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Le défi démographique (1960 – 2020)

L’urbanisme bien conçu, c’est changer la vie: le programme de législature vaudois n’est pas à la hauteur de l’enjeu

La population résidante vaudoise a augmenté en 2007 de 10’000 habitants. Du jamais vu depuis les années 60. La comparaison avec la grande mutation d’il y a cinquante ans est instructive. La croissance alors était débridée; l’Exposition nationale poussait à l’accélération de travaux, notamment routiers (autoroute Lausanne-Genève). La surchauffe nourrissait une inflation forte. L’immigration de travailleurs, exploités par le statut de saisonniers, entraînait une croissance démographique de 2%. Même si l’on vit prendre forme, politiquement, un parti xénophobe et être lancées les initiatives populaires de Schwarzenbach, la majorité adhérait à cette expansion. Sur le plan cantonal, elle ne refusa jamais les moyens financiers nécessaires, les hausses d’impôts ne suscitèrent aucun référendum. L’Université, l’Hôpital cantonal étaient présentés comme les chantiers-phares de cette expansion.

Un aménagement verbal

L’aménagement du territoire devint un sujet politique central. Et si la Suisse atteignait 10 millions d’habitants! L’aménagement permettrait sans difficulté de répondre à leur besoin de logement, de loisir, de travail et de circulation, à condition d’en faire une application rigoureuse. Un contre-projet à l’Expo nationale à Lausanne, Exnal, voulait en présenter la démonstration, sur le terrain même. Une zone aménagée selon les principes de l’urbanisme de Le Corbusier aurait dû être l’objet même de l’Expo.

L’aménagement fut donc un objet de débat, mais il n’inspira pas une politique volontariste de maîtrise du développement. Le «désordre» fut tel qu’en 1972 un Arrêté fédéral urgent donna aux cantons les moyens juridiques de bloquer toute expansion non désirée. Les dégâts furent ainsi limités, sans plus.

L’horizon 2020

Or, aujourd’hui, le Programme de législature du Conseil d’Etat, même s’il retient la projection des 100’000 habitants de plus d’ici 2020, se contente d’une référence aux orientations du Plan directeur cantonal pour «coordonner et stimuler le développement territorial, prévoir, réaliser ou soutenir les infrastructures nécessaires (notamment transports et logement), activer les projets d’agglomération». Ces formules trop générales ne sont pas à la hauteur de l’enjeu.

Un engagement prioritaire de l’ensemble du Conseil d’Etat serait nécessaire, tant sont nombreux les obstacles. Au premier rang desquels la propriété privée du sol, qui rend difficiles des réalisations d’ensemble, c’est-à-dire des quartiers où se règlent globalement les problèmes de chauffage, de circulation, d’aires de jeu, selon un urbanisme à échelle plus humaine, comme celui, pour prendre une référence historique, de Bruno Taut dans les années 20 à Berlin.

On suivra dans cette optique avec intérêt les aménagements annoncés sur des terrains en mains communales: le projet Métamorphoses de la Commune de Lausanne, ou encore ceux prévus sur les friches industrielles de Malley-Prilly.

La qualité fonctionnelle et esthétique de l’habitat et de son environnement est l’expression de la réussite ou de l’échec d’une société, de ce que vivent au quotidien les résidents, de ce que nous laisserons, après nous, comme témoignage de notre civilisation. C’est certainement le domaine où le slogan «changer la vie» peut trouver une application concrète.

L’équipement d’un quartier implique chaque département de l’Etat, au titre scolaire, sanitaire, social, sécuritaire, culturel, et au titre des transports et de la circulation. Le collège gouvernemental devrait donc, régulièrement, dans un rapport ad hoc, faire le point sur Vaud + 100’000, sur l’aménagement du territoire, sur les réalisations architecturales, sur le quartier (et non pas l’immeuble) considéré comme l’unité de mesure de l’urbanisme.

Alors les formules trop générales du programme de législature prendraient un sens concret et politique.

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Discussion

  • Je partage entièrement l’avis d’André Gavillet. Après plus de 30 ans de pratique dans l’urbanisme, je ressens très fort le décalage entre le discours politique et les faits. Le fait d’avoir déplacé le Service de l’aménagement du territoire (devenu Service du développement territorial) du Département dirigé par François Marthaler, où il était « à sa place » en particulier à côté du Service de la Mobilité est la preuve de ce « double discours ». Il ne fallait pas qu’un « Vert » au nom du développement durable empêche les communes de continuer à faire n’importe quoi!

    Avez-vous été sensibles aux publicités des banques, de la banque cantonale vaudoise, pour les prêts hypothécaires? Le couple au sourire béat, entouré de ses beaux enfants devant leur villa « Sam’ suffit ». C’est cet urbanisme là que la Conseil d’Etat, représentant d’une part significative de l’actionnariat, souhaite promouvoir?

  • 2
    francine jeanprêtre says:

    Excellente allusion d’A. Gavillet dans son tout aussi excellent article au statut du sol.

    Le fait que la gauche ait si peu de vision quant à ce phénomène de la chèreté de la construction en Suisse et que les municipalités ne se préoccupent pas d’acquérir des terrains est révélateur. Il faut réactualiser ce débat! Merci!

Les commentaires sont fermés.