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Le paradoxe du droit de vote à 16 ans

Une étudiante en sciences politiques s’interroge sur les arguments en faveur d’un abaissement de la majorité civique

icone auteur icone calendrier 22 juin 2007 icone PDF DP 

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Les jeunes Glaronais pourront  désormais exercer le droit de vote aux niveaux communal et cantonal dès 16 ans, le droit d’éligibilité restant fixé à 18 ans. Lors de sa Landsgemeinde le 6 mai dernier et après trois votes incertains, l’assemblée des citoyens de Glaris a élargi son corps électoral de  800 nouveaux membres. Cette victoire des jeunes socialistes, à l’origine de la proposition, est une première en Suisse et son impact sur les autres cantons ne s’est pas fait attendre.

Le 6 juin, c’était au tour du Canton de Berne de faire un pas vers l’abaissement du droit de vote à 16 ans. La motion, soutenue par le gouvernement, le parti socialiste et les verts, fut acceptée de justesse par le Grand Conseil bernois par 79 voix contre 74. L’issue du vote était inattendue. Les réticences du camp bourgeois semblaient compromettre le projet, convaincu que celui-ci n’était qu’une manœuvre politique de la gauche pour s’attirer de nouveaux électeurs. Le peuple devra trancher sur la question par voie référendaire d’ici juin 2008.

Des précédents en Allemagne

Le débat est donc relancé en Suisse, malgré les échecs essuyés les années précédentes par les partisans d’initiatives similaires dans les cantons de Lucerne, Zurich, Argovie, Thurgovie, Schaffhouse,  Bâle-ville ainsi qu’au Conseil national. Les cantons de Fribourg, des Grisons et du Tessin seront les prochains à se prononcer à ce sujet. La Suisse n’est pas  pionnière en la matière puisque deux Länder allemands, la Basse-Saxe et le Schleswig-Holstein permettent déjà à leurs jeunes  d’exercer dès 16 ans ce droit civique depuis 1996 et 1997. Par ailleurs, l’Autriche est en passe de devenir le premier membre de l’Union Européenne à accorder le droit de vote à 16 ans au niveau national. Appuyé par le gouvernement de coalition du chancelier social-démocrate  Alfred Gusenbauer,  le parlement devrait accepter ce projet d’ici cet été.

Le désintérêt des intéressés 

Si les quelques initiatives visant à abaisser le droit de vote ont été couronnées de succès chez nos voisins germanophones, cette idée est loin de faire l’unanimité. Certains dénoncent l’immaturité des adolescents de 16 ans. Les jeunes de cet âge, à peine sortis de l’école obligatoire, sont pour la plupart incapables de  saisir l’ensemble des enjeux des objets soumis à votation. Le désintérêt politique chez les 14 à 18 ans, 56% en Suisse (sondage Isopublic, 3 juin 2007), combiné à  leur forte influençabilité, rend un peu futile toute tentative d’abaisser la majorité civique. Mais ce raisonnement ne pourrait-il pas s’appliquer à beaucoup d’adultes? D’autres sont d’avis qu’il ne faut pas sous-estimer la maturité de ces jeunes adultes.

Beaucoup de responsabilités doivent être assumées avant 18 ans comme faire un choix de formation ou s’occuper de leur déclaration d’impôt pour les apprentis. Le droit de vote, accompagné d’un renforcement de l’éducation civique à l’école, ne pourra qu’accroître l’intérêt et la participation politique des jeunes.

Mais si le droit d’éligibilité reste fixé à 18 ans, cela ne révèle-t-il pas la faiblesse de certains des arguments en faveur du vote à 16 ans? Tout électeur devrait pouvoir jouir du droit d’être élu au même titre que celui de pouvoir élire.  Or, il est difficilement concevable d’étendre le droit d’éligibilité à des mineurs. Peut-être  vaudrait-il  mieux, dans un souci d’encourager l’intérêt politique chez les jeunes, développer l’éducation civique à l’école.

Nous sommes en présence d’un paradoxe. A un âge où l’autonomie financière est de plus en plus tardive, et alors que les jeunes quittent le berceau familial en moyenne à 25 ans, des initiatives visent aujourd’hui à accorder des responsabilités politiques à un âge  plus précoce. Si les jeunes de 16 ans méritent notre confiance, celle-ci ne devrait pas pour autant s’accompagner d’un droit de vote sur des sujets essentiels tels que les impôts, l’assurance maladie, la retraite que seuls les parents sont en mesure d’assumer.

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Discussion

  • 1
    Alexandre Biard-Chauvet says:

    Le droit de vote à 16 ans…
    Je me réjouis de la campagne dans le Canton de Vaud si il y a…

    Je suis CONTRE cet abaissement, car dans le Pays de Vaud nous n’avons pas d’instructions civiques…

  • 2
    Bernard Erlicz says:

    D’après les partisans du droit de vote à 16 ans, les jeunes concernés sont assez matures pour donner leur avis sur des sujets tels que: entrée de la Suisse dans l’UE, suppression de l’armée, interdiction de la possession d’armes à feu, abaissement ou élévation de l’âge de la retraite, ouverture ou fermeture des frontières, augmentation ou baisse des impôts, envoi de troupes suisses à l’étranger, importations parallèles de médicaments, etc. …

    Mais s’ils sont assez matures pour avoir le droit de vote et influer ainsi sur le résultat de votations importantes pour tout le pays, pourquoi ne pas leur donner aussi le droit de signer des contrats, de se marier, de contracter des petits crédits, etc.?

    D’un côté on les juge assez intelligents et responsables pour décider de l’avenir d’un canton voire d’un pays, mais d’un autre, trop « bêtes » et irresponsables pour décider de leur propre avenir… Faudrait savoir, non?

Les commentaires sont fermés.