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Le nécessaire repositionnement

Pour un front commun des partis non blochériens

icone auteur icone calendrier 22 octobre 2007 icone PDF DP 

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Le sismographe électoral a enregistré des secousses fortes. Les chiffres sont connus. Impressionnante avance de l’UDC qui partait pourtant d’un niveau élevé atteint en 2003. Poussée des verts, dans l’air (à purifier) du temps. Pertes lourdes socialistes et radicales.

L’analyse fine des résultats permettra d’apporter des explications plus documentées que les premiers commentaires à chaud: moyens financiers, simplification des messages, marketing centralisé, personnalisation quasi plébiscitaire sur Christoph Blocher, rôle des alliances cantonales. Dans les facteurs négatifs, à relever l’image brouillée qu’a donnée le PS, qui prétendait arbitrer la rivalité entre radicaux et PDC soucieux de retrouver leur deuxième siège au Conseil fédéral – alors qu’au nom de la proportionnelle il ne contestait pas la participation de l’UDC à l’exécutif. De même, le parti radical a payé sa trop étroite collusion avec l’UDC.

L’erreur serait de croire que le peuple a tranché et fixé l’orientation pour quatre ans de la politique suisse. En réalité, il n’a pas confié le leadership à Christoph Blocher, qui a été rejeté par plus de 70% des votants. Mais lui va prétendre jouer ce rôle. La proposition de l’UDC de renouveler trois conseillers fédéraux sur sept confirme cette ambition d’un pouvoir accru. Or l’incompatibilité du style et du programme de l’UDC avec la majorité du Parlement demeure, aggravée. Elle est fondamentale sur trois points cruciaux: nos relations avec l’Union européenne, même au niveau modeste du développement de la collaboration bilatérale; le financement de la politique sociale, et plus profondément la volonté affichée par l’UDC d’un affaiblissement de l’Etat; enfin l’exploitation de la peur, la désignation du bouc émissaire manipulée avec le cynisme d’une publicité sans scrupule fait que l’UDC n’est pas civiquement et éthiquement fréquentable.

Il est donc nécessaire que les partis non blochériens revoient leur collaboration réciproque. Le PDC, dans cette configuration, a un rôle historique à jouer comme parti certes conservateur mais centriste et socialement ouvert. Un homme comme Urs Schwaller a le poids et l’autorité qui permettraient de tisser des liens. Le PDC aurait tort de se laisser enfermer dans une collaboration-rivalité avec le seul parti radical. Le front anti-blochérien doit englober les socialistes et les verts. Cela signifie et pour la gauche et pour la droite une révision des positionnements traditionnels. Quand on entend des responsables de la droite se féliciter d’une alliance avec l’UDC qui a permis de conforter une majorité et de gagner un siège, on se dit qu’ils retardent d’une guerre. Le danger pour le pays, il est blochérien. Il faut lui opposer, sans gommer les divergences, un front commun (les Français diraient pompeusement un Front républicain).

Le repositionnement a pour sens d’empêcher l’UDC d’exercer son leadership, et de subordonner les rivalités naturelles et légitimes à cet intérêt supérieur.

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Discussion

  • Je partage globalement l’analyse de M. Gavillet.

    Il y a à mon avis un fort potentiel de voix au centre qu’aucun parti n’a réellement réussi à saisir, peut-être tout simplement parce qu’il n’y a aucun vrai parti de centre en Suisse.

    La progression des verts est autant liée à une sensibilisation accrue aux questions environnementales qu’à l’image d’un parti plus pragmatique que le PS. Ce que confirme la percée des verts libéraux à Zurich. Les verts emprunteront-ils la voie du centre? Une belle voie leur est ouverte, comportant idéalement une réconciliation avec les verts libéraux.

    Si le PDC veut revendiquer un statut de parti du centre, il lui faudrait abandonner l’étiquette « bourgeoise » qui repousse probablement bon nombre d’électeurs attirés par le centre.

