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Non, l’UDC n’est pas un parti bourgeois

Un rappel historique qui réserve des surprises

«Celles et ceux qui ne m’ont pas apporté leur soutien n’ont plus le droit de se prétendre des électeurs bourgeois». C’est ainsi que Ueli Maurer, président en partance de l’UDC suisse, a stigmatisé les radicaux et les démocrates-chrétiens qui lui ont préféré la verte libérale Verena Diener et ont contribué, dimanche dernier, à son cuisant échec dans la conquête d’un siège zurichois au Conseil des Etats.

Après avoir monopolisé le sentiment patriotique, l’UDC prétend maintenant détenir la propriété intellectuelle de l’étiquette bourgeoise et désigner celles et ceux qui peuvent s’en prévaloir. Dans un remarquable rappel historique de l’émergence et du développement des valeurs bourgeoises en Suisse publié par Das Magazin, le sociologue Kurt Imhof montre que rien dans l’action et le programme de ce parti ne correspond à ces valeurs. Partout ailleurs en Europe, des formations politiques de ce type sont perçues et se perçoivent comme des partis populistes de droite ou conservateurs nationalistes. Cet abus de langage tient à une vision dépassée du paysage politique suisse, celle qui a prévalu jusque dans les années 80 du siècle passé – un bloc bourgeois opposé à la gauche –, mais qui ne rend plus compte de la situation actuelle.

Le camp politique bourgeois helvétique prend forme au 19ème siècle. Il se réfère à l’esprit des Lumières – croyance en la force de la raison et de l’argumentation –, valorise l’éthique du travail hérité du protestantisme et cultive un patriotisme républicain en opposition aux ultramontains catholiques. La construction d’une nation, tel est l’objectif premier de ces bourgeois. Ce sont eux qui créent l’Etat suisse. Non pas un Etat minimal sur le modèle du libéralisme manchestérien, mais un Etat fort: une armée de milice, l’école pour tous et des institutions universitaires, une poste efficace, des moyens de communication développés, un approvisionnement énergétique moderne, une justice indépendante, des institutions culturelles. Une économie de marché certes, mais qui laisse place à l’intervention de l’Etat lorsque c’est nécessaire.

Qui aujourd’hui défend encore ces valeurs? Les radicaux les premiers ont quitté le bateau bourgeois dans les années 1980, sous l’impulsion de leur aile zurichoise, en proclamant «moins d’Etat, plus de liberté». Depuis ils naviguent à vue, privés qu’ils sont des repères qui ont fait leur force. L’UDC ne tarde pas à prendre la tête d’une croisade anti-bourgeoise qui mise sur les craintes que suscite l’instabilité de l’ordre mondial après la chute du Mur. Son patriotisme proclamé ne doit pas faire illusion: son anti-étatisme, son rejet de l’étranger et des étrangers, du droit international comme des réformes sociales, ses choix fiscaux marqués au sceau de l’inéquité, son aversion pour la culture, sa déconsidération systématique des élites politiques comme son culte de la personnalité bafouent toutes les valeurs de la bourgeoisie.

En conclusion, Kurt Imhof souligne un paradoxe. L’histoire de la Suisse moderne, c’est l’histoire d’une progressive assimilation des adversaires de la culture bourgeoise. D’abord les conservateurs-catholiques, ennemis de l’Etat radical, puis les socialistes, traîtres à la patrie pour cause d’internationalisme. La Suisse s’est «bourgeoisisée», mais aujourd’hui, c’est chez ces adversaires de jadis qu’il faut chercher les traces des idéaux bourgeois: la recherche de l’équilibre, de la mesure et une politique de la famille chez les démocrates-chrétiens; les réformes sociales, l’équité fiscale, le primat du droit international et le respect de l’Etat de droit chez les socialistes. Les Verts eux-mêmes prônent une Suisse écologique dans le respect des droits fondamentaux.

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Discussion

  • 1
    Amédée 81 says:
  • 2
    Rolin Wavre says:

    D’accord avec votre article. Cela alimente une réflexion en cours: le terme « bourgeois » est-il encore compréhensible en dehors de son sens historique?

    Du point de vue électoral, il ne me semble plus pertinent pour la grande majorité, voire contre productif. Selon une certaine imagerie de gauche, le bourgeois est privilégié, retranché, vaguement égoiste et en tout cas connoté « du passé ». Pour la droite, il est le contraire de l’imaginatif et de l’entrepreneur. Il me semble donc que le terme à toutes les chances de susciter des sentiments négatifs dans toutes les couches de la population. J’ai beaucoup de mal à comprendre pourquoi les partis du centre droit continuent à se ranger sous l’étiquette de « partis bourgeois ».

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