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Les couleurs changeantes du racisme

Ce que révèle une statistique sur les manifestations de racisme en 2006
La vague antisémite soulevée par l’affaire des fonds en déshérence est retombée.  En revanche, l’hostilité envers les noirs et le rejet de l’Islam progressent à grands pas. C’est la constatation de la Fondation contre le racisme et l’antisémitisme (GRA en allemand, comme l’essentiel du site) dans son relevé annuel des incidents à caractère raciste.

Un fait rassurant tout d’abord. Sur les 87 manifestations racistes relevées en 2006 par la Fondation, 9 seulement étaient antisémites. Elles se nichaient dans quelques blogs ou dans la distributions de tracts anonymes. Deux actes concrets cependant: le refus d’un hôtelier tessinois d’héberger une famille israélienne, «venant d’un pays assassin», et un bris de fenêtres à la synagogue de Lausanne.

Avec lucidité la GRA constate que le mécanisme de la haine et de l’exclusion demeure. Mais les représentations de l’«ennemi» s’adaptent aux besoins politiques ou sociaux du moment. Privé de la polémique sur les fonds en déshérence, l’antisémitisme redevient honteux et  inavouable. Si les juifs peuvent se sentir aujourd’hui rassurés, la situation est toute autre pour les personnes dont la peau est noire. Leur simple aspect provoque la discrimination et le rejet. Une soignante noire qui fait peur aux patients est écartée d’un EMS. Dans un bus, seul un noir est soumis à un contrôle de billets. Des spectateurs insultent des joueurs noirs lors de match de football. Ce racisme ordinaire croît évidemment  avec le nombre des étrangers si directement visibles.

Les manifestations racistes contre les immigrants balkaniques sont plus fréquentes encore. Les ressortissants de l’ex-Yougoslavie sont moins visibles, mais plus nombreux. Leur simple nom est souvent un obstacle à leur naturalisation. Lorsqu’ils sont musulmans, la religion vient aggraver leur cas. L’islamophobie, qui frappe également les immigrants turcs, est aujourd’hui largement en tête des manifestations racistes. Les minarets menaceraient l’identité suisse. Le GRA est particulièrement préoccupé par l’instrumentation de ce mouvement  par un parti gouvernemental. Car si tous les membres de l’UDC ne sont pas racistes, le parti entretient un climat de discrimination par des campagnes agressives. S’il n’y a pas trace d’antisémitisme dans sa propagande, la xénophobie et sa variante, l’ islamophobie est omniprésente.

L’utilisation politique de la xénophobie n’est pas nouvelle. Elle a connu ses périodes fastes dans les années 60 et 70. Mais le parti nationaliste qui soutenait alors Schwarzenbach n’était qu’une formation ultra-minoritaire rejetée par le reste de la classe politique. Aujourd’hui l’UDC est le parti le plus fort. Il est courtisé par des formations qui, pourtant, s’affirment libérales. Les inquiétudes de la Fondation contre le racisme et l’antisémitisme ne sont pas infondées.

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Discussion

  • Bonjour,
    votre article ne paraît pas très inquiétant, et pourtant…

    Il aurait fallu donner les chiffres pour se rendre compte. Et aussi dire comment la presse se délecte de ces nouvelles, elles augmentent les ventes.

    Il y a encore eu la réaction au rapport de M. Doudou Diène, un Africain qui a osé critiquer la Suisse. On ne craint pas de s’attaquer très haut, à un délégué de l’ONU.

    Et surtout, quelles sont les armes contre ces actes ou paroles choquants?

    Merci de continuer à informer.

Les commentaires sont fermés.