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CFF Cargo, la mission impossible

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icone auteur icone calendrier 20 avril 2008 icone PDF DP 

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L’article qui suit est du journalisme ingénu. C’est-à-dire que l’auteur n’est en aucune mesure un expert du sujet. L’ingénuité consiste à décrire comment un thème, imposé par l’actualité, se révèle au profane. Peut-être y a-t-il quelque vérité que découvre le regard neuf. La méthode appliquée à CFF Cargo aboutit à un jugement sans équivoque. Dans les données actuelles, CFF Cargo est condamné à une mission impossible.

La logistique

La SNCF a un nouveau patron, M. Pepy. Il a marqué sa prise de responsabilité en prenant la majorité complète d’une filiale, Geodis, spécialisée dans la logistique et le transport routier, et le 75% d’un opérateur allemand, ITL (Import Transport Logistik). Car son ambition est de parier sur le développement du fret. Or le fret, ce n’est pas seulement des wagons et des conteneurs, soit les jambes, mais encore la tête, qui pour le client, où qu’il soit, organise en utilisant tous les modes de transport (aérien, maritime, routier, ferroviaire) la livraison d’une marchandise dans le délai prescrit. Pour développer le fret, il faut être en mesure d’offrir un service complet. Or CFF Cargo a ébranlé tout un canton, et même le pays, en prétendant soigner ses jambes hydropiques, mais n’est-ce pas la tête logistique qui est trop faible?

Le troisième mondial

L’ambition de M. Pepy est de faire de la SNCF le quatrième groupe européen de logistique, après la Deutsche Post (DHL) et la Deutsche Bahn (DB). Mais qui est le troisième?

A ce rang, une société suisse, Kühne & Nagel, domiciliée à Schindellegi (Schwyz). Elle occupe 51’000 personnes, dans 100 pays, où elle dispose de 6 millions de m2 d’entrepôts, et dégage un bénéfice élevé de 531 millions. Son rayon d’action dépasse de beaucoup le domaine d’activité de CFF Cargo, sa politique n’est pas particulièrement orientée vers le ferroviaire – en France, elle développe son parc routier – mais elle peut confédéralement faire bénéficier de son savoir-faire la société étatique. Sauf erreur ces liens ont existé au niveau du Conseil d’administration, mais sans suite.

L’offre ferroviaire de Kühne & Nagel est détaillée: wagons séparés, trains complets, liaison terminal ferroviaire–clients. Comment se positionne CFF Cargo dans chacune de ces catégories?

La concurrence stérile

Les CFF ont prioritairement choisi d’offrir une prestation de détail, par wagon, d’où les manœuvres nocturnes de recomposition des trains, comme à Denges par exemple. Cette politique se révèle lourde pour tous les clients qui ne sont pas raccordés par fer. La livraison au domicile implique une rupture de charge peu rentable dans un petit pays où les distances sont courtes. On se souvient encore de l’échec coûteux de la formule Cargo-domicile.

Restent les trains complets, formule valable pour le transit Nord-Sud, mais les CFF se heurtent sur ce terrain à la concurrence du Lötschberg (BLS), la Deutsche Bahn sachant jouer de cette rivalité helvético-suisse absurde.

Les obstacles sont donc accumulés: logistique faible, partenariat avec l’Italie décevant, transit soumis à la concurrence interne, trafic intérieur se heurtant aux difficultés des petites distances, de la rupture de charge, de la liaison terminal-domicile du client. Tout cela, additionné, rend la mission impossible.

Les solutions

Seule une politique globale est à la mesure de l’enjeu. Soit:
* le développement de la logistique qui pourrait être mise sur pied en collaboration avec la Poste;
* la suppression de la concurrence Lötschberg-CFF, et elle ne cessera que si l’autorité politique se montre persuasive et intraitable;
* la collaboration avec les camionneurs privés pour la liaison terminal-domicile.

Cette politique implique que la société CFF Cargo puisse s’ouvrir, les CFF restant majoritaire. Les comptes devraient notamment être «désintégrés» de la comptabilité générale des CFF. Il n’y a pas de raison que les voyageurs subventionnent le trafic marchandise.

La révision nécessaire n’est donc pas celle des locomotives à l’atelier de Bellinzone. C’est la mission confiée aux CFF. Elle dépasse même les compétences du Conseil d’administration. Elle est politique.

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