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Le Costa Rica a voté oui au Traité de libre échange avec les Etats-Unis

Un vote serré pour un enjeu considérable

icone auteur icone calendrier 20 octobre 2007 icone PDF DP 

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Pour nous Suisses, qui votons sur tout et n’importe quoi, cela ne nous impressionne pas. Mais en Amérique latine, c’est le seul pays qui a organisé un référendum sur le sujet, le premier de leur histoire (DP 1734).

On le sait, les Etats-Unis ont depuis 1994 un accord avec le Mexique et le Canada. Et on sait aussi que la balance des effets du libre échange au Mexique penche plutôt du côté négatif. Il y a environ 5 ans, les Etats-Unis ont décidé de proposer aux pays d’Amérique centrale un traité similaire. Du reste, pour tous les pays de la région le texte est parfaitement identique, il n’y a pas eu de négociations pour l’adapter à chaque cas; c’était à prendre ou à laisser Tous les autres Etats l’ont signé et ratifié sans passer par le peuple. A l’exception du Costa Rica. Et c’est à la raclette – 51,6% contre 48,4 avec une participation de 60% – qu’il a été accepté. Encore trois jours avant le scrutin du 7 octobre, les sondages le donnaient perdant, alors que les syndicats avaient réussi à faire descendre dans la rue 100’000 personnes.

Il faut aussi dire – et nous Suisses pouvons bien le comprendre – que le gouvernement n’a pas réussi à faire comprendre aux citoyens pourquoi des traités internationaux peuvent être supérieurs à la législation nationale. Il y a en outre une relation d’amour-haine des Etats-Unis dans cette région du monde qui a tant souffert des visées colonialistes du grand voisin du nord. Le Costa Rica n’a pas eu à proprement parler une guerre civile mais il a vendu le 7 % de son territoire aux multinationales de la banane qui, encore maintenant, maltraitent leurs travailleurs.

Quelles sont les opportunités et les dangers pour ce petit pays de 4,4 millions d’habitants, avec le plus haut revenu par tête de l’isthme? Déjà 41% des exportations du Costa Rica vont aux Etats-Unis, des produits agricoles principalement et, de plus en plus de produits manufacturés en particulier des composants électroniques. Le président, Oscar Arias, grand propriétaire terrien et exportateur d’ananas en particulier, ainsi que les chefs d’entreprise, ont fait campagne pour le oui, pour défendre leur beurre. Les chefs d’entreprise ont menacé leurs ouvriers de chômage au cas ou le non l’emporterait.

Cependant, à mon avis, c’est plus la concurrence des pays voisins que le Costa Rica devait craindre en cas de refus. En effet, avec un revenu par tête cinq fois supérieur à celui du Nicaragua (4’980$ contre 1’000), on pouvait logiquement craindre que les investisseurs ne s’intéressent plus à cette main d’œuvre chère. Le Costa Rica a par contre comme avantage des services publics qui fonctionnent et surtout une population très bien formée. Si le traité avait été refusé comme maintenant après son acceptation, les productions demandant de la main d’œuvre non qualifiée ne viendront pas au Costa Rica.

Les dangers quant à eux sont beaucoup plus nombreux. D’abord la libéralisation des télécommunications et des assurances. Quoique encore on puisse se demander qui va pouvoir faire mieux quand on sait que le prix d’une minute de téléphone fixe est de 0,4 cents et celui du cellulaire 0,6 (en dollar US). Mais le syndicat des télécoms et de l’électricité s’est battu comme un lion, en entraînant d’autres derrière lui comme le puissant syndicat des enseignants, mais aussi les communautés amérindiennes, les étudiants et l’église protestante qui a aussi fait campagne contre le traité. Que va-t-il se passer au moment de la discussion des lois d’application? 13 doivent être adoptées avant la fin février 2008. L’hiver risque d’être chaud.

Autres perdants potentiels, les coopératives. Par exemple, toute l’industrie du lait est aux mains des paysans-éleveurs de bétail qui forment la coopérative Dos Pinos. Celle-ci produit tous les produits laitiers, lait, yoghourts, fromage, et n’a que Nestlé comme concurrent (qui produit sur place) et des petites fromageries artisanales. Dos Pinos c’est le bastion des paysans, mais sa part de marché s’effritera autant à cause du mécontentement des consommateurs que de la concurrence étrangère.

Et c’est effectivement au niveau des importations agricoles qu’il y a le plus à craindre. Les Etats-Unis subventionnent fortement leur agriculture ce qui leur permet d’exporter à des prix défiant toute concurrence même celle des pays les plus pauvres. On l’a vu avec le coton en Afrique sahélienne. Le Costa Rica est aussi producteur de coton; pour une bonne part il est utilisé sur place dans la fabrication de vêtements moyen de gamme. Est-ce que ces usines textiles se tourneront vers les Etats-Unis pour leur approvisionnement? A voir et on peut faire toute sorte d’autres hypothèses à l’heure qu’il est.

Mais le plus grave c’est l’accentuation de l’écart des revenus. Jusqu’à il y a une dizaine d’années, le Costa Rica était un pays assez égalitaire montrant le plus faible écart de revenus de l’Amérique centrale. Depuis, le néo-libéralisme a creusé le fossé, des villes fortifiées se sont construites à l’ouest de la capitale où les riches cachent leurs fortunes et se protègent avec miradors et gardiens armés. A l’autre bout de l’échelle sociale, les bidonvilles s’agrandissent de jour en jour où les plus pauvres subissent les attaques des pluies diluviennes, comme on l’a vu ces derniers jours.

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