En finir avec la politique des amuse-bouche

Pour refonder la concordance, le PS doit sortir de l’ambiguïté

On ne fait pas une politique avec des décimales. Pourtant les variations d’un sondage – tel celui de la SSR sur les intentions de vote aux prochaines élections nationales – suffisent, infinitésimales, pour faire monter une mousse médiatique. Donc, apprend-on, le PDC précéderait désormais le Parti radical de 0,3%. Cela lui vaudrait une médaille de bronze, un podium, et deux conseillers fédéraux. En 2007 déjà? Mais Pascal Couchepin est si près de sa retraite naturelle, qui interviendra après sa seconde présidence! Ainsi coulent les heures d’antenne et s’alimentent les forum-feuilletons.

L’exercice toutefois repose sur un postulat, celui de l’application rigoureuse de la proportionnelle à la composition du Conseil fédéral. Selon cette règle, l’UDC et le PS, qui représentent chacun plus de 20% du corps électoral, ont droit arithmétiquement à deux sièges. Avec 15% chacun, le PRD et le PDC sont assurés d’un siège — mais à qui le septième? D’où l’importance des décimales.

Or l’enjeu, politique et non mathématique, est celui de la reconduction de Christoph Blocher. Il donne à ces élections un caractère unique, jamais vu jusqu’ici. Inutile de le regretter et de demander qu’on parle aussi d’autre chose. L’épreuve est engagée, le terrain connu, les armes choisies. Il y aura un vainqueur et un vaincu. Le duel exclut le match nul.

Sans argumenter plus longuement (voir le réquisitoire d’Yvette Jaggi et de François Cherix), disons qu’un magistrat qui fait de sa réélection un chantage (si je ne suis pas réélu, je serai dangereux) est disqualifié pour appartenir à un gouvernement de concordance. La formule «c’est moi ou le chaos» n’est pas traduisible en suisse.

Dans cet affrontement, la responsabilité du parti socialiste est première. Qu’il mette fin à la politique des amuse-bouche! Prétendre arbitrer, au vu des résultats, l’attribution du septième siège entre radicaux et PDC est incompréhensible. Premièrement, c’est ne pas contester les sièges UDC, dont celui de Blocher. Deuxièmement, c’est inquiéter les radicaux en les poussant à chercher appui sur leur droite. Troisièmement, c’est faire peser une menace sur Pascal Couchepin qui a eu le courage de dire à haute voix ce qu’il pensait du culte du chef à l’italienne.

Que le PS annonce clairement qu’il place l’éthique politique et l’esprit de concordance avant l’application automatique de la proportionnelle.

Le deuxième siège PDC, il est à prendre à l’UDC. C’est celui de Christoph Blocher précisément. Lors de cette élection, la cinquième de la matinée selon la règle en vigueur de l’ancienneté, il serait vain de disperser les voix pour que le conseiller fédéral sortant n’obtienne pas au premier et au deuxième tour la majorité absolue. Vain aussi de chercher je ne sais quel UDC prêt à affronter le désaveu de son propre parti. Il conviendra d’élire un homme, une femme, dont l’autorité est reconnue et qui a le format, les qualités, le courage d’être le porteur de ce qu’il faut appeler la nouvelle concordance. Inutile aujourd’hui de donner des noms. Mais il en est qui correspondent à ce profil.

Il peut paraître prématuré de composer, avant les élections nationales, le Conseil fédéral. Mais la partie a déjà commencé. Le premier dispositif doit être mis en place. Il passe par une clarification du parti socialiste. Qu’il dise clairement que le deuxième siège PDC est à prendre (reprendre) à l’UDC. Qu’il lance la «refondation de la concordance».

1 Star Cliquer pour recommander cet article
Loading ... Loading ...
logo creative commmons license creative commons

La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/9632 - Merci

Discussion

  • 1.
    Lyonel Kaufmann
    23 septembre 2007 à 21:56
    Permalien

    Je partage entièrement votre avis sur la question.
    Elle va d’ailleurs dans le sens d’un de mes billets sur le sujet:
    Parti socialiste suisse : la politique du pire?

    Mais de votre part, c’est nettement mieux formalisé.

  • 2.
    rlevy
    24 septembre 2007 à 17:45
    Permalien

    A propos: ne devrait-on pas porter au niveau national l’initiative d’Ada Marra et inviter tous les candidats à se prononcer sur leur intention de réélire ou non Blocher? Ce serait un critère majeur pour les électeurs estomaqués par le ménage de ce « magistrat », insultant pour la démocratie suisse.
    R. Levy

  • 3.
    Dani
    25 septembre 2007 à 0:17
    Permalien

    Oui, nous avons vraiment besoin d’un PS qui ait une attitude claire!

    Il est inconcevable d’accepter que le PS joue l’UDC contre les candidats plus modérés radicaux, cela irait à contresens de tout de qui a été dit sur Blocher, ses mensonges, son irrespect de la constitution, des institutions et des moeurs politiques. Cela serait aussi une façon d’entériner le chantage du maître de l’UDC…

    Mais nous devons aussi poser une question majeure : « La Suisse fonctionne-t-elle avec un système pouvoir-opposition (avec alternance) ou avec un système de concordance basé sur la coalition? »

    Depuis 4 ans, nous jouons les deux jeux à la fois alors qu’ils sont contradictoires. C’est d’ailleurs ce qui permet à Blocher de se poser en « victime », de faire croire que certaines décisions sont prises grâce à la gauche (alors qu’elle est minoritaire) et de récolter plus d’un tiers des voix des électeurs aux plus bas revenus. L’ambiguité, il s’en sert…

    Personnellement, je considère comme INSUPPORTABLE l’idée de voir le PS continuer à gouverner en coalition avec ce chef de parti qui utilise la démocratie comme un paillasson !

  • 4.
    doubletriode
    26 septembre 2007 à 23:51
    Permalien
    Reprendre un siège à l'UDC, bien sûr. Cela semble plus facile que de leur reprendre des voix... 
    
    Et je ne vois pas comment on peut parler de "concordance" si un parti qui reçoit le vote d'un suisse sur trois ne dispose que d'un seul siège au conseil fédéral? 
    
    Du coup, la vraie question devient: veut-on conserver la concordance ou veut-on rentrer dans un régime d'alternance? 
    
    En ce qui me concerne je pense que les partis de la droite modérée (PDC, radicaux) feraient bien de ne plus se laisser aspirer de plus en plus à droite par l'UDC (comme lors des votations du 24 septembre dernier, par exemple) s'ils ne veulent pas devenir insignifiants. 
    
    Et les socialistes devraient peut-être eux aussi proposer des politiques de gauche (si, si, vous vous souvenez...la solidarité sociale et le soutien aux plus démunis, par exemple) plutôt que de n'avoir pour tout programme que l'invective anti-Blocher... ou pire encore la reprise masquée de ses thèses (les cours de langues obligatoires pour les étrangers, par exemple) 
    
    Mais je rêve, sans doute... 
    
    Il est plus facile d'éjecter Blocher du Conseil Fédéral que de combattre ses idées qui... que disait Patrice Mugny déjà? Ah! Oui! Ses idées qui puent!
  • 5.
    xx
    30 septembre 2007 à 18:52
    Permalien

    Enfin une proposition claire et juste. Puissent les élus socialistes avoir l’acouet de l’appliquer.

    R. Lecoultre

Les commentaires sont fermés.

Le Kiosque de DP

RSS email icon

Schweizer Öl-Konzern baut Verteidigungswall auf

Transocean mit Sitz in Steinhausen ZG ist Besitzerin der gesunkenen Bohrinsel «Deepwater Horizon». Trotzdem hielt bisher nur BP den Schwarzen Peter in der Hand. Das könnte sich nun ändern (Tages-Anzeiger)

icone lien Lire l'article

«Interdit aux chiens et aux Italiens»

Les Italiens en Suisse sont souvent présentés comme un modèle d’intégration réussie. Mais la mémoire des hommes est courte comme le rappelle le livre «Des Ritals en terre romande» (swissinfo.ch)

icone lien Lire l'article

Next Test for Europe’s Banks: Finding Funds

Europe’s Tentative Economic Recovery May Hinge on Financial Institutions’ Ability to Raise Billions to Lend to Business (The Wall Street Journal)

icone lien Lire l'article

With Stocks, It’s Not the Economy

Companies are no longer tied to their home GDPs. Yet we still invest that way (Time)

icone lien Lire l'article

Il faut savoir faire aboutir une initiative

La menace d’une initiative ou d’un référendum est un outil politique redoutable, et l’UDC ne se prive pas d’en user (Commentaires.com)


icone lien Lire l'article

Wähler schätzen es, wenn sich die Partei streitet

Wie weit rechts darf eine SP-Bundesrätin stehen? Die SP profitiert, wenn sie diese Diskussion führt. Doch die Linken haben Angst vor diesem Streit (Tages-Anzeiger)

icone lien Lire l'article

Mandela’s magic

Containing sparkling anecdotes and telling quotes, a second wave of books on Nelson Mandela provides genuine new insights into the South African leader and the sacrifices he had to make. They show how the myth does not do him justice (Financial Times)

icone lien Lire l'article