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Pour prendre au sérieux l’aménagement du territoire

L’enjeu de l’initiative «De l’espace pour l’homme et la nature»

La traversée des Etats-Unis d’Amérique, du Canada ou même de la France donne au visiteur helvétique un sentiment d’infini. Alors qu’un trajet en train de Genève à Zurich fait apparaître le territoire suisse comme un puzzle désordonné où l’on distingue mal les espaces dévolus à l’habitat, aux infrastructures, aux activités économiques et à la nature.

Si la Suisse a mal à son territoire, c’est qu’elle ne sait pas en gérer l’aménagement. L’Etat central ne dispose pas de compétences fortes en la matière et les cantons doivent partager les leurs avec les communes. Si bien qu’on ne sait trop qui tient le gouvernail. Ce flottement dans la direction se traduit par un véritable mitage du territoire. Aujourd’hui, 30% des constructions sont situées en-dehors des zones à bâtir. Peut-on encore parler d’aménagement?

Parce que notre pays est densément peuplé, le sol, plus qu’ailleurs, devrait être traité comme une ressource rare. Or nous n’en prenons pas le chemin. Bien au contraire, des mesures d’assouplissement de règles en vigueur sont inscrites à l’agenda.

L’initiative populaire «De l’espace pour l’homme et la nature» vient donc à son heure. Longuement mûrie et soutenue par de nombreuses organisations et un comité où siègent notamment des parlementaires de plusieurs partis, elle part d’un constat incontestable. La zone à bâtir non construite représente actuellement 60’000 hectares, soit une superficie suffisante pour abriter 2,5 millions d’habitants supplémentaires. L’initiative propose donc une solution simple: gelons pendant 20 ans cette superficie. Pour affecter de nouveaux terrains à la construction, il faudra transférer une superficie équivalente de la zone à bâtir en zone non constructible. Cette solution présente l’avantage de la souplesse. Et vingt ans, c’est le temps donné à la Confédération et aux cantons pour promouvoir une utilisation rationnelle du sol, en distinguant mieux territoire constructible, zones naturelles et terres agricoles. Et pour favoriser l’urbanisation à l’intérieur des zones bâties, des friches industrielles et commerciales et des surfaces sous-utilisées.

L’enjeu n’est ni abstrait ni technique. Il concerne l’héritage que nous léguerons aux générations futures: quels paysages, quels espaces de délassement, quelles possibilités de survie pour la faune et la flore? Le développement durable passe aussi par l’aménagement du territoire.

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Discussion

  • 1
    Raphaël Coquoz says:

    Excellente initiative en effet. La Suisse ne peut pas néanmoins faire l’économie d’une prise en main également du volet « population » du problème. Certes toute réflexion sérieuse sur la question est très vite gangrénée par l’historique délétère des vélléités passées d’éviter la surpopulation, qui n’est usuellement considérée qu’étrangère. Malgré tout, la question se pose: « De l’espace pour l’homme et la nature », mais pour combien d’hommes sur le territoire suisse, surtout si l’on veut inscrire la réflexion dans une perspective durable? A vue de nez, je doute que la tendance actuelle d’augmentation de la population résidente en Suisse soit tenable. Il faudrait alors agir sur le seul paramètre déterminant en Suisse actuellement, qui est celui de l’immigration. Mais comment freiner l’immigration, sans se salir les pattes avec des alliés qui veulent la freiner pour de mauvaises raisons, et en réussissant à renverser la majorité actuelle (de gauche et de droite) qui ne pense que développement économique et création d’entreprise, moteurs d’immigration?

Les commentaires sont fermés.