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Festival international de films de Fribourg: Quel avenir?

Martial Knaebel, le directeur artistique du Festival international de films de Fribourg (fiff),
peut s’estimer satisfait car il a atteint son objectif : qu’on ne dise
plus « films du Sud » mais « films » tout court.

icone auteur icone calendrier 27 mars 2007 icone PDF DP 

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Martial Knaebel, le directeur artistique du Festival international de films de Fribourg (fiff), peut s’estimer satisfait car il a atteint son objectif : qu’on ne dise plus « films du Sud » mais « films » tout court. Et c’est évident maintenant, les films de réalisateurs non-occidentaux ont gagné le respect et, pour plusieurs, le succès commercial.

Martial Knaebel s’en va après 20 ans dont 15 à la direction artistique du Festival. Le fiff est devenu une référence pour les professionnels : distributeurs ou directeurs de ciné-clubs. Le fiff n’est pourtant de loin pas à l’abri des soucis. Comme on peut se l’imaginer, une manifestation de ce type, malgré les quelques 26’000 spectateurs,  a besoin de subventions. Mais la politique de Pascal Couchepin et de Nicolas Bideau (chef de la Section cinéma de l’Office fédéral de la culture) lui donne des cauchemars. Le fiff est considéré comme une manifestation limitée à la Suisse romande, il ne serait pas assez connu outre-Sarine, et d’autres festivals de cinéma du Sud ont vu le jour depuis. Tels sont les arguments avancés pour rogner les budgets fédéraux.

Toutefois le Festival de Fribourg veut être un événement national au même titre que Locarno ou Soleure. Pour ce faire, dès l’an dernier, le fiff a engagé une directrice administrative bernoise, Franziska Burkhardt. La nouvelle présidente, Ruth Lüthi, ex-conseillère d’Etat, est bilingue. Tout le personnel doit parler indifféremment les deux langues. Les sous-titres sont en français et en allemand. La remise des prix a aussi été déplacée au samedi pour permettre aux journaux du dimanche suisses-alémaniques de présenter le palmarès. On peut maintenant acheter des billets par internet et ne plus faire les interminables files d’attentes.

Des films globalisés Au cinéma, la mondialisation efface les différences. Les protagonistes s’habillent comme des occidentaux. La voiture et la télévision sont omniprésentes. Les problèmes individuels prennent de plus en plus d’importance et les réalisateurs s’y intéressent davantage. Même si la façon de traiter ses enjeux et d’exprimer ses sentiments reste profondément ancrée dans la culture locale.

La réalisatrice et actrice iranienne Niki Karimi – dans son film Quelques jours plus tard… – nous montre la dépression subie par une femme d’âge mur, graphiste en cheffe d’une imprimerie, mère d’un enfant handicapé qui vit en institution, avec parents âgés, maison de campagne en transformation et appartement en ville. On ne fait qu’entendre son mari qu’elle a mis temporairement à la porte pour se retrouver elle-même. Rien de différent d’une femme européenne, ni le stress d’une vie trop remplie, ni la condition de femme – bagarres verbales au bureau et avec le voisin qui se plaint de n’avoir pas assez de place pour sa nouvelle 4X4 américaine dans le garage souterrain -, ni le luxe de pouvoir se demander à quoi rime sa vie.

Autre exemple, celui d’une jeune Malaise, vivant chez sa grand-mère et l’aidant dans son petit magasin d’une bourgade de province (L’amour triomphe toujours de Tan Chui Mui). Son bon ami lui manque et elle l’appelle chaque soir depuis un téléphone public. Elle se fait vite repérer par un jeune homme louche qui se révèle être un maquereau. Notre héroïne ne tombe pas dans la prostitution par pauvreté, elle a désespérément besoin d’amour et elle s’imagine, elle veut croire, que tous les hommes qui sont un tant soit peu gentils, sont amoureux d’elle.

L’Afrique du Sud dans le viseur Les passionnés de problèmes « sociaux » et politiques n’ont pas été décus. Le panorama consacré à l’Afrique du Sud les a comblés non seulement par l’abondance et la variété d’œuvres sur les séquelles de l’apartheid mais aussi par les approches novatrices, principalement tirées de la télévision. Un exemple : les Blancs sont maintenant privés de leur ancien droit au travail et au logement. On rencontre ainsi des SDF blancs qui mendient pour vivre, qui restent persuadés cependant de la supériorité de la race blanche mais qui doivent accepter de l’argent de Noirs. Un cinéaste s’est intéressé à ce conflit intérieur.

Ou ce descendant de chef Blanc nommé par Chaka le roi zoulou, destitué de ses pouvoirs par le régime de l’apartheid, et qui essaie de récupérer sa chefferie. Une partie de la famille est restée au Kwazulu-Natal et, au fur et à mesure des mariages, a assombri sa peau. L’autre partie, émigrée au Canada est devenue blanche avec les générations. Les réactions et les discussions sur le terrain sont vives et même si les chances administratives sont bonnes pour l’ancien chef, verra-t-il ses pouvoirs reconnus par sa base ?

L’un des meilleurs documentaires montrait les femmes qui balaient la ville de Johannesburg la nuit. Elles travaillent par tous les temps, hiver comme été, forment des équipes, et subissent la violence environnante. Régulièrement une balle perdue vient les frapper ; il s’agit également de guetter les seringues jetées sur le trottoir. Mais la montagne d’ordures interpelle le spectateur et le réalisateur. Une femme – noire – explique : « pendant l’apartheid, l’ordre régnait ; depuis que Mandela a amené … qu’a-t-il amené ?…. ah oui, la démocratie, tout le monde se sent libre et jette tout par terre. »

Parmi les réalisateurs présents au Festival, certains se refusent à programmer leur travail, d’autres à écrire un scénario pour leur documentaire. Bon nombre n’a vu ni télévision ni cinéma avant l’âge adulte et ils s’inspirent plutôt des techniques de conteurs de leurs aïeux. Alors ils passent des mois à parler avec ceux dont ils aimeraient montrer l’existence et ensuite les suivent avec leur caméra, avant de s’attaquer au montage. La qualité des témoignages est évidemment époustouflante. La vie de ces réalisateurs est presque un apostolat. Tous ces documentaires passent dans les chaînes de télévision. Celles-ci leur réservent des temps d’émission mais ne les annoncent pas, de peur de subir des pressions et de devoir les déprogrammer.

La violence, l’incapacité de s’exprimer à cause d’un  mauvais apprentissage des langues, le sida, les complexes de supériorité ou d’infériorité acquis jusqu’en 1994, laissent une société profondément divisée. Ces films apportent une contribution à la réconciliation mais on se rend compte qu’il ne suffit pas de regarder vers l’avenir, que la réconciliation prendra des générations, que les complexes de supériorité et d’infériorité mettront du temps à disparaître. Thabo Mbeki a dit un jour « je suis un Africain. » Mais qu’est-ce que cela signifie ?

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