    Quant au PRD, il a le choix entre se recentrer ou devenir une sous-annexe de l’UDC.

    Sans sous-estimer les inquiétudes diffuses ayant conduit à un score aussi élevé de l’UDC, une priorité de tous les partis du « centre » (gauche ou droit) devrait être de faire passer une loi plafonnant les dépenses électorales; s’il faut choisir (pour réunir plus de voix), le plafonnement est préférable à la transparence, car c’est une mesureplus efficace et facile à mettre en oeuvre.

  • En bonne logique géométrique, le centre, ce n’est pas une surface mais un point! Si l’on veut parler de surface (politique), il faut nuancer: centre-gauche ou centre-droit. Cela dit, et face au danger du populisme attrape-tout de l’UDC, il est essentiel que les forces politiques constructives fassent honnêtement le point sur leurs convergences et leurs divergences pour déterminer quels sont les dossiers où une entente est possible entre les forces du centre-droit et celle du centre-gauche. L’exercice est certes difficile et les divergences sont certainement plus nombreuses que les convergences. Sur les 70% de Suisses qui n’ont pas voté UDC, il doit bien s’en trouver un bon nombre pour adhérer à unprogramme susceptible de rassembler une majorité de citoyennes et de citoyens, non?

  • 3
    michel efache says:

    tout de même il faut répéter que l’udc des milliardaires ment surtout et en premier à ses électeurs: toute l’action du conseiller fédéral de la justice consiste à empêcher l’intégration des gens qu’il prétend vouloir « forcer à s’intégrer », à ne pas mettre en vigueur les accords de retour…
    ces milliardaires profitent chaque jour des étrangers qu’ils maintiennent en statut précaire ici, des exportations chimiques hors cee et des importationsde voitures par ex. en suisse
    les xénophobes qui votent udc sont de pauvres manipulés que personne dans les grands médias ne se donne la peine d’éclairer – le mal de ventre ne peut pas diriger 4 ans en suisse!

  • Ne faisons pas preuve d’angélisme. La droite des chambres fédérales sort renforcée des élections et largement majoritaire. Tant le PDC que le PRD sont des partis à forte tendance droitière. Reste à voir si la poussée libérale se poursuivra. La droite va-t-elle réengager Leuenberger et Calmy-Rey ou éliminer un PS au profit des Verts qui ne cachent plus leur intérêt à la fonction? Le centre mou arrivera-t-il à empêcher cette guéguerre? Le PS se retrouve isolé suite à une campagne 2007 catastrophique. Pris en otage et affaibli, il ne lui restera plus qu’à activer l’arme du référendum et à convaincre.

  • L’analyse de M. Gavillet est certes très fine. mais elle oublie un élément essentiel et c’est étonnant venant d’un homme qui a géré les finances d’un grand canton.

    En théorie, on peut en effet imaginer que les forces non UDC, qui représentent 70%, se coalisent pour gouverner sans l’UDC. Mais, il y a deux problèmes majeurs:

    Premièrement: cela reviendrait à confier le pouvoir à des partis qui dans l’ensemble ont été sanctionnés par le peuple, pour le retirer au parti qui dispose de la confiance du peuple.

    Deuxièmement: cela nécessiterait un rééquilibrage pour créer une majorité qui devrait être de centre gauche. Or comment peut on imaginer dans un pays où les intérêts économiques patronaux jouent un si grand rôle, qu’ils acceptent cette solution, alors qu’ils on barre sur le PRD, le PDC et même une grande partie du PS d’ailleurs, et qu’ils ont donc la possibilité de bénéficier d’un gouvernement de droite qui fait mieux leurs affaires.

    J’ai beau retourner les choses dans tous les sens, je ne vois pas comment la gauche peut se faire des illusions au point d’imaginer que l’économie suisse soutienne un gouvernement de centre gauche alors qu’elle en a un de droite sous la main, avec participation socialiste minoritaire, qui lui convient mille fois mieux.

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