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Pour un Conseil fédéral sans moutons noirs

La concordance implique un choix éthique avant une représentation proportionnelle

Je n’ai jamais éprouvé, comme auteur et commentateur de la politique suisse, un tel sentiment de rejet. L’initiative du «mouton noir». lancée le 1er août par l’UDC, disqualifie le jeu politique. Elle n’est qu’un prétexte préélectoral, rédigée sans autre souci que de provoquer un réflexe irrationnel d’adhésion. Elle ne se soucie pas des conventions du droit international, qui limite le recours à l’expulsion. Elle introduit une règle d’automaticité de la peine contraire à l’indépendance du juge. Elle crée une catégorie de délinquants, aux contours mal définis et extensibles, celle des «abuseurs» de notre sécurité sociale, assimilés aux grands criminels.

Le droit d’initiative a été institué pour permettre à une minorité ne disposant pas des leviers d’action parlementaires ou gouvernementaux efficaces de s’exprimer. Elle n’a pas été conçue comme la machine préélectorale d’un parti, surtout s’il est le mieux représenté au Conseil national et s’il détient de surcroît le département fédéral de la Justice!

Cette instrumentalisation de la démocratie directe est portée par une idéologie totalitaire. Sous le slogan fallacieux «le peuple a toujours raison», elle tend à éliminer ou du moins à dépasser les contre-pouvoirs. Pas seulement le droit international, que stigmatise Christoph Blocher, mais encore l’indépendance de la justice à laquelle on veut imposer automatiquement des décisions. Le fédéralisme est aussi menacé par la règle de la majorité se disant infaillible, et en fin de compte la démocratie elle-même qui implicitement présuppose le respect de la minorité.

L’enjeu est d’une telle importance qu’on s’étonne d’entendre à journée faite et à forums diffusés matin et soir les présidents des grand partis ratiociner sur la composition du futur Conseil fédéral, ramenée à un échange de chaises vides entre le parti radical et le PDC.

Il faut d’abord rompre avec l’idée reçue que la concordance serait égale à la proportionnelle. La concordance présuppose au contraire l’exclusion de ceux qui ne respectent pas la règle du jeu. Elle implique un Conseil fédéral sans UDC. Les partis de droite, poussés par un jeu d’alliances électorales à courte vue, sont engagés dans une autre voie. Ils font de la petite politique alors que le choix est éthique. Le parti socialiste devrait clairement se positionner. Et même si la proportionnelle de la formule magique lui a permis de prendre sa part de responsabilités gouvernementales, et que la remettre en cause présente des risques, il a pour vocation de se battre pour une vraie concordance sans moutons noirs.

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Discussion

  • J’approuve totalement les propos de cet article. Cette lucidité est trop rare et on a en effet l’impression que l’attitude anti-démocratique et anti-institutionnelle de l’UDC est en passe de se banaliser dangereusement.

    Il y a tout de même quelque chose qu’on pourrait faire, ce serait de mettre quelque peu la pression sur les partis (PDC, PRD, PS) qui s’apprêtent à cohabiter avec Christoph Blocher et à l’accepter comme président de la Confédération en 2009…

    Pourquoi ne pas lancer une petite campagne sous forme d’une liste signée par toute une série de personnalités (et/ou de simples citoyens) déclarant s’engager à ne plus voter pendant 5 ans pour des candidats des partis qui accepteraient de gouverner dans ces conditions?

    Domaine Public, connu pour son attachement à la démocratie,serait une plateforme idéale pour lancer une opération de ce type…

  • Merci à André Gavillet pour ses analyses et prises de position toujours très claires.

    Dany: en admettant que ce boycott fonctionne, quel parti gouvernemental retirerait tout le bénéfice de ces abstentions dans 5 ans?!….Mais l’idée d’une pétition électronique (à tous les membres non UDC du CN et du CdE?) lancée par DP serait à creuser. S’engager aussi « sur la rue » pour ces élections et contre l’UDC en général reste indispensable. Au boulot, le temps presse!

  • 3
    Bernard Erlicz

    Que de commentaires offusqués sur l’affiche de l’UDC pour son initiative surnommée «du mouton noir»… Racisme, xénophobie, haine de la différence, totalitarisme… Le mouton noir de l’affiche est bien entendu un noir-africain, ou en tout cas une pauvre victime, qui a comme seul tort d’être étrangère, et qui est chassée par un méchant mouton suisse pour cette unique raison.

    Je rappellerai juste que l’expression «mouton noir» signifie «personne qui fait honte à sa famille ou à son groupe», et que traiter une personne de «mouton», c’est dire qu’elle est crédule et passive, donc facile à berner et à diriger… Sur cette affiche, un mouton se réveille enfin pour chasser celui qui lui fait honte! Nul racisme là-dedans, le mouton réveillé peut parfaitement représenter un étranger établi en Suisse, même de couleur.

    Exclure l’UDC du gouvernement; renvoyer les feuilles de signatures sans les signer; taguer ou déchirer ses affiches; pratiquer le «reductio ad hitlerum»… Quelle belle leçon de démocratie! En somme, pour la gauche, la démocratie, c’est «ceux qui sont d’accord avec moi, à ma gauche, ceux qui ne le sont pas s’alignent contre le mur!». Que disait Rosa Luxemburg déjà? «La liberté, c’est toujours la liberté de celui qui pense différemment».

    La Gauche n’aime pas entendre dire que l’immigration incontrôlée cause des problèmes, et que lorsque tout se vaut (culture, religion, tradition), plus rien n’a de valeur… C’est son droit le plus strict de ne pas être d’accord, ça ne l’est pas d’interdire à d’autres personnes de le penser et de le dire! Nos chantres de la liberté oublient donc (quand ça les arrange) ce que disait George Orwell: «Parler de liberté n’a de sens qu’à la condition que ce soit la liberté de dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre».

    Elle est contre la privatisation mais pour l’UE, qui l’impose, elle est pour les ouvriers, mais aide le patronat en ouvrant tout grand les frontières. La Gauche est schizophrène… rien de nouveau sous le soleil!

  • Tout à fait d’accord. Quant à l’affiche de l’UDC, qui joue toujours sur des oppositions simplistes, il se trouve qu’elle est déclinée en deux versions: une soft et une hard, la dernière laissant découvrir un mouton qui a reçu un coup de couteau… C’est fin.

    http://lelivredezog.blogspot.com/

  • 5
    Beeeeeehdrimonia

    Je souhaite uniquement répondre à Bernard, car pour une fois (et c’est rare) je vois un commentaire contre la gauche plus construit que ceux on l’on trouve trois mots, « gaucho », « étrangers » et « dangereux ».

    Tu parles d’une gauche anti-démocratique (je ne suis pas désolé de ne pas employer le vouvoiement, mais je trouve cette soit-disant marque de politesse d’une stupidité exceptionnel, en effet je m’adresse à une personne en particulier, je ne vois pas pourquoi utiliser le pluriel) qui souhaiterait fusillier ceux qui sont d’un avis contraire, qui tague ou déchire les affiches puis renvoye les feuilles non-signées.

    Pour l’histoire du renvoi des feuilles non signées, je ne vois pas ce qu’il y a d’anti-démocratique, en envoyant ce courrier massif, l’udc devait s’attendre à une réponse de ce type, c’est normal. Quand aux tagues et aux affiches déchirées, j’y préfère amplement une réponse intelligente inscrite, où une jolie artistique changeant les couleurs et effaçant le drapeau suisse. Eh oui je suis anti-patriotique, la raison est simple, la patrie est une baliverne, le territoire une notion arbitraire, (pensons à l’Alsace, les pauvres ont changé de « mains » si souvent) quand à la Suisse… on sait très bien que cette histoire du premier août 1291 est une baliverne, même s’il y a des parcelles de vérités dedans, il n’y a pas eu de réunion en 1291 alors à quoi bon s’y raccrocher?

    L’expression du « mouton noir » peut-être sous-entendue en effet, mais dans ce cas là le double sens est à prévoir et au vu des dernières affiches de l’UDC (je pense entre autre à la fameuse affiche homophobe) on peut douter que le parti « du centre » ait décidé de changer soudainement pour faire dans la finesse.

    Ensuite voir le mouton réveillé comme quelqu’un qui sors de l’assoupissement dans lequelle la gauche l’a plongé en disant que l’immigration incontrôlée ne cause pas de problème, c’est une façon de voir les choses. (Soit dit en passant, nos critères sont maintenants parmi les pires de toutes l’Europe depuis la fameuse autre loi qui a été acceptée, on cherche encore à les empirer, mais où donc l’udc s’arrêtera?) Quand à renvoyer le criminels chez eux, ce n’est que déplacer le résultat d’un problème sans s’attaquer à ces causes.

    Quand à dire que toutes les religions se valent, j’approuve, elles sont toutes aussi fausses les unes que les autres. (Ah quel admiration pour les magnifiques 12 preuves de l’inexistance de Dieu de Sébastien Faure) Oh, rassurez-vous, je ne suis pas pour expulser les croyants de Suisse, juste pour enseigner la logique et le rationnalisme plus tôt et mieux à l’école, ce qui empêcherait toute sorte d’endoctrinement religieux.

    Et pour ce qui est de la liberté, je préfère amplement que mes « adversaires » politiques puissent exposer leur discours afin de pouvoir leur répondre. Mais comme l’affichage est payant et que les Anarchistes ne disposent pas des mêmes généreux donateurs que l’UDC, il n’y a pas le choix, pour transmettre nos réponses, il faut parfois contourner les lois, voir les oublier.

    J’ai parlé avant du mouton qui se réveille, je pense que quelqu’un qui sort du moutonnisme est plutôt quelqu’un qui sort du consumérisme de nos jours et de la démocratie. En effet, les moutons se contentent de cocher une croix de temps à autres, voir d’écrire leur nom, leur adresse et de faire une signature. Les bergers eux préfèrent ramasser la laine pour bien s’habiller. Sortir du moutonnisme c’est être conscient que l’on nous endort par des médias manipulateurs, dont la poussée au racisme est très nette. Je pense par exemple au matin bleu, un journal trop lu où l’on peut apercevoir: « Hier onze jeunes gens, dont quatre ressortissants étrangers, ont participer à des actes de vandalismes. » Cette phrase implique qu’il y avait sept suisse, ce qu’une lecture rapide ne dévoilera pas, les esprits resterons marqués par étranger=vandalisme. Alors si la démocratie c’est laisser les journaux, la télévision, la radio et les publicités déterminer les lois, en sachant que la plupart ont une orientation politique de droite, oui je suis anti-démocratique.

    Si la démocratie consiste à oppresser de manière constante les minorités au nom de la majorité, alors je suis anti-démocratique.

    Si la démocratie consiste à construire une vie à la majorité sur le dos des minorités, alors je suis à nouveau anti-démocratique.

    Et si la démocratie consiste à ce que la majorité détruise la liberté au nom de la sécurité, alors je suis plus que jamais anti-démocratique.

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