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Violence de jeunes étrangers

L’expulsion n’est pas une solution

icone auteur icone calendrier 11 février 2008 icone PDF DP 

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Les résultats du sondage commandé par la presse dominicale ne surprennent pas. Une forte majorité se prononce pour l’expulsion des jeunes étrangers coupables de graves violences. Pourtant ni l’émotion suscitée par l’agression mortelle d’un étudiant tessinois par trois jeunes d’origine croate, ni les gros titres et les feuilletons qui entretiennent cette émotion ne sont de bon conseil.

Sur la violence des jeunes d’abord, il faut raison garder. Le phénomène reste marginal. Seul 1,37% des jeunes de 7 à 17 ans a fait l’objet d’une condamnation pénale. Et les actes de violence ne représentent que 4% des délits commis. Si les jeunes étrangers sont surreprésentés, les Suisses constituent tout de même deux tiers de cette population délinquante.

Même marginal, cet état de fait reste inacceptable. Pour ce qui est des étrangers, l’expulsion est juridiquement possible et parfois appliquée. Exiger son application généralisée, comme le préconise une initiative de l’UDC, c’est ignorer qu’en règle générale, la violence juvénile n’est qu’une phase épisodique dans le parcours de vie des individus. Allan Guggenbühl, un psychologue zurichois qui travaille avec les enfants et les jeunes, insiste sur le parallélisme stérile entre indifférence à l’égard de la violence des jeunes et tout répressif. Ni la lâcheté des témoins d’actes de violence, ni la simple incarcération ne peuvent contribuer à résoudre le problème. Certes une instruction rapide des délits et une condamnation dans des délais courts est indispensable pour donner un signal fort aux coupables: au contraire de l’expulsion, promptitude et certitude de la peine sont deux facteurs importants de dissuasion. Mais sans un travail d’accompagnement qui permet aux délinquants d’échapper à un modèle de comportement archaïque – les rapports de pouvoir s’établissent par la violence physique –, il est vain d’attendre de la prison qu’elle change les individus prisonniers de ce modèle. La fermeté dans la réaction doit donc se doubler de mesures thérapeutiques. Une telle politique implique des moyens qui actuellement ne sont pas disponibles. Il est plus simple de s’indigner, d’expulser et de capitaliser sur l’émotion de l’opinion.

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Discussion

  • 1
    Alain Fernal says:

    Désolé mais dans cet article vous donnez vous-même tous les éléments pour invalider votre analyse.

    D’abord les chiffres, si on ne prend en compte que les viols, brigandages et lésions corporelles, qui sont quand même parmi les crimes les moins acceptables, les jeunes étrangers sont coupables d’environs les deux tiers de ces actes. Or comme ils ne représentent qu’un cinquième de la population, cela signifie que leur taux de criminalité est presque 8 fois supérieure. (et ça même le sondage en question ne l’a pas précisé)

    Il est également ridicule de mentionner le taux de condamnation pénale de 1.37% des jeunes de 7 à 17 ans. Quand on sait ce que ça demande, quoiqu’il fasse,pour condamner pénalement un mineur de moins de 16 ans. Donner donc les chiffres de 16 à 18 ans par nationalité…

    Maintenant pas de généralisation primaire, les premiers a souffrir de cette situation sont les jeunes étrangers bien intégrés et respectueux des lois, qui se voient de facto attribuer une mauvaise réputation. Et c’est précisément pour eux, ainsi que pour ne pas laisser champ libre à l’exploitation populiste de ces actes,qu’il ne faut pas ignorer les faits mais y apporter des solutions énergiques. Du moins pour la minorité de délinquants chroniques qui pourrissent à eux seules la situation pour l’ensemble de la population.

    Considérer meurtres, viols, tabassages avec lésions graves comme «une phase épisodique de la jeunesse» est également un point de vue qui vous dessert grandement. Non, quoique en dise le psychologue x ou y, nous savons tous que ce n’est définitivement pas le fait de jeunes «normaux» avec un encadrement familiale et social correct.

    Le terme «capitaliser sur l’émotion de l’opinion» me semble d’une suffisance grave. L’opinion c’est vous, c’est moi, c’est le citoyen en général, son émotion a des raisons réelles, et ce n’est pas une option de la considérer avec une arrogance hautaine. Après tout, traditionnellement vous êtes les premiers a vous appuyez sur le poids de «l’opinion publique».

    AF

Les commentaires sont fermés.