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Observations par-dessus la Sarine, pêle-mêle et à chaud

Une Suisse unifiée par le marketing politique où interagissent les échelles de la personnalité, du supracantonalisme et de la mondialisation

L’UDC avait un objectif, dûment quantifié: obtenir 100’000 électeurs supplémentaires par rapport à 2003. Objectif largement obtenu, avec un passage d’environ 561’000 à quelque 689’000. Augmentation de 128’000 électeurs, imputable principalement à l’augmentation du nombre des inscrits et du taux de participation et, pour près de la moitié, à l’accroissement de la force du parti. La démographie et la participation ont donc bel et bien roulé pour l’UDC (DP 1750). Dès les premiers résultats connus, le président Ueli Maurer martèle «l’urgente nécessité de faire avancer la Suisse» et annonce le tarif pour le 12 décembre: les trois conseillers fédéraux les plus anciens, mais non les plus âgés, laissent leur place à trois nouveaux. Moritz Leuenberger (élu en 1995), Pascal Couchepin (1998) et Samuel Schmid (2001). Du coup, l’UDC se débarrasse de son «demi-ministre» et Christoph Blocher peut choisir le département qu’il veut reprendre (le DFI, éventuellement le DETEC), étant entendu que Micheline Calmy-Rey, seule plus ancienne que lui, souhaite rester aux affaires étrangères. Ainsi se poursuivrait la marche vers le pouvoir d’un homme qui ne peut se contenter d’être occasionnellement primus inter pares.

De bout en bout de la campagne, l’Union dite du Centre a montré que ses stratèges n’étaient jamais à bout d’arguments ni de culot; ils savent (ré)agir vite, en virtuoses de l’opportunisme et du marketing politiques réunis. Leur adéquation aura coûté une fortune à l’UDC – en termes de palettes d’affiches et de tracts retenus juste avant distribution – mais lui aura donné l’image d’une efficace mobilité dans la campagne. Exemple: ces derniers jours, à l’adresse de la presse étrangère accusant Blocher & Cie de gâcher l’image d’une Suisse propre en ordre, l’UDC a mis en ligne sur son site Internet divers textes d’instruction civique et de propagande politique en italien (par ailleurs oublié comme langue nationale), en espagnol ainsi qu’en anglais. C’est ainsi que la fameuse initiative pour le renvoi des étrangers criminels devient «the popular initiative for the deportation of criminal foreigners». Comme disent MM. Robert et Collins senior, le terme anglophone de deportation correspond à expulsion en langage contemporain, et non plus au sens «historique» des années les plus sombres du siècle dernier.

Plutôt dure à vivre pour une formation qui s’était annoncée comme le futur principal parti de Suisse, la plongée du parti socialiste suisse au-dessous de la barre des 20% des suffrages ne s’était plus produite depuis un demi-siècle, sauf aux élections de 1987 et 1991 (respectivement 18.4% et 18.5%). A l’époque, le groupe réunissait 41 membres du Conseil national – tandis que les député-e-s au Conseil des Etats se comptaient encore sur les doigts de la main, contre neuf dès 2003 et probablement autant dans la législature à venir. De quoi relativiser, sinon se consoler. De quoi aussi comprendre la nécessité – et la possibilité – de travailler plus durement, sur le fond politique parce que sur le plan de la forme et de la mise en scène, le leadership est ailleurs…

Parmi les socialistes non réélus en Suisse alémanique, deux départs particulièrement regrettables: la zurichoise Vreni Müller-Hemmi, sans doute la parlementaire la plus engagée en matière de politique culturelle, quitte le Conseil national au moment où ce dernier commence enfin l’examen des lois fédérales sur l’encouragement de la culture et sur Pro Helvetia. Quant au départ du Soleurois Boris Banga, maire de Granges, il décapite le groupe parlementaire pour les affaires des villes et des communes.

Tandis que la députation aux Chambres fédérales demeure inchangée dans de nombreux cantons (BL, LU, TG, ZG entre autres), cela tangue ailleurs. Bâle-Ville perd son troisième conseiller national socialiste, la délégation neuchâteloise au Conseil national repasse à droite, l’UDC Toni Brunner, semi-professionnalisé par son parti comme le romand Yvan Perrin, bouscule tout le monde à Saint-Gall où il sort en tête au Conseil national et, aussi, au Conseil des Etats, devant les deux sortants, le démocrate-chrétien Eugen David et la radicale Erika Forster-Vannini.

A noter qu’Argovie, le canton souvent considéré comme une Suisse miniature, renvoie à Berne une délégation de 17 membres, quasiment inchangée puisque seul un siège au Conseil national change de parti, passant des Evangéliques au PDC. L’UDC, qui avait passé de 5 à 6 conseillers nationaux (plus un député aux Etats) en 2003 retrouve en 2007 le même effectif, avec toujours un député aux Etats. Stabilité donc dans le Mittelkanton pour une fois non représentatif.

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