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Prochaine législature: concordance en miettes et navigation à vue

Si Blocher est réélu, les socialistes peuvent-ils rester au Conseil fédéral? Mais peuvent-ils le quitter?

La messe est dite. Les conseillers fédéraux sortants seront reconduits pour quatre ans. Et si ce n’était pas le cas, seul le hasard en serait la cause. En effet, c’est officiel, le PDC renonce à reconquérir maintenant son deuxième siège à l’exécutif. Il ne veut pas se prêter à une clarification de la concordance au détriment de Blocher. Il ne veut pas davantage s’en prendre à Couchepin, préférant attendre un départ en cours de législature pour tenter sa chance: le président de son groupe parlementaire, Urs Schwaller, l’a clairement indiqué. Quant aux socialistes, ils ont longtemps navigué à vue tout au long de la campagne électorale – prenant pour cible tout à tour Christoph Blocher, Pascal Couchepin et Hans-Rudolf Merz – sans jamais proposer une stratégie cohérente. L’incohérence n’est d’ailleurs pas un monopole de la gauche. Lors de leur dernière rencontre, les partis gouvernementaux se sont montrés impuissants à définir des priorités pour la législature à venir, et encore moins des esquisses de solutions de compromis sur les dossiers les plus importants (DP 1756). Dès lors chaque formation fait profil bas, dans l’espoir que ses poulains passent l’obstacle du 12 décembre prochain, même si c’est avec un résultat peu glorieux.

Nombre de commentateurs politiques, suivant en cela l’exemple de l’UDC, réduisent la concordance à une simple formule arithmétique, comme si le gouvernement ne devait être que le modèle réduit du parlement. Cette caricature de concordance, sans contenu, ne suffit pas à faire vivre les institutions. A quoi bon un Conseil fédéral proportionnalisé, s’il n’est pas capable de proposer des projets susceptibles de séduire de solides majorités parlementaires et populaires? Si le collège fait régulièrement la preuve de son absence de collégialité, préoccupés que sont ses membres d’abord de leur image médiatique et de leurs propres dossiers?

L’UDC et son chef de file ne se reconnaissent pas dans la concordance, celle qui présuppose la volonté commune d’aboutir par la recherche patiente et tenace de compromis. Bien au contraire, parce qu’ils construisent leur succès sur un sentiment diffus d’insécurité, ils ne trouvent d’intérêt qu’à la confrontation systématique et à l’échec à régler les problèmes pour mieux stigmatiser l’incompétence de leurs adversaires.

Dans ces conditions, les socialistes peuvent-ils encore justifier leur présence au sein de l’exécutif? Au cours des dernières décennies, le parti socialiste a flirté avec l’idée de se retirer de l’exécutif sous des prétextes peu convaincants. Aujourd’hui la situation impose d’examiner très sérieusement la question. Tant que radicaux et démocrates-chrétiens persisteront à croire que l’UDC fait partie de la famille bourgeoise (DP 1758) et ne se distancieront pas d’une formation qui les méprise et se moque de la concordance, quel avantage la gauche démocratique peut-elle tirer d’une responsabilité gouvernementale partagée? La concordance n’est ni une vertu abstraite ni un but en soi, mais la condition indispensable au fonctionnement des institutions helvétiques. Quand les règles du jeu ne sont pas respectées, y a-t-il encore des raisons de participer à une parodie de collégialité?

Certes diriger un département confère une certaine marge de manoeuvre dans la conception et la mise en œuvre des politiques de ce département. Les ambitions déclarées de Christoph Blocher de reprendre les dicastères poids lourds de Moritz Leuenberger ou de Pascal Couchepin en témoignent. Alors, rester pour résister?

Pour l’heure le flottement programmatique du PSS, les difficultés qu’il manifeste à innover dans la traduction concrète de ses valeurs de solidarité et de justice sociale ne militent guère en faveur d’un retrait du Conseil fédéral. Quitter le gouvernement impliquerait de la part des socialistes un projet clair et lisible, susceptible de répondre efficacement aux inquiétudes dont se nourrit l’UDC et de les renforcer substantiellement à la prochaine échéance électorale.

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Discussion

  • « La messe est dite » affirmez-vous quant à l’élection de Christoph Blocher le 12 décembre. Vraiment ? Vous semblez bien résigné et défait…

    Or, la politique c’est au contraire le combat permanent et le combat n’a pas encore été livré. En effet, le PDC n’a pas encore pris formellement sa décision quant à sa volonté de présenter ou non un candidat contre Blocher, donc les jeux ne sont pas faits en l’état.

    Alors, attendons.
    D’ailleurs, Andreas Gross, conseiller national socialiste zurichois, est d’un tout autre avis que vous sur cette question : voyez sa prise de position exprimée aussi dans Domaine Public.

    Bien à vous.

  • La seule « concordance » qui existe dans le système actuel est celle de la peur, du culte de l’ego des conseillers fédéraux et de l’intérêt que chacun de ceux-ci porte à ses propres souteneurs (le terme est-il juste?). Et, sans que cela l’excuse de s’y livrer, M. Blocher n’est de loin pas le seul inventeur ou pratiquantde cette juxtaposition de défauts personnels.

    C’est donc tout sauf de la concordance, ce terme signifiant, étymologiquement, « avancement vers un but d’un même coeur ». Le CF est vraiment loin du cœur et il foule aux pieds le préambule de la constitution fédérale.Ne devrait-on pas cesser d’utiliser le mot trompeur qu’est « concordance » lorsque l’on parle de cette juxtaposition? Complicité serait déjà moins hypocrite…

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