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Réindustrialisation en douceur

L’économie suisse réinvestit dans la production industrielle. Ce regain d’intérêt éveille aussi l’attention des financiers étrangers

icone auteur icone calendrier 12 mai 2008 icone PDF DP 

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Nestlé, qui réalise moins de 1,3% de ses affaires en Suisse, redécouvre ses sites de production dans le pays. Après Orbe (le café), Avenches (Nespresso), Broc (le chocolat) et Konolfingen (l’alimentation infantile), la série continue avec un investissement supplémentaire dans la cité de l’Emmental, de l’ordre de 180 millions de francs d’ici 2010, pour l’agrandissement du centre de recherche et de l’usine de production qui travaille essentiellement pour l’exportation. Et les branches suisses de la construction de machines comme celle de la fabrication de montres ont encore de beaux jours devant elles, selon le président de la Banque nationale, qui souligne leur bonne réactivité à l’évolution de la demande mondiale. Quant à Beat Hotz-Hart, professeur d’économie nationale et politique à l’Université de Zurich, il voit dans la timide réindustrialisation de son canton une chance à saisir pour assurer une croissance plus équilibrée de l’économie et de l’emploi.

En Allemagne, le secteur secondaire amorce un nouveau développement. Nombre d’entreprises industrielles qui avaient délocalisé leur production dans les pays d’Europe orientale la rapatrient après quelques années déjà: les avantages salariaux ne compensent pas les conditions politiques et générales défavorables à la mise en œuvre de hautes technologies en continuel développement.

En France, on compte toujours sur le multiple et proliférant secteur tertiaire et sur une plus grande agilité des acteurs publics pour assurer l’emploi. Dans leur rapport respectif sur la politique de croissance, Michel Camdessus (2004) et Jacques Attali (2008) ne prononcent pas le terme de réindustrialisation, trop occupés à instaurer l’économie du savoir et à développer le domaine des services, notamment financiers.

Or justement, c’est la crise financière qui motive, encore davantage s’il le fallait, un retour à l’économie réelle, celle de la production – pour ne rien dire de la crise alimentaire qui provoque une salutaire réflexion sur les politiques agricoles dans le monde. Certes, dans les deux cas, la production met en œuvre des techniques dont le développement occupe de plus en plus de personnes de plus en plus qualifiées et mobilise des investissements de plus en plus importants. Mais en fin de compte, les processus de production industrielle et leur coût sont principalement déterminés par les opérations en amont (recherche et développement) et en aval (promotion et marché) qui relèvent, comme toutes les activités de conseil, de gestion et d’organisation, du vaste domaine des services, voire du nouveau secteur quaternaire, celui de l’acquisition et de la transmission des savoirs.

Sans le dire trop haut, comme d’instinct, la Suisse, dont l’économie se distingue comme l’une des plus tertiarisées du monde, se réindustrialise en douceur, par la création de petites entreprises et autres start-up agiles, mais aussi par le renforcement de sociétés helvétiques plus anciennes.

Pour le tissu industriel suisse et ses entreprises-phares, ce processus en lui-même positif peut avoir des effets collatéraux moins souhaitables. Leurs bonnes performances boursières ne manquent pas d’attirer l’attention d’investisseurs davantage intéressés à la valeur financière qu’entrepreneuriale des sociétés suisses. Ainsi, le milliardaire russe Viktor Vekselberg vient de prendre, par l’intermédiaire de son groupe Renova, le pouvoir chez Oerlikon, après avoir pris des participations au capital de Saurer et de Sulzer. Avec l’aide de l’ancien ambassadeur Thomas Borer, il surveille sans doute de près les sociétés qui pourraient devenir ses proies, telles Bucher, Georg Fischer ou Meyer Burger.

Si elle se confirme, la réindustrialisation permet une croissance plus équilibrée mais elle ne garantit en aucune manière l’indépendance financière.

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Discussion

  • 1
    Luc Recordon says:

    Dommage que notre système financier ne favorise pas davantage le mouvement (ré)industrialisant notre économie dans l’optique de l’innovation.

Les commentaires sont fermés.