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UDC, abuseur toi-même!

Sémantique, marketing et technologie sont les armes du parti ultra-conservateur

Il arrive souvent que les abusés se changent à leur tour en abuseurs. Et que les défavorisés se rattrappent sur plus défavorisés encore, désignés à leur vindicte comme les « profiteurs ». L’UDC l’a bien compris, dont tout le discours consiste à dénoncer les abus, en les présentant comme des comportements typiques de certains groupes de population, entre lesquels l’amalgame, stade suprême de la stigmatisation, est vite fait: les requérants d’asile, les auteurs de délits, les bénéficiaires des prestations de l’assurance-invalidité ou des différentes formes de l’aide sociale, pour ne rien dire des personnes ayant obtenu le « privilège » d’une naturalisation facilitée.

Depuis une quinzaine d’années, l’UDC martèle le vocable d’abus, mentionné dans le titre de sa première initiative populaire fédérale, celle de 1993 « contre l’immigration clandestine et les abus de l’asile », rejetée en 1996 sous le label abrégé au premier terme. La suspicion n’en a pas moins fait son chemin dans les esprits, au point d’inspirer les deux aggravations de la législation sur le droit d’asile, en 1999 et 2006, avant la prochaine, sur le renvoi des jeunes délinquants.

Tirant profit du manque de réaction adéquate à ses insinuations successives, l’UDC maîtrise et rythme le débat, déclinant sa notion d’abus par les étrangers. Présentement, l’accent est mis sur la politique d’aide sociale. Au niveau fédéral, le round suivant est d’ores et déjà programmé, avec les nouvelles exigences annoncées par Christoph Mörgeli au lendemain de la récente votation référendaire sur l’AI. Dans les cantons et surtout les villes, l’UDC zurichoise montre l’exemple. A force d’interventions parlementaires et de pressions diverses, les hérauts locaux de Christoph Blocher ont bien failli avoir raison de la courageuse Monika Stocker, directrice des affaires sociales de la ville de Zurich. Ses collègues de la municipalité ont même dû récemment la retenir de démissionner, fatiguée par des mois de basses attaques continuelles, menées par l’UDC. La méthode est connue: monter en épingle certains comportements individuels, effectivement discutables, de la part des réputés « abuseurs », et les présenter comme le résultat direct d’une politique sociale injustement laxiste. Là aussi, la prochaine cible est annoncée: les abus générés en milieu scolaire par une tolérance coupable des enseignants et des règlements.

L’UDC n’a rien inventé. La désignation de boucs émissaires, si possible étrangers, a permis au parti national-socialiste (quel abus dans les termes!) de se faire donner le pouvoir par des citoyens dont il a parfaitement exploité les frustrations. L’opération est a priori plus difficile dans un pays à haut niveau de vie comme la Suisse contemporaine, sauf à miser sur les craintes, rognes et jalousies persistantes de ceux qui se sentent floués, à tort ou à raison. Et qui s’en prennent plus volontiers aux « abuseurs » désignés par l’UDC qu’aux grands patrons, qui ont transféré des centaines de millions de charges salariales à l’AI ou qui se réservent des rémunérations plusieurs dizaines de fois supérieures à celles de leurs collaborateurs au plus modeste bulletin de paye.

Les élections nationales de l’automne diront si l’UDC pourra continuer d’engranger le bénéfice d’une stratégie et d’un marketing politique également efficaces, qui lui ont permis de largement doubler son électorat en quinze ans et de s’établir comme le plus grand parti du pays. Pour prendre la mesure du danger, il vaut la peine de se rendre sur son site Ma maison, notre Suisse et de prendre le temps d’écouter Ueli Maurer, président de l’UDC, personnalité politique la plus connue de Suisse en dehors du Conseil fédéral, selon Isopublic.

D’ores et déjà, l’UDC a remporté un succès significatif et signifiant: elle a imposé son vocabulaire, c’est-à-dire aussi sa pensée. Elle a forcé l’usage des termes abus et abuseurs dans des contextes où ils n’avaient pas cours, suggérant des associations d’idées particulièrement pernicieuses. Comme si toute demande d’asile était abusive, comme si toute personne immigrée recevant des prestations sociales les percevait abusivement.

Et comme si l’UDC avait une « explication » et une solution pour tous les problèmes des Suisses.

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Discussion

  • 1
    Guillaume Barry says:

    Tout ou presque est – malheureusement – juste dans cet article. Mais les non-UDC de gauche comme de droite, peinent à donner la réplique. De toute façon ils auront faux quoiqu’ils disent et fassent. Ou bien ils donneront l’impression de nier les problèmes des petites gens, de ne pas prendre en compte les perceptions de la base. Ce sera interprété comme le mépris typique de cette gauche caviar qui n’habite pas, elle, les quartiers difficiles. Bon, c’est peut-être plus flagrant en France. Mais il paraît qu’à Zurich, les gens d’un quartier de gauche demandaient à un magistrat de gauche que leurs enfants n’aillent pas dans une école qui a fini par n’être fréquentée que par les étrangers.

    Ou bien on entre en matière, on pose effectivement les questions selon les catégories de pensée de l’UDC, qui est à ce moment-là vainqueur, mais la copie ne convainc pas comme l’original. Il faut qu’elle l’égale (loi sur les étrangers).

    Une troisième voie se fait toujours attendre.

  • 2
    Rivage says:

    Ils mentent, ils nous servent des slogans simplificateurs, ils flattent la bêtise et on baisse les bras.

    Il faut être plus fins, rectifier, rectifier et retourner leurs slogans.
    Sans trop leur faire de publicité! Est-ce si difficile?

    Il circule en ce moment une réponse à leur tout-ménage, vous l’avez probablement déjà vue, mais je l’envoie avec plaisir à DP.

    Merci pour vos analyses intelligentes, à nous de les utiliser.

  • 3
    Rédaction says:

    Pas de souci, c’était sur le site de DP dès le 30 juillet!

Rétroliens

Les commentaires sont fermés.

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