A raison d’une chronique par semaine, rédigée avec une fidélité et une régularité sans défaut, Jeanlouis Cornuz a publié dans Domaine Public mille et un billets. C’est le chiffre, oriental, d’une collaboration de 20 ans, de 1972 (lancement de DP hebdomadaire) à 1992.
Cette chronique était, de tous les articles, un des plus lu. D’abord parce qu’elle était signée, en opposition à la signature collective des numéros que DP pratiqua longtemps. Mais surtout, Jeanlouis Cornuz disait «je», se situait, en balade avec son chien qu’il appelait Freiherr, ou réagissant à un article, ou commentant une lecture, ou écrivant d’Italie, ou racontant une bonne histoire vaudoise. Si on peut faire cet anachronisme, chaque semaine, dans Domaine Public, il tenait son blog.
Il utilisait sa maîtrise de l’allemand pour faire passer des thèmes de débat développés outre Sarine, notamment dans l’Arbeitszeitung (AZ). Sa connaissance politique de la Suisse allemande était nourrie, au-delà de l’actualité, par ses travaux sur Gottfried Keller, quand le radicalisme zurichois était un authentique mouvement de gauche!
Jeanlouis Cornuz, autre facette de son originalité, a travaillé, dans la littérature française, sur des auteurs engagés politiquement, Roger Martin du Gard, Michelet, Dhôtel, sans parler de Victor Hugo dont il a présenté l’œuvre par un avant-propos à chaque volume de l’édition des œuvres complètes publiées par Rencontre. C’était un choix qui le distinguait des admirations qu’imposait la pensée dominante de gauche et qui donnait à ses chroniques, sous leur spontanéité, leur profondeur de champ, leur humanisme.
Ces chroniques de DP sont dans leur totalité une histoire de notre vécu politique, une œuvre.





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