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Crédits «subprime»: effets publics d’une crise pas seulement privée

Aux Etats-Unis, les collectivités, les institutions publiques et les territoires construits payent très cher les excès du marché hypothécaire

A force d’avoir les yeux rivés sur les milliards perdus par UBS, sur les sourires un peu défaits de Marcel Ospel ou sur les chutes de cours boursiers en contradiction avec la croissance de l’économie réelle, on pourrait oublier que la crise des crédits hypothécaires aux Etats-Unis touche aussi les intérêts publics, outre-Atlantique Nord comme en Suisse.

Ainsi, les cantons et villes de Zurich, Bâle, Genève ou Lausanne peuvent envisager sans trop d’inquiétude une sensible diminution dès l’an prochain de leurs recettes fiscales provenant du secteur financier. Aux USA en revanche, plusieurs Etats, nombre de grandes villes et certaines institutions publiques doivent craindre pour leur avenir immédiat.

Eliot Spitzer, gouverneur de l’Etat de New York, vient de lancer un cri d’alarme et d’exprimer une angoisse que doivent aussi ressentir les autorités du Wisconsin ou du Minnesota, les municipalités de Cleveland ou de Washington, les responsables des ports de New York ou de New Jersey, les dirigeants de musées tels que le Metropolitan de Manhattan ou le Young de San Francisco. Sans oublier nombre d’universités publiques, elles aussi fort endettées.

Toutes ces collectivités et institutions sont, indirectement mais gravement, victimes de la crise des prêts subprime. Leurs emprunts à long terme sont en effet assurés auprès des mêmes instituts que les fameux crédits pourris. Pour éviter que ces derniers n’entraînent les financements publics dans leur naufrage, les établissements concernés doivent prendre des mesures dans les trois à cinq jours, réclamait Eliot Spitzer jeudi dernier devant une sous-commission des finances du Congrès. En clair, les monoliners, ces fonds auxquels les investisseurs institutionnels payent une prime pour couvrir le risque d’éventuelles défaillances de la part des collectivités débitrices, sont placés devant une douloureuse alternative: ou bien se recapitaliser (mais qui leur fera encore confiance?) ou bien promptement séparer les bonds garantissant les emprunts publics du reste de leur portefeuille, composé de titres hypothécaires subprime, autrement dit de non valeurs nécessitant un amortissement intégral. Un tel splitting a d’ores et déjà été décidé par la Financial Guaranty Insurance Company (FGIC), laquelle garantit, ensemble avec des sociétés jusqu’ici inconnues telles MBIA ou Ambac, des émissions publiques pour 2,3 à 2,4 milliards de dollars. A noter que ces deux dernières sociétés, cotées en bourse, ne pourront suivre l’exemple de la FGIC, sous peine de s’attirer des actions collectives de la part de leurs actionnaires.

De toute manière, le service de leur dette pèse de plus en plus lourd sur les finances des collectivités et des institutions américaines. Ainsi, la société qui exploite avec profit les (aéro)ports, les tunnels et les ponts de New York a dû accepter un intérêt de 20% sur son plus récent emprunt de 100 millions de dollars. Et le Metropolitan Museum, l’un des plus visités du monde, a vu son taux monter à 15%.

Mais la crise du crédit hypothécaire n’aura pas seulement provoqué les énormes dégâts financiers dont les semaines et mois à venir permettront de prendre la menaçante mesure. S’y ajouteront les effets économiques et sociaux d’une explosion du crédit à la consommation, utilisé comme coûteux substitut et moyen de financement généralisé des ménages. S’y ajouteront aussi, particulièrement graves du point de vue de l’intérêt public, les irrémédiables dommages que la dérive du crédit immobilier américain aura causés au territoire. Quand même les ménages sans revenus fixes ni fonds propres peuvent accéder à la propriété de leur logement, ils font poser à même le sol, sur des terrains à la périphérie de plus en plus lointaine des villes, de méchants volumes à habiter, d’un étage sur rez et sans cave, avec une pelouse autour et au moins deux places de stationnement au droit de la route. Des centaines de milliers de ces bâtisses ont été construites ces dernières années, à la faveur d’un crédit de plus en plus facile. Belle contribution au mitage et au bituminage du territoire, à l’étalement urbain (sprawling), à l’accroissement du trafic motorisé, etc. Bref, un gâchis spatial et climatique total.

Personne ne semble trop s’en formaliser dans le pays des grands espaces gouvernés par Georges W. Bush. Il est vrai que la politique fédérale d’aménagement du territoire semble avoir connu son apogée avec le New Deal des années trente du siècle dernier. Et les quelque 10’000 fonctionnaires du Bureau of Land Management, créé en 1946, se contentent de gérer un bon million de kilomètres carrés appartenant à l’Etat fédéral, principalement localisés dans le centre-ouest des USA, la zone la moins peuplée de tout le pays. Les terrains sis dans les régions urbanisées, plus densément occupées, sont évidemment trop précieux pour émarger aux compétences des pouvoirs publics plutôt qu’aux lois du marché.

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