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L’UDC rattrapée par les institutions, sa propre suffisance et l’âge du capitaine

Les superstratèges de l’UDC battus à leur propre jeu. Une défaite durable, encaissée faute de reconnaître l’intelligence des gens et des institutions

«Hannibal» l’avait amené. Darbellay l’a emmené. Il y a quatre ans, Christoph Blocher bénéficiait d’une opération stratégique sans précédent. Il vient de tomber par l’union de forces qu’il a tout simplement sous-estimées – comme il méprise tout ce qui lui résiste. Moi ou rien ni personne d’autre.

Il faut dire que les résultats du 21 octobre avaient de quoi rendre les dirigeants de l’UDC confiants dans la suite des opérations électorales. Certes, les seconds tours pour le Conseil des Etats, dans les cantons de Vaud, Saint-Gall et Zurich surtout, n’étaient pas rassurants. Mais pas de quoi augmenter la paranoïa habituelle, suffisamment nourrie par les soi-disant complots, ourdis en particulier par cette brave sous-commission Meier-Schatz. Pas de quoi non plus ébranler le moral d’un chef qui se croit investi d’une mission de salut national, ni ses lieutenants, tous persuadés d’avoir définitivement raison. Au point d’oublier des données aussi importantes que le mode d’élection, majoritaire et indirect, prévalant pour la désignation des membres de l’exécutif fédéral. Comme si les mêmes qui avaient su compter jusqu’à 246 il y a quatre ans avaient oublié leur arithmétique et croyaient les détracteurs de Blocher incapables de construire une majorité de grands électeurs en moins d’un jour.

Prétention fatale. Le président Ueli Maurer qui a eu, tout comme l’intermédiaire socialiste Andrea Hämmerle, deux brèves conversations téléphoniques avec Eveline Widmer-Schlumpf dans les heures précédant le vote, en a tiré des conclusions exactement inverses; le Zurichois a cru comprendre que la candidate involontaire refuserait son éventuelle élection alors que le Grison Hämmerle a estimé qu’elle oserait siéger au gouvernement sans l’appui de son groupe, de facto déjà refusé à Samuel Schmid.

De fait, l’UDC se trouve rattrapée par ce qu’elle a négligé, méprisé même, les institutions et les usages. Par les Chambres fédérales, dont les membres ont une fois de plus rappelé «qui commande dans ce pays» au moment d’élire l’exécutif, sans instruction. Tous les partis, PS en tête, savent ce que cela peut vouloir dire. Par les cantons ensuite, dont les sections UDC renâclent à l’alignement souhaité dans l’entourage de Christoph Blocher, parce qu’elles entretiennent un rapport différencié au pouvoir. Par ses propres outrances aussi et les menaces tous azimuts, proférées par MM. Maurer, un président qui renvoie les femmes au foyer et à l’autel, Mörgeli, un historien qui ne craint pas les contre-vérités ni les accusations les plus dures en politique, Freysinger, un écrivain qui s’exprime sans complexe avec une vulgarité haineuse et un inoxydable triomphalisme. Pour ne rien dire d’Ulrich Schlüer, dont l’initiative anti-minarets révulse jusque dans les rangs blochériens.

Ce qui aura sans doute le plus frappé, et choqué, reste la dimension nationale et personnalisée donnée à la campagne 2007. Même portrait, mêmes affiches, mêmes moutons d’Arbon à Genève et de Bâle à Chiasso. Comme si le peuple élisait le Conseil fédéral – thème de la prochaine initiative de l’UDC, promise à l’insuccès que son caractère unschweizerisch lui vaudra certainement.

Comment l’UDC va-t-elle organiser son propre sauvetage? Grâce aux millions de Christoph Blocher? Même si l’argent ne suffit pas, le financement des partis va faire l’objet d’une réglementation en Suisse aussi. Grâce à un parachutage du même Blocher à la faveur des élections cantonales du printemps prochain à Schwyz par exemple, voire à Saint-Gall ou en Thurgovie? Une opération d’un genre inédit en Suisse, où elle risque bien de mal passer, surtout au profit d’un personnage qui ferait son retour aux affaires à un âge où en principe on les a quittées. Grâce à l’apprentissage d’une politique variant selon les étages de l’Etat fédératif helvétique, de surcroît différenciée au niveau de la Confédération, avec opposition au seul Conseil fédéral mais participation critique aux travaux parlementaires? Difficilement praticable dans le quotidien politique, une telle «déconstruction sélective» serait encore plus difficile à expliquer et à coordonner.

Au total, la redistribution des cartes après le 12 décembre 2007 va se faire dans la douleur, et pas seulement à l’UDC. Car dans les autres formations aussi, l’année qui s’achève laissera des traces. Quant aux institutions, elles auront été passablement malmenées sans que s’annonce une véritable réforme du système, notamment pour l’élection du Conseil fédéral. Pour l’heure, la rage et la joie dominent, dans l’un et l’autre camp. L’heureuse surprise une fois dégustée, les gagnants du 12 décembre auront la responsabilité de transformer l’essai et de reconstruire une véritable concordance, avec mise en œuvre d’un programme commun comprenant des réponses acceptables aux principaux défis du proche avenir.

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