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L’intégration des étrangers malgré les slogans xénophobes

Les exemples de Neuchâtel et Bâle

Les relents xénophobes s’intensifient en perspective des élections fédérales. Mais officiellement, la Suisse est pleine de bonne volonté envers les étrangers. Leur intégration est l’un des buts vertueux de la loi plébiscitée l’an passé. Selon le modèle helvétique, les cantons et les communes doivent être en première ligne, encouragés par des subventions fédérales  Et toujours selon le même modèle, c’est le règne de la plus grande diversité dans les cantons. Et il reste du pain sur la planche.

L’intégration semble plus aisée dans la Suisse latine. Le droit de vote des étrangers y devient bientôt la norme. Les naturalisations ne présentent pas les mêmes crispations qu’outre Sarine. Les partis qui font de la xénophobie leur fonds de commerce ont moins de succès. La nécessité de mener une politique volontariste semble donc moins pressante. Ainsi dans le canton de Vaud, seuls le Centre social protestant et la Ville de Lausanne sont actifs sur le terrain. Le canton est encore à la recherche d’un coordinateur pour l’intégration des étrangers.

Neuchâtel  fait figure de pionnier pour l’ensemble de la Suisse. Les étrangers y votent depuis 150 ans. Un délégué aux étrangers existe depuis 16 ans et la loi cantonale sur l’intégration des étrangers a été adoptée en 1996, 10 ans avant la législation fédérale. Le canton connaît malgré tout  le problème des jeunes immigrés en rupture avec la société. Dans une étude alter connexion, l’Université de Neuchâtel a analysé les causes de ce défaut d’intégration et les remèdes expérimentés . Elle met notamment en évidence le danger d’une socialisation des jeunes dans un groupe de pairs. Des mentors, aînés de même milieu, peuvent en revanche favoriser une meilleure intégration.

Bâle-Ville, autre pôle helvétique de la modernité, vient de se donner, mi-avril, une loi sur l’intégration.  Elle manie la carotte et le bâton. La législation  fédérale  permet aux cantons d’imposer des cours de langue préalables à l’octroi d’autorisations de séjour. Bâle introduit cette obligation.  Mais, logiquement,le canton veillera à ce que les structures existent non seulement pour l’apprentissage de l’allemand, mais aussi pour assurer la formation professionnelle, la promotion de la santé. Il devra combattre les discriminations à l’égard des migrants. Les collaborateurs de l’Etat en contact avec les étrangers, notamment les enseignants et les assistants sociaux, recevront une formation spéciale.

La loi toute neuve n’est pas encore en vigueur à Bâle. Mais, depuis 1998, le service du délégué à l’intégration Thomas Kessler met sur pied des cours pour jeunes étrangers qui sont un succès. Pour lui, il faut savoir encourager, mais aussi faire montre d’autorité. La plupart des étrangers s’intègrent dans le pays. Seul deux à quatre pourcents font problème. Ils sont originaires de Bosnie, du Kosovo, d’Anatolie ou de pays africains. La culture patriarcale dont ils sont héritiers considère la tolérance comme une marque de faiblesse. Il faut leur faire sentir où est l’autorité. L’enseignant en est le détenteur, et non le jeune chef proclamé ou reconnu par ses pairs. On retrouve ici des similitudes avec l’analyse de l’Université de Neuchâtel.

La méthode Kessler, objet de plusieurs reportages dans la presse alémanique, est en passe de devenir un modèle. Un antidote contre la xénophobie?

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Discussion

  • 1
    gadesalis says:

    Excellent analyse au second paragraphe, qui met le doigt là où ça fait mal: toute l’ambiguïté de l’idée même d’intégration éclate au grand jour. Il semble bien qu’il y ait, d’un côté, une volonté louable de faire « ce qu’il faut » pour l’intégration, présentée comme manière de tendre la main à l’étranger, de dire que celui qui veut les fins (la présence heureuse de l’étranger) veut aussi les moyens (son intégration); mais c’est là que le doute s’instille: d’où vient le supposé « problème » d’intégration? D’une population étrangère qui arriverait de moins en moins à s’adapter aux normes, supposées fixes, du pays d’accueil? Ou d’une pression croissante d’une opinion publique devenue ombrageuse, revendiquant même son irrationalité (comme les sondés évoquant des faits divers sordides pour expliquer – comme si cela la justifiait – une crainte diffuse, et ainsi la volonté d’ »augmenter les exigences » à l’égard des étrangers)?

    Ainsi, les exigences de l’intégration semblent directement dictées par des sentiments volubiles d’une opinion qui n’est ni neutre, ni constante sur les conditions de la migration. Je suis donc loin de penser que les différents « modèles d’intégration », proposés en toute hâte, hors de tout cadre légal unifié, puissent être un « remède » contre la xénophobie: ils représentent plutôt la débandade devant elle, devant les gesticulations de démagogues capables de décréter « qu’il y a un problème » simplement parce que des gens ont peur: au lieu de tenir leur place, et d’appliquer la législation existante, les édiles proposent dans l’urgence des solutions ad hoc, évitant de se demander si ces supposés problèmes relèvent de ce qu’un Etat peut ou doit régler, et évitant finalement la réflexion de fond sur ce que doit être le statut d’une personne, quelle que soit sa nationalité, sur le plan domestique comme international, entérinant ainsi une forme de paternalisme à l’égard de ces migrants qu’il serait impensable d’imposer à nos propres concitoyens.

Les commentaires sont fermés.