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L’eurotabou, version 2007

Après le point de vue de Luc Vodoz (DP 1754), une autre analyse de la place de l’Europe dans le paysage politique suisse

Les dirigeants économiques et politiques mettent les europhiles en quarantaine. Totalement absente de la campagne électorale, la question européenne est le nouveau tabou helvétique.

Joseph Deiss récidive. En quittant le Conseil fédéral, il affirmait que l’adhésion à l’Union européenne était inéluctable. Aujourd’hui il déplore, au micro de la RSR,  que la question européenne soit évacuée du débat politique. Moins visibles, mais tout aussi convaincus, nombre d’anciens diplomates suisses apportent leur savoir et leur soutien au Nouveau mouvement européen (nomes), partisan déclaré de l’adhésion à l’Union. Ces personnalités ont leur carrière derrière elles. Elles peuvent prendre le risque d’être europhiles. Il en va tout autrement  chez les politiciens qui pensent à leur réélection. L’eurotabou règne aujourd’hui en maître sur la scène politique helvétique.

Les choses ont profondément changé en une quinzaine d’années. En 1990, après la chute du mur de Berlin, les pays neutres se précipitaient vers Bruxelles. L’Europe, ses bras ouverts aux pays opprimés par le régime soviétique, était un projet de société, fait de paix et de prospérité. L’enthousiasme est retombé. Oublié l‘accueil des frères de l’est. La concurrence du plombier polonais occupe désormais le devant de la scène. En Suisse, après le rejet de l’EEE, le monde économique et ses relais politiques naturels ont tenté et réussi l’alternative des bilatérales. L’accès au marché n’est pas intégral. Mais les lobbies qui comptent, ceux de la banques et de l’industrie pharmaceutique, ont pu  conserver des privilèges. Se distancer du bilatéralisme est donc devenu une faute. Les patrons personnellement favorables à l’adhésion doivent se taire. L’eurotabou  va plus loin encore. Par crainte de représailles commerciales, un chef d’entreprise doit s’interdire  tout contact, ne serait-ce que pour un débat, avec les europhiles du nomes.

La situation n’est guère différente dans le monde politique. Hypnotisés par le succès de l’UDC, les grands partis et leurs élus s’efforcent de faire oublier leurs anciennes convictions européennes. Le PS a certes publié l’an passé un plaidoyer en faveur de l’adhésion. Mais ce n’est qu’un épais dossier rangé dans un tiroir. Il n’en est rien resté dans la campagne électorale. L’UDC a imposé sa politique. Tous les partis ont jeté l’Europe aux oubliettes. Le retrait de la demande d’adhésion ne fait même plus recette. Les nationalistes peuvent maintenant utiliser des objets électoralement plus porteurs.

Bien sûr l’Europe réapparaîtra immédiatement lorsqu’il s’agira pour la Suisse de  s’adapter à l’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie. La campagne a d’ailleurs déjà commencé avec la traque aux mendiants roumains. Lorsque l’objet sera présenté aux électeurs, les millions de l’économie voleront au secours des bilatérales. Les europhiles redeviendront, pour un temps, présentables.  Le temps, pour eux, de montrer que l’Europe est une grande cause politique et non pas une pure affaire économique. Mais après le scrutin, l’eurotabou reprendra tous ses droits.

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Discussion

  • Concernant les AVANTAGES ET LES DÉSAVANTAGES de notre possible adhésion à l’Union européenne, j’aimerais donner ces quelques informations, tirées du rapport de la Commission de politique extérieure du Conseil des États sur les options de la politique d’intégration de la Suisse du 18 mars 2002, (Feuille fédérale 2002, p 5890/5891) et qui me semblent assez intéressantes.

    Ce rapport prévoyait à l’époque, en cas d’adhésion à l’UE, les désavantages suivants:

    1. Perte de souveraineté et redéfinition de la neutralité.

    2. Refonte du système politique suisse (démocratie directe, fédéralisme, direction de l’État, politique économique extérieure).

    3. Limitation de la démocratie directe.

    4. Nouvelle répartition des compétences Confédération/cantons.

    5. Augmentation (minimale) de la TVA à 15%.

    6. Contribution de quatre milliards par an.

    7. Perte d’avantages compétitifs dont nous jouissons en raison de notre politique économique indépendante.

    8. Impossibilité de faire des traités bilatéraux spéciaux (p.ex. normes environnementales plus sévères pour les transports terrestres).

    9. Arrêt d’une politique monétaire et économique indépendante et augmentation des taux d’intérêts.

    Il prévoyait par contre les avantages suivants:

    1. Rejoindre une communauté incarnant des valeurs dont nous sommes proches.

    2. Participer à la politique communautaire tout en sauvegardant nos intérêts grâce au principe de l’unanimité.

    3. Possibilité à long terme de compenser des inconvénients par des avantages économiques.

    4. Pas de remise en cause de la neutralité.

    5. Possibilité d’influencer l’UE grâce à notre expérience du fédéralisme et de la démocratie directe.

    Depuis, il y a plus de pays «pauvres» dans l’UE, le principe de l’unanimité est en train de tomber, et la Commission européenne a décidé en 2003 d’unir notamment à l’UE toute l’Afrique du Nord dans une zone de libre échange au sein de laquelle tous les citoyens pourraient se déplacer librement… Pèse le pour, le contre… et fais ton choix camarade!

  • Où est la démocratie dans l’UE? La notion même de « citoyen » européen reste une Arlésienne. Un citoyen, en principe, devrait pouvoir être associé aux décisions qui le concernent, comme il est de règle en Suisse grâce aux droits de référendum et d’initiative. Rien de cela dans l’UE, ou si peu. Le « citoyen » européen n’est consulté que pour élire ses représentants au parlement européen, une fois tous les 6 ans! Pour le reste, il regarde et subit: toutes les décisions qui le concernent sont prises par ses »représentants », nantis d’un chèque en blanc valable le temps de cette longue législature! Aucune possibilité, donc, de « corriger »des décisions prises à Bruxelles ou Strasbourg. Le peuple souverain n’est que très rarement appelé à donner son avis. N’est-il pas paradoxal qu’aucun citoyen de l’UE n’ait pu se prononcer, par exemple, sur les accords de Schengen, le seul souverain populaire consulté à ce sujet étant… le peuple suisse?! Comment donc s’étonner qu’au sein de l’UE ça râle de partout, des pêcheurs bretons aux plombiers allemands? Une Europe aussi éloignée de ses citoyens ne mérite pas le nom de démocratie. C’est au mieux un outil économique plus ou moins bien utilisé pour faire poids dans le commerce mondialisé. Sur le plan politique, l’UE est un nain de jardin.

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