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Le Club de Rome et les malices du glocal

A force de réfléchir à la planète, le Club de Rome trébuche sur le dur terrain de la démocratie locale à l’helvétique. Zurich se console avec un projet de parc naturel périurbain

icone auteur icone calendrier 25 février 2008 icone PDF DP 

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L’affaire semblait plutôt simple, évidente même aux yeux de l’impatient Elmar Ledergerber, président de la ville de Zurich et très fier de l’être. Et tout désireux d’y voir le Club de Rome s’y installer en 2008 (DP 1749), 40 ans après sa création dans la Ville éternelle. Le 26 septembre dernier, le Conseil communal accordait un crédit de 1’820’000 francs, destiné à faciliter le transfert du fameux think tank de Hambourg à Zurich et à contribuer au financement de ses activités pendant les cinq premières années sur les bords de la Limmat, jusqu’en 2012 donc. Décision prise à une majorité appréciable: 68 voix favorables au crédit, contre 25 oppositions venues principalement des rangs de l’UDC, avec 17 abstentions, notamment de l’Alternative de gauche. Or voilà que, nullement impressionné par ce score et flairant l’occasion de surfer sur la vague populiste, un groupement dissident de l’UDC, créé en 2006 sous le nom de Parti pour Zurich (PFZ), lance un référendum qui aboutit promptement, avec 2’111 signatures valables (3’000 suffisent pour tout le canton de Zurich!).

On sait la suite: au terme d’une campagne discrète, même du côté des opposants qui ne font pourtant pas dans l’argumentation fine, 50,9% des 75’184 votants de ce 24 février ont dit non au fameux crédit destiné au Club de «penseurs richards» pas même capables d’autofinancer leurs «élucubrations». L’analyse des résultats révèle que les arrondissements où résident le président et la vice-présidente du PFZ ont donné une faible majorité négative, surprenante dans des quartiers où les socialistes sont très présents. Ailleurs, la carte des non recouvre celle des plus fortes implantations de l’UDC. Mais par-delà les clivages politiques, d’autres facteurs ont plus ou moins ouvertement joué. Ainsi, le directeur d’Avenir Suisse, Thomas Held, n’a pas caché ses réticences, doucement paranoïaques, à l’idée de voir un concurrent potentiel s’installer à Zurich.

Cet éventuel danger pourrait bien être écarté. Dans sa première réaction au résultat du vote, le Club de Rome s’avoue très surpris et dit vouloir réexaminer la situation, tout en maintenant que Zurich reste sa destination favorite, préférée l’été dernier à d’autres villes candidates. De toute évidence, le distingué think tank n’avait pas prévu que la démocratie directe, avec laquelle on ne plaisante pas davantage dans la métropole zurichoise que dans les cantons alpins, pourrait lui jouer un pareil tour et l’obliger à faire le grand écart d’échelle entre la planète et la proximité, entre le global et le local.

Quant à la Ville de Zurich, dont la population a connu l’an dernier la plus forte augmentation annuelle depuis 1952, elle saura surmonter ce revers, juste un peu vexant pour sa politique de promotion métropolitaine. Le cas échéant, elle trouvera sans peine un autre locataire de prestige pour les bureaux sis dans l’immeuble du Heimatwerk – paradoxalement choisi pour accueillir un club de réflexion sur l’avenir du monde. Après tout, elle a déjà préparé son propre futur avec ses Stratégies pour Zurich 2025. Comme elle le prépare presque au jour le jour, en prenant continuellement des initiatives prometteuses et d’envergure, dans les domaines de la construction, du logement, des transports, de l’environnement. Dernière en date, passée inaperçue: la ville de Zurich a déposé auprès de l’Office fédéral de l’environnement la première et unique demande de création d’un parc d’importance nationale qui soit un parc naturel périurbain, destiné à sensibiliser la population citadine à la nature. C’est ainsi que le Sihlwald, situé dans le sud-ouest de la ville, devrait devenir le premier centre de ce genre reconnu d’importance nationale. Une fois de plus, Zurich passera pour la première servie. On la jalousera une fois de plus, en oubliant qu’elle aura tout simplement osé saisir une occasion que d’autres villes n’ont peut-être pas même vu passer.

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