procédure propre. Par exemple le chef du département concerné prend la parole en dernier. Il est donc compréhensible qu’il n’accepte pas de reprendre le combat avec les mêmes adversaires dans des conditions qui ne sont plus celles de la démocratie représentative.

Mais le régime qui est le nôtre est celui de la démocratie semi-directe. Le citoyen dont le vote est sollicité a légitimement le droit d’être informé de première main. Le responsable politique, s’il a droit au respect de sa fonction, n’a pas à être «ménagé». Quelle que soit l’organisation de la confrontation, elle implique que les journalistes eux-mêmes soient aussi capables de poser les bonnes questions et de ne pas se contenter de réponses langue de bois. Or cette qualité est plus rare que l’art du casting où l’on choisit un chat pour ses griffes et un chien pour sa grande gueule.

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Discussion

  • 1
    Blondesen says:

    Je me souviens d’une interview de Pascal Couchepin par Darius Rochebin.
    Pur bonheur !
    Les questions de M. Rochebin, fines et incisives, avaient le don de mettre M. Couchepin hors de lui, au point qu’il en oubliait grammaire, conjugaisons, sujets, verbes, compléments d’objets directs et indirects. Même Georges Marchais n’aurait pas été capable de fournir une aussi belle prestation.
    On en redemande !
    :o )

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