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La profession de journaliste est en crise

Ouvrir aux éditeurs les portes de leur Conseil d’éthique professionnelle peut-il freiner la dégradation des conditions de travail des journalistes?

icone auteur icone calendrier 4 octobre 2007 icone PDF DP 

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Les journalistes doivent produire plus et plus vite. Pour des médias toujours plus mercantiles, ils doivent plaire au public et aux annonceurs en oubliant, s’il le faut, l’éthique professionnelle. Leurs salaires stagnent et parfois baissent. Ils sont nombreux à chercher une porte de sortie dans les services d’information des entreprises. C’est le sombre tableau que l’on peut tirer de la lecture des publications de la profession. Un groupe de journalistes romands s’est créé pour dénoncer l’influence croissante des annonceurs sur le contenu rédactionnel. Les journées d’études se multiplient pour analyser le malaise de la profession. En septembre, ils  se sont interrogés à Berne sur «L’indépendance des journalistes dans l’étau de l’économie». En novembre, ils rechercheront les pistes qu’il faudrait suivre pour «revaloriser l’acte journalistique» et garantir la crédibilité de la presse.

Le  climat de travail au sein d’une rédaction est difficile à apprécier si l’on n’est pas dans le bocal. En revanche, l’état des relations contractuelles entre partenaires sociaux est parfaitement lisible de l’extérieur. A l’automne passé, les journalistes romands ont accepté du bout des lèvres une convention collective qui, pour la seconde fois, est en régression par rapport au texte échu (DP 1704).  En Suisse alémanique et au Tessin, il n’y a plus de convention depuis trois ans.

Pour tenter de reprendre pied, les syndicats de journalistes ont accepté de discuter de l’entrée des éditeurs dans le Conseil suisse de la presse. Cet organe, émanation des seules organisations de journalistes, définit l’éthique de la profession. Il veille au respect de la «Déclaration des droits et devoirs des journalistes».  Mais pourquoi donc une profession qui entend défendre son indépendance accepte-t-elle de partager avec d’autre la définition de son credo? Les partisans d’un accord estiment qu’une participation des éditeurs renforcerait le poids du Conseil de la presse et améliorerait le respect de l’éthique. Ce serait plutôt du donnant donnant estime-t-on en Suisse alémanique. La participation des patrons de presse dans le Conseil contre la  signature d’une convention collective. Les pragmatiques affirment que des négociations ont permis de créer des garde-fous  pour éviter que les employeurs n’infléchissent le système en leur faveur. Mais ils reconnaissent également qu’aucune garantie n’existe pour la conclusion d’une convention collective en Suisse alémanique. Alors faut-il vendre son éthique pour un hypothétique plat de lentilles? Que l’on accepte de poser aujourd’hui cette question montre à quel point la profession de journaliste est en crise.

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Discussion

  • Influence croissante des annonceurs sur le contenu rédactionnel? Perte de l’éthique journalistique? Il faut être vraiment gonflé pour écrire cela! Jour après jour, on constate que toute la presse romande est contrôlée par la gauche, sinon par l’ultra-gauche. A chaque page, dans chaque article, à chaque ligne, chaque mot est choisi pour orienter le lecteur, pour désigner de manière suggestive les « gentils » et les « méchants », pour donner une image positive des amis de l’intelligentsia médiatique et une image négative de ses ennemis! Sans parler bien sûr du tri des sujets et de l’arrangement des comparaisons. On se perd en conjectures pour comprendre pourquoi quasiment tous les journalistes pensent, ou du moins disent la même chose. Cooptation? Sélection professionnelle? En tous cas le résultat est là, bien visible.

    Depuis le temps, les gens d’ici se sont habitués à vivre avec une presse de propagande idéologique. Mais quand on vient nous parler de l’éthique journalistique en danger, alors là c’est vraiment la grosse farce! (Du genre pas très drôle quand même…)

  • Le journalisme est-il le lieu d’une crise profonde, d’une perte de repère et d’identité dans un monde où il y a de plus en plus de médias, mais paradoxalement de moins en moins de réel pluralisme.

    On peut rétorquer que l’arrivée des journaux gratuits a favorisé la diversité et le pluralisme. En raélité il n’en est rien puisque la majorité ne livre que des textes d’agences, des événements people. Cela s’explique partiellement par le fait qu’un certain nombre des journalistes qui forment le corpus de ces médiasne sont que des pseudos journalistes puisqu’ils ne font que copier-coller des textes recopiés ou des dépêches d’agence. Combien vont-ils sur le terrain, rencontrent les interlocuteurs, voir participent à des conférences de presse? Aucune analyse ou rarement, sur des sujets de fond. N’ayant qu’une formation lacunaire donnée par un microcosme qui se coopte et qui cultive le copinage au plus haut niveau, comment peuvent-ils prendre du champ par rapport à certains événements ou certaine proposition, telle l’entrée des éditeurs dans le Conseil de la presse.Il n’est pas étonnant que l’on puisse baisser son pantalon devant un pouvoir quel qu’il soit.

    Quant au grand public, il ne connaît généralement du journalisme que sa vitrine la plus clinquante. Il ignore à quel degré de médiocrité intellectuelle et d’imposture morale est parvenue, sous la conduite des élites autoproclamés, cette corporation où une minorité privilégiée régente avec arrogance et sans compassion une masse de jeunes gens auxquels quelques années d’étude sans véritable substance ont permis d’atteindre ce niveau officiellement certifié d’inculture branchée et culottée, bavarde et narcissique, que semble apprécier et favoriser le monde politico-médiatique.

    Avec un tel bagage comment peuvent-ils résister au chant des sirènesdes éditeurs ? Comment peuvent-il saisir les enjeux que cache cet accord ? Intégrer les éditeurs c’est mettre le fruit pourri dans le cageot. Cette proposition sent la magouille à plein nez. Pour comprendre cela encore faut-il avoir un peu d’expérience. En ce qui concerne l’éthiquecombien de journalistes savent-ils en quoi cela consiste? Certains formateurs n’en ayant pas une once, comment pourraient-ils en parler?

    Ces paradigmes placés, il est évident que la quantité et la qualité du contenu informatif des médias dépendent moins aujourd’hui de facteurs idéologiques que de facteurs socio-économiques. Dans un contexte de concentration importante et de concurrence féroce, les médias recherchent le plus haut niveau de consommation possible et choisissent des options consensuelles, finissant tous par se ressembler.

    Mais prenons garde car nous sommes en danger. Sans une presse libre, indépendante, sans des journalistes qui osent pousser leur cri et ne pas suivre aveuglément la pensée unique et son corollaire la logorrhée bien pensante, notre démocratie est en danger. Lorsque les médias, à tout le moins la majorité, sont inféodés aux pouvoirs en place, à l’argent, à l’économie ou aux religions nous courrons de grands risques. In fine, les éditeurs sont-ils également prêts à ouvrir toute grande leur porte aux journalistes?

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