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La dernière fanfaronnade du tribun zurichois

Le soi-disant bilan de Blocher au DFJP

Monsieur Je-sais-tout, en prenant congé de son département de justice et police, a montré une fois de plus son incapacité à l’autocritique. A l’en croire, ses quatre années au sein du gouvernement ont été on ne peut plus fructueuses pour le pays et le collège exécutif. Sans mentionner bien  sûr que la plupart des dossiers menés à bien avaient été travaillés par la conseillère fédérale Ruth Metzler. Et que partout en Europe le nombre des demandeurs d’asile est à la baisse, un phénomène qui relève plus des conflits sur la planète que des politiques nationales.

Particulièrement fier de la réduction de 15% des dépenses de son ministère, alors que celles de la Confédération ont augmenté de 17% durant la législature, il a prétendu que si ses collègues avaient agi avec la même détermination, les dépenses de l’Etat central auraient diminué d’un tiers. Monsieur Je-suis-le meilleur joue habilement de la règle de trois, mais en violation des règles élémentaires de l’arithmétique. En additionnant des poires et des pommes et en divisant le tout par des prunes, on peut prouver n’importe quoi. Les activités des sept départements varient fortement. Au-delà des dépenses de fonctionnement au sens strict, certains ont la charge d’octroyer des subventions prévues par la loi. Les conseillers fédéraux ne sont donc pas libres de comprimer ces coûts qui relèvent de décisions du parlement. Cette réduction potentielle d’un tiers des dépenses de la Confédération, qui relèverait de la seule volonté des chefs de département, n’est donc qu’une fanfaronnade.

L’exemple des requêtes d’asile

Un complément du 03-01-2008

Christoph Blocher se vante d’avoir fait diminuer de 15% les dépenses de son département. Or le chef du département en charge de l’asile, domaine qui mobilise l’essentiel de ses ressources, n’est pour rien dans la diminution y relative. Simplement, il y avait au 1er janvier 2003, quand M. Blocher a pris ses fonctions, un peu plus de 89’000 personnes relevant de l’asile en Suisse. Elles étaient un peu moins de 64’000 quatre ans plus tard, soit une baisse de plus de 25’000 personnes, ou de 29% des effectifs.

L’asile est financièrement à charge de la Confédération, mais l’assistance est organisée (et partiellement financée) par les cantons, qui reçoivent des subventions de Berne, par personne et par nuitée. Les subventions ont donc diminué par simple effet mécanique, sans que les lois votées sous l’ère Blocher n’y soient pour rien: elles ne sont entrées en vigueur que le 1er janvier 2008.

On peut d’ailleurs se demander pourquoi la diminution de dépense n’est pas proportionnelle à celle du nombre de personnes… Parce que la Confédération a laissé les cantons fermer des structures d’accueil et redimensionner leurs dispositifs sans faire de même de son côté. Ainsi, les cantons font de moins en moins d’auditions, tâche que la Confédération s’était empressée de leur déléguer en partie en période d’afflux massif; et elle a doublé la durée de séjour dans les centres d’enregistrement afin d’éviter de les désaffecter, réduisant d’autant la durée de séjour dans les cantons… mais augmentant leurs problèmes: désormais, les demandeurs d’asile sont au régime propre aux centres d’enregistrement jusqu’à 60 jours. Les enfants n’y sont pas scolarisés, les familles y sont séparées, aucune mesure d’insertion n’est proposée et il n’y a pas d’assurance-maladie. Ce sont donc des personnes dont les difficultés liées à ce séjour s’ajoutent à celles relevant de la migration qui sont transférées dans les cantons.

Et les reports de charges vont se poursuivre par dizaine de millions en 2008, avec le transfert à l’aide d’urgence des déboutés et la suppression de toute aide pour les personnes au bénéfice d’une admission provisoire après 7 ans de séjour en Suisse, une éventuelle assistance étant alors à charge des cantons.

M. Blocher n’a eu que le mérite d’arriver au bon moment… et celui de transférer sur les cantons des sommes qu’il ne peut comptabiliser comme des économies.

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Discussion

  • Merci à vous pour cette belle leçon de calcul, mais permettez-moi d’ajouter, si mes sources sont bonnes, qu’il a quand même réussi à affaiblir le corps de police et donc l’ordre: cherchez à qui profite le crime. Toute sa campagne est basée sur l’insécurité!

    Si les corps de police pouvaient faire de la prévention à la place de courir «au feu», il y aurait moins d’incivilités, ce qui effectivement ne profiterait pas à la politique blochérienne!

    Non, décidemment, je ne crois pas en cette politique qui veut nous mener par le bout du nez… l’histoire a donné… passons en 2008 et à plus de sérieux: M. Blocher laissez nos conseillers fédéraux travailler en paix, y.c. ceux de l’UDC, même si je ne suis pas de ce parti, avec eux, je n’ai pas de problème. Vous avez échoué, il est temps de vous retirer… définitivement et dans votre retraite vous pourriez aussi emmener vos fidèles lieutenants…

    Que le calme et la paix règne enfin sur notre pays, avec son emblème à croix, qui n’a rien à voir avec une certaine croix… n’en déplaise à celui qui a utilisé ce symbole national pour son discours fallacieux lors du 1er août dernier en Valais!

  • Un humoriste suisse disait aux Dicodeurs: « la plupart des gens n’ont pas d’avis, ils n’ont que des émotions. » Comme cela est vrai. Il suffirait pourtant d’utiliser à bon escient son cerveau, de réfléchir à ce qui est dit, d’analyser les données pour comprendre immédiatement toute l’ineptie des discours de Blocher. La plupart d’entre eux ne survivent pas une analyse complète (et même souvent juste partielle!). Dommage que trop peu de gens prennent la peine de réfléchir, en fait, car il n’aurait dès lors plus aucun crédit. C’est comme le reportage fait sur Le Pen sur France 2, il y a quelques années déjà: quand on analyse discours, postures, attitudes, ce qu’il fait et ce qu’il dit, et qu’on met tout cela bout à bout, tout devient clair: nous n’avons affaire ici qu’à d’habiles manipulateurs, à de simples prestigiditateurs. Dangereux et malins, malheureusement.

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