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L’UDC contre l’Europe: rien de bien nouveau

Un tour d’horizon des dossiers en suspens

icone auteur icone calendrier 16 décembre 2007 icone PDF DP 

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On pourrait craindre que l’entrée dans l’opposition du parti anti-européen perturbe sévèrement la conduite des relations avec Bruxelles. Et la liste des affaires en cours ne cesse de s’allonger. Mais la capacité de nuisance de la nouvelle opposition ne doit pas être surestimée. Pour les sept objets déjà inscrits à l’agenda de la législature, les oppositions d’intérêts l’emportent le plus souvent  sur les positions idéologiques. Le débat européen ne peut donc se résumer à une simple opposition entre l’UDC et les autres partis. Tentons un inventaire des enjeux en commençant par le plus important.

La libre circulation des personnes pourra être remise question par un vote populaire en 2009, à l’issue de la période probatoire de sept ans prévue par les accords avec Bruxelles. Un vote référendaire négatif compromettrait tout l’édifice des bilatérales. Désormais entièrement libre de ses mouvements, l’UDC  pourrait user de cette arme de destruction massive. Mais la situation politique ne sera guère différente de celle qui existait lors de l’acceptation des précédents votes sur ce sujet. Lorsque l’UDC ne faisait pas officiellement campagne, son clone, l’ASIN prenait la relève. Et pas plus demain qu’hier, l’aile économique du parti blochérien ne saurait se rallier à une opération potentiellement suicidaire.

Par ailleurs, sur un enjeu d’une telle importance, les électeurs ne se contenteront pas d’écouter les slogans de l’opposition. Les salariés voteront en fonction de leur fiche de paie. Ils pourraient dire non si, en raison de la libre circulation des travailleurs, les salaires restent durablement à la traîne. Il semble bien que ce ne soit pas le cas.  Selon une étude publiée par La vie économique (12/2007)  l’évolution des salaires nominaux est étroitement lié à l’équilibre du marché du travail, dépendant lui-même de l’évolution conjoncturelle. L’entrée en vigueur de l’accord avec Bruxelles a provisoirement modifié la donne. Dans la perspective de puiser abondamment  dans la main-d’oeuvre européenne, les entreprises suisses ont freiné les améliorations salariales. Mais elles avaient surestimé cette ressource étrangère et corrigent aujourd’hui le tir. Les salaires sont  à la hausse. Le résultat d’un vote référendaire sur la  reconduction de l’accord dépendra bien plus de la bonne conjoncture et de la politique salariale que de la vigueur d’une opposition de l’UDC. La société suisse des entrepreneurs  devrait  en prendre conscience et accepter de signer une nouvelle convention collective. On peut faire une analyse analogue à propos de l’extension de l’accord à la Roumanie et la Bulgarie. Si l’Europe parvient à contraindre la Roumanie à améliorer le traitement de sa minorité, la flambée d‘hostilité contre les Roms en Italie ou à Genève se calmera et la propagande de l’opposition  perdra en efficacité mobilisatrice.

Les autres objets échappent très largement à l’influence des anti-européens patentés. L’accord Media n’a pas eu besoin des blochériens pour être renvoyé au gouvernement La mise en œuvre des accords de Schengen nécessite une modeste révision législative. Pour  refouler immédiatement les étrangers en situation irrégulière, il faudra remplir un formulaire standard aux normes européennes. Impossible de mobiliser une opposition référendaire avec de tels détails. La négociation sur le marché de l’électricité (DP 1759) vise essentiellement à défendre les intérêts des grandes compagnies suisses. Dans le conflit fiscal, on voit mal ce qui sépare la position apparemment unanime du gouvernement de celle de l’UDC. La conclusion d’un accord de libre échange agricole avec Bruxelles est incertaine (DP 1748). Mais elle dépend plus de la libéralisation envisagée dans le cadre de l’OMC que de l’opposition des anti-européens. Les paysans qui  tentent pour l’heure de bloquer le dossier comptent évidemment sur l’appui de l’UDC. Mais que fera en définitive Christoph Blocher qui s’est ouvertement prononcé dans un discours à l’OLMA contre le protectionnisme agricole?

En définitive, l’avenir des relations avec Bruxelles se jouera  sur des données économiques et marginalement sur la détermination d’une opposition qui n’est pas si nouvelle qu’elle le prétend.

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Discussion

  • Mercipour votre analyse de la situation. Elle est la bienvenue pour des personnes qui pourraient encore douter.

    L’UDC a fait un tel « tabac » (sous-entendu du battage populiste) que je ressens fortement la peur infondée chez des personnes qui me sont proches… familles, amis, relations de travail.

    Pour moi, gouverner par la peur n’est pas une solution à long terme. Restons «zen», c’est non seulement un terme à la mode… mais c’est aussi un mode de pensée, il n’y a pas péril en la demeure, seulement quelques braises chaudes dans nos foyers qui sont à surveiller.

    Confiance pour la suite…

  • Désolé, ma 1er réaction est partie sans être finie… pas erreur !

    Comme vous l’analysez justement, c’est certainement cette force de M. Blocher –non-imputable à l’UDC – de « forcer le mot » pour en faire une politique.

    Et ce que je considère de plus grave, c’est le fait d’avoir pu, par les mots, instaurer la « peur » de tout en nos concitoyens et en même temps avoir réussi à mettre la police dans une situation de ne plus pouvoir bien faire son travail de prévention et de devoir agir dans l’urgence, faute d’effectif. Cherchez l’erreur !

    Qui plus est quand on est ministre de ce dicastère…

    A qui profite le crime ? Toujours au même, il critique la délinquance, ce qui lui permet de se faire des voix, mais il ne donne pas la possibilité de faire que cette délinquance soit jugulée !

    Vraiment, c’est n’importe quoi et pas digne d’une autorité…donc on revient au 12 décembre… pas d’étonnement, sauf pour celui qui ne peut accepter des contradictions notoires, pour les autres ce n’est que normal !

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