Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963

Label CO2: un sac de nœuds

Une commission parlementaire refuse le label CO2 obligatoire pour les denrées alimentaires.  L’application de cette bonne idée est aléatoire dans le petit marché suisse

Un kilo de fraises importées par avion d’Israël génère 25 fois plus de CO2 qu’un même kilo produit en Valais. Le non sens écologique des importations hors saison est patent. L’inscription sur l’emballage du bilan écologique de chaque produit alimentaire permettrait au consommateur d’en prendre conscience et d’acheter en toute clarté: c’est le principe fondamental du marché libre. L’idée est simple mais tout se complique dans sa mise en œuvre.

Premier obstacle: le calcul des émissions de CO2 et le contrôle de son exactitude. Suivre le cheminement d’un produit depuis sa lointaine production en Argentine ou en Nouvelle-Zélande jusque dans le bac de congélation du supermarché n’est pas une sinécure. Pour simplifier, on pourrait se limiter à imposer l’étiquetage du transport par avion, massivement anti-écologique. Nos agriculteurs demandent une généralisation de l’indication de provenance. Mais la production en Suisse ne garantit pas sa sagesse environnementale. Il faudrait au minimum imposer de mentionner également si le produit a poussé sous serre ou à l’air libre.

Seconde complication: l’obligation de l’étiquetage. Chaque producteur, chaque distributeur peut créer son propre label comme il crée une marque. S’il veut décréter l’étiquetage obligatoire, l’Etat doit tenir compte de tous ses accords commerciaux avec l’étranger. Un label propre à la Suisse ne contreviendrait à aucun engagement international. Mais Berne s’engage dans une autre direction. Avec l’introduction du principe «Cassis de Dijon» qui doit permettre aux produits européens de pénétrer librement sur notre marché pour lutter contre la vie chère , il s’agit de traquer les particularismes helvétiques et non d’en introduire de nouveaux.

Qu’il soit simple et peu pertinent, compliqué et inapplicable, privé ou obligatoire, un label écologique n’est qu’un coup de pouce en faveur de l’environnement. Les consommateurs conscients de leur responsabilité environnementale ne sont qu’une faible minorité. Le marché le plus transparent qui soit ne parviendra pas à réduire d’une manière significative les émanations de CO2. Il faut  agir directement sur l’ensemble de la chaîne de production et de distribution par le renchérissement des coûts pétroliers, notamment pour le transport aérien. Pour influencer significativement le commerce mondial, il est illusoire de vouloir faire cavalier seul  sur le marché suisse. La taille critique minimale est européenne.

DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: http://www.domainepublic.ch/articles/9728
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/9728 - Merci

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Articles par courriel

Flux RSS

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.
Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).
Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook. Je m'abonne

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus). Je m'abonne

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site. Je m'abonne

Discussion

  • N’ajoutons pas sur les emballages déjà surchargés d’inscriptions de composition, de données concernant les risques allergiques, de kJ et composition des graisses, de dates de vente et de consommation, de barre codes, de mode de recyclage, toutes indications devenues indispensables, des données qui ne seront lues que par les convaincus. Trop d’informations tue l’information. Le consommateur n’est pas une andouille: il sait pertinemment que les ananas et les mangues proviennent des tropiques, que les fraises en plein hiver viennent de l’hémisphère sud, que les tomates hollandaises poussent sous serres chauffées au gaz ou au mazout, alors faut-il lui donner mauvaise conscience en introduisant des étiquettes CO2 pour les fruits et légumes vendus en vrac. Qu’il y ait une brochure pérenne ou une affiche concernant le bilan écologique sur le lieu de vente, soit. Qu’on préfère l’information aux taxes incitatives, soit. Mais si on veut influencer un tant soit peu la consommation d’énergie fossile il faudra plancher sur quelque chose qui a plus d’effet. Rien que le fait de rassembler une commission pour discuter d’une mesure aussi illusoire et très lourde à mettre en oeuvre consomme une énergie sans commune mesure avec l’effet escompté. Cela ne devrait pas dépasser le stade d’un «remue méninges» initial afin de ne pas tuer dans l’oeuf toute idée nouvelle.

    Finalement je doute que le consommateur choisisse ses roses (non, non, je ne les mange pas) en comparant le bilan écologique des roses du Kenya avec celui des roses provenant de cultures sous serres européennes. La discussion et les calculs seront sans fin. 

  • J’ai un peu de peine à comprendre votre position sur cet objet. Il me semble que vous vous ralliez à la majorité de la commission parlementaire qui considère qu’il n’est pas possible d’imposer ce marquage énergétique des produits. Si tel est le cas, que proposez-vous d’autre? Une obligation européenne? Un recours à l’initiative privée? Une campagne de la Fédération des consommatrices/teurs exigeant ce marquage? A mon avis, l’information « énergie » des produits est trop importante pour que ses partisans se contentent de prendre acte de l’avis négatif d’une commission.

  • Je suis assez d’accord avec mes préopinants. Je ne crois pas que l’étiquetage changera l’habitude des consommateurs en ce qui concerne le choix des produits.

    Par contre l’augmentation de la taxation des produits importés contre toute logique écologique, hors saison et provenant de pays qui peinent à nourrir leur propre populations. Une partie des taxes pourrait être attribué à l’aide au développement des pays d’origine et une autre partie pour nourrir ici les réfugiés de ces mêmes pays en situation illégale chez nous. Ceci jusqu’à ce que cesse ces absurdités.

    Je vous recommande de voir le film «we feed the world» édifiant!

  • M. Haury a bien compris mes propos. La Suisse participe presque intégralement au grand marché européen mais elle est restée à l’écart du processus de décision de Bruxelles. Elle a perdu la capacité de réglementer son marché de manière autonome. Il n’y a qu’une solution à cette impasse: l’adhésion à l’Union européenne. Dans l’intervalle, les petits coups de pouces des entreprises individuelles et des organisations de consommateurs sont les bienvenus.

Les commentaires sont fermés.

Accueil

Les auteur-e-s

Les articles

Les publications

Le Kiosque

A propos de DP