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Pour une gauche crédible et efficace

Les socialistes peuvent et doivent se ressaisir

icone auteur icone calendrier 27 octobre 2007 icone PDF DP 

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Pour un parti qui ambitionnait de ravir à l’UDC la première place sur l’échiquier politique suisse, le réveil est douloureux. Après la sévère défaite de dimanche dernier, les socialistes s’interrogent: qu’avons-nous fait faux pour obtenir de si mauvais résultats? Déficit d’image et lacunes dans la communication? Manque de moyens financiers pour faire face à la déferlante publicitaire des conservateurs nationalistes? Faiblesse de l’organisation et présence insuffisante sur le terrain? Chacun de ces facteurs a pu jouer un rôle, qu’il est d’ailleurs difficile d’évaluer.

Les socialistes helvétiques ne sont pas seuls en difficulté. C’est la social-démocratie européenne tout entière qui est en crise, après avoir dominé le paysage politique du continent à la fin du siècle passé. Dans un contexte de mondialisation et un climat social marqué par l’inquiétude quant à l’avenir, son message ne passe plus. Alors que les socialistes ont trop longtemps minimisé voire ignoré ces peurs diffuses – immigration, incivilités, violences notamment – des leaders populistes ont su les instrumentaliser à leur profit.

En Suisse, le conflit latent entre traditionalistes et modernistes va sans doute s’exacerber. Déjà les socialistes romands, forts de leurs moindres pertes, reprochent à leurs camarades alémaniques de ne s’intéresser qu’à un électorat urbain et branché. Retour donc à l’électorat salarié et priorité aux thèmes sociaux et économiques, conseille le syndicaliste fribourgeois Christian Levrat. Certains même n’hésitent pas à prôner un coup de barre à gauche que devrait traduire un programme plus radical. A quoi la Bernoise Simonetta Sommaruga, brillamment réélue au Conseil des Etats, rétorque qu’il ne faut pas oublier les consommateurs et les thèmes de société – écologie, violence. Et surtout ne pas craindre de collaborer à des solutions de compromis avec les forces réformistes des partis bourgeois.

Les termes du débat sont mal posés. Il y a longtemps que le parti socialiste n’est plus le représentant d’une classe ouvrière qu’il serait bien difficile de définir aujourd’hui. Parti populaire, il a vocation de s’adresser à un large éventail de la population. Les salariés, qui sont aussi des consommateurs, constituent d’ailleurs l’écrasante majorité des actifs. Et pourquoi se limiter aux salariés et ne pas prendre en considération le monde de l’entreprise? La socialiste bâloise Anita Fetz, elle-même à la tête d’une petite entreprise de services, regrette le silence de la gauche à propos des PME, cette source d’innovation et d’emplois.

Les idéaux de justice sociale, de solidarité et d’égalité n’ont rien perdu de leur actualité. Encore faut-il les traduire de manière concrète et crédible. En matière sociale, par exemple, il ne suffit pas de prôner la résistance et la défense des acquis. L’antienne rabâchée du «démantèlement des prestations» ne porte plus, car si elle disait vrai, il ne resterait plus pierre sur pierre de la politique sociale. Sur l’âge de la retraite, le dossier de la flexibilité est ouvert. Que la gauche s’y engouffre plutôt que de s’accrocher à une baisse générale de la limite d’âge, contraire à la réalité démographique.

Sur la fiscalité, la demande va vers une simplification de l’imposition. La gauche doit prendre l’initiative en proposant la suppression des déductions, qui  profitent d’abord aux revenus élevés. Avec la fin des déductions, l’Etat économiserait en coûts de fonctionnement et la masse imposable augmenterait, ce qui permettrait une baisse des impôts.

Sur le fonctionnement de l’administration, les socialistes, en soutenant sans complexe une modernisation de la gestion publique, offriraient une résistance crédible aux économies linéaires et aveugles prônées par l’UDC. A condition de se démarquer clairement des profiteurs du fromage étatique, présents jusque dans ses rangs, ainsi que l’a révélé l’épisode peu glorieux des Services industriels genevois.

L’UDC a créé quelque 600 nouvelles sections au cours de la dernière décennie. Pendant que le PSS s’épuisait à lancer des initiatives populaires mal pensées et condamnées à l’échec, quand elle ne faisait pas l’appoint de mouvements sociaux trop souvent marginaux. La gauche doit maintenant repenser l’investissement de ses énergies.

Enfin la crédibilité des socialistes passe par sa capacité à participer à des majorités constructives. Le programme vise à situer le parti aux yeux des électeurs. Mais en Suisse, la concordance constitue une contrainte systémique et le compromis n’équivaut pas à un parjure. L’électeur, l’électrice demande des solutions, pas la pureté d’une ligne qui ne conduit qu’à l’échec.

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Discussion

  • On ne saurait mieux dire que ne le fait J.-D.D. Mais tout n’est pas si catastrophique: le renvoi chez eux des moins crédibles représentants de l’extrême-gauche contribue aussi à rendre la « gauche » plus crédible. La réélection, dans mon canton, de Simonetta Sommaruga, porte-parole des consommateurs, de Margret Kiener, porte-parole des locataires, de Hans Stöckli, porte-parole comme le vert Daniel Brélaz des exécutifs des villes, est un gage de crédibilité.

    Le PS a (aurait eu) des propositions crédibles, dans son programme qu’il a « oublié » de rendre public: en matière de sécurité sociale, de politique économique et fiscale ou – mieux que l’UDC- en matière d’intégration des immigrés. Si les dirigeants du PSS et les ténors du groupe parlementaire à Berne étaient un peu moins coupés du peuple, ils auraient senti qu’il fallait parler de ces problèmes en termes concrets et qu’ils auraient été compris. Ce sera donc pour demain, si ne se creuse maintenant comme ailleurs en Europe une stérile confrontation entre bobos (réalos) et ouvriéristes (fondamentalistes).

  • 2
    Luc Recordon says:

    Au Conseil national les rouges-roses-verts perdent dans leur ensemble quatre sièges, mais le maintien des neuf sièges au Conseil des États leur est d’ores et déjà acquis. À l’issue des 2e tours, ils pourraient au mieux en gagner encore quatre à cinq (selon comment l’on situe Verena Diener). Cela ne relativise que la défaite socialiste, non la nécessité d’un aggiornamento, mais lequel?

  • 3
    R. Lecoultre says:

    Merci de cette brève et compréhensible analyse. Parviendra-t-elle aux grands penseurs et stratégistes du PSS et sauront-ils en tenir compte ?

Les commentaires sont fermés.