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EWS, notre amour

Comme avant elle Ruth Dreifuss, Eveline Widmer-Schlumpf suscite les espoirs les plus fous

icone auteur icone calendrier 14 décembre 2007 icone PDF DP 

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Dans Le choc amoureux, Francesco Alberoni définit celui-ci comme « l’état naissant d’un mouvement social à deux ». C’est la Libération, Mai 68, la chute du Mur en privé. Un état de grâce pendant lequel tout est possible, des perceptions extra-sensorielles se développent (ou, comme dit joliment l’anglais, tous vos sens prennent congé), l’excitation fait disparaître la fatigue et relègue la vie quotidienne à l’arrière-plan: le passé est oublié, l’avenir s’annonce radieux. On a une démonstration du parallèle avec la ferveur avec laquelle est accueillie la tombeuse de Christoph Blocher, Eveline Widmer-Schlumpf. Le phénomène s’était déjà produit lors du précédent psychodrame gouvernemental: c’était alors Ruth Dreifuss qui était apparue miraculeusement après l’éviction de la candidate du PS, Christiane Brunner, et le retrait dramatique de l’élu, Francis Matthey.

Dans les deux cas, voici une femme investie de la mission de sauver le pays (dans le sens de guérir; on attend de l’homme providentiel qu’il porte, lui, le fer où ça fait mal). Hors de leur milieu et de leurs proches, nul ne les connaissait la veille. Et pourtant, mystérieurement, des milliers de gens de toute provenance, de tous âges et de tous milieux s’en sentent instantanément proches, leur vouent une confiance non pas tant aveugle que béate, et ont au fond le sentiment de les avoir toujours connues: le coup de foudre! Et n’était-elle pas sympathique, franche et directe, Eveline, dans cette brève séquence sur un quai de gare à Zurich?

Jeudi matin à la télévision, il fallait voir les verts, les socialistes jusqu’aux moins acquis à la participation au gouvernement dévorer des yeux leur élue, applaudir à tout rompre comme jamais un politicien UDC! Les électeurs de droite de Ruth Dreifuss ont rapidement retrouvé le chemin de la confrontation démocratique, la gauche découvrira bien assez tôt que la plus folle passion peut aussi mûrir en mariage de raison (synonyme: concordance). En attendant, ça stimule la sécrétion d’endomorphines!

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Discussion

  • La comparaison vaut ce qu’elle vaut : en 2002, lors des élections présidentielles, les Français ont du choisir entre Le Pen et Chirac au second tour. On s’est compris…

    Le 12 décembre, les 125 parlementaires, courageux pour les uns, résolus et déterminés pour les autres, ont éjecté le « mouton noir », malgré les menaces et le chantage de l’UDC blochérienne, après quatre longues années de blocage politique au Conseil fédéral.

    Les radicaux ont laissé faire le « sale » boulot aux autres, mais dès le résultat de l’élection connu, leur président Fulvio Pelli s’empressaitde déclarer avec le sourire à la TSR que « l’UDC ne devait s’en prendre qu’à elle-même vu le comportement et les provocations de ce parti… » ! Ouf !

  • Délicieuse comparaison. C’est bien ça, continuez M François Brutsch. Il nous faudrait plus d’Alberoni en politique. L’UDC a deux « L » comme Talleyrand, il faudra les soumettre au teste de Rorschach. Eveline saura-t-elle disséquer cette schizonévrose ? Pour ça elle a le soutien de toute la Suisse et d’une partie de l’UDC. C’est le moment d’agir. Battons le fer pendant qu’il est chaud.

  • Franchement on peut s’étonner que des gens de gauche s’enthousiasment autant pour une femme, peut-être très sympa, qui a le même programme à 95% que l’homme fort évincé.

    L’inconvénient c’est que le fauve désormais est lâché dans la nature et va causer encore beaucoup plus de dégâts dans les rangs de l’électorat socialiste qu’il ne le pouvait en étant au Conseil fédéral.

    J’ai explicité tous les avantages que je vois, pour l’UDC, à son passage dans l’opposition, dans un petit texte intitulé « du beau travail! » en réponse à l’article « L’UDC s’emploie à détourner le sens des mots »de M. Jean-Daniel Delley sur ce forum.

    Chacun son avis, mais je me demande si ce n’était pas une réaction infantile de pousser de tels cris de joie juste parce que l’épouvantail idéal de la gauche a été remplacé par une illustre inconnue un peu « moins pire » que lui.

    Ceux qui ont ainsi triomphé comme des gamins ayant obtenu le renvoi d’un prof, pourraient avoir des déconvenues à l’avenir.

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