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Quelle concordance après la fin de la formule magique

Au cas où l’UDC passerait dans l’opposition, il faut préparer le terrain

icone auteur icone calendrier 30 septembre 2007 icone PDF DP 

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L’originalité des élections nationales, millésime 2007, est la volonté des citoyens d’influencer la composition du Conseil fédéral. Nous y contribuons, Domaine Public demandant que les candidats au parlement soient interrogés sur leur choix, s’ils devaient être électeurs du gouvernement: confirmeront-ils la participation de l’UDC? éliront-ils Christoph Blocher?

Cette volonté de ne pas se contenter du tri des parlementaires mais de savoir, et indirectement de décider, qui nous gouvernera, marque la fin de la «formule magique», c’est-à-dire de la composition du gouvernement à la proportionnelle. Dans ce système, il n’y a ni majorité ni minorité. Les places sont proportionnellement réservées. Le jeu est reporté sur le choix du profil des candidats.

En fait, la formule magique a été abandonnée en 2003 déjà, quand l’UDC a exercé un chantage sur le parlement, exigeant deux fauteuils – ce qui pouvait passer pour une mise à jour de la proportionnelle – mais imposant son candidat. Le parlement a cédé devant ce chantage. Historiquement ce fut la fin d’une période. Le souci des électeurs, quatre ans plus tard, de reprendre la main en est la conséquence directe.

Programme et concertation

Le système ancien, celui de la formule magique, impliquait une certaine distance du Conseil fédéral par rapport aux partis. Les ministres cultivaient une image de «sages». Obligés de composer, ils évaluaient ce qui était politiquement possible. Même si les rapports de force jouaient à l’intérieur du collège, ils ne se voulaient pas partisans. Ils se réclamaient de l’esprit de concordance.

Si l’UDC passait dans l’opposition, le nouveau chantage à l’élection de Christoph Blocher ayant, cette fois, échoué, les conseillers fédéraux et leurs partis (PRD, PS, PDC) seraient plus exposés, moins «à distance». La concordance ne pourrait plus être implicite, elle devrait être explicite et engagée. Sous quelle forme?

On imagine mal, dans un premier temps du moins, une alliance, une coalition majoritaire liée par un programme commun. Toutefois, il devrait y avoir accord sur quelques points majeurs.

Le premier, dans l’ordre et en importance, c’est nos relations avec l’Union européenne. Si l’adhésion n’est pas, aujourd’hui, envisageable à bref délai, du moins il serait inacceptable que soient remises en cause les avancées bilatérales. L’UDC est sur ce point équivoque. Une fermeté absolue doit lui être opposée, y compris à gauche où la discussion de la libre circulation est utilisée comme pression pour le renforcement des mesures d’accompagnement.

Le second point d’accord devrait être la volonté d’équilibrer financièrement les assurances sociales, en premier lieu l’AI et l’assurance-chômage, en 2015 l’AVS. Cela signifie que la droite admette que la «chasse aux z’abus» n’est pas la solution miracle. Les problèmes sont sociétaux et démographiques. Ils exigent des ressources supplémentaires.

Si l’accord programmatique est limité à quelques options essentielles, il appartiendra aux trois partis gouvernementaux de contrer la capacité de nuisance de l’UDC jouant son rôle de parti d’opposition. Au Conseil national, le groupe UDC pourrait systématiquement «démailler» les compromis, notamment en soutenant les amendements de la gauche pour que soit démontrée la faiblesse des partis du centre-droit; ou inversement faire adopter tout ce qui «droitise» un projet, afin que la gauche fasse figure du perdant, de «l’idiot utile». Déjouer cette manœuvre, dont on a pu observer quelques applications dans la législature actuelle, exigerait une concertation des partis au pouvoir. Telle serait la nouvelle concordance, qui ne serait plus l’apanage des sept sages seuls, mais qui rendrait la concertation plus visible et la politique plus lisible et engagée.

Post-scriptum

Le chantage de l’UDC a mis fin à la formule magique. Il faut en prendre acte et refuser la réélection de Christoph Blocher. Une autre concordance est possible. Il est bon de le démontrer et d’y réfléchir.

Mais le 12 décembre, jour de l’élection du Conseil fédéral, la responsabilité du PDC sera grande. A supposer qu’au cinquième tour, celui de l’élection de C. Blocher, un nombre significatif de voix se portent sur un PDC, dont chacun admet qu’il aurait le format gouvernemental, le PDC acceptera-t-il ce choix en le soutenant par la totalité de ses voix?

S’il se dérobe, la politique actuelle du chantage et de l’ostracisme se poursuivra. S’il assume, son deuxième siège reconquis marquera un tournant de la politique suisse, commencera une période difficile mais stimulante, celle de la nouvelle concordance.

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Discussion

  • Le parti socialiste doit réélire Couchepin, pas à cause de sa politique capitaliste, mais parce qu’il est le seul qui a le poil quelque part pour réagir aux frasques du grand manitou, et éjecter Ch.B.

    R. Lecoultre

